21 juillet 2009
Narcissisme et compliments
J'ai un problème avec les compliments.
Les sentiments parfaitement ambivalents que j'éprouve à leur égard sont bien entendu issus de mon enfance : ma mère n'était certes pas favorable à la flatterie avec les enfants, et son impitoyable ironie, quand une parole ou même une attention un peu valorisante était adressée à l'intéressé, faisait vite fait rentrer ce dernier sous terre.
A la maison, la naïve recherche du compliment était impitoyablement brocardée. Même les photos étaient suspectes. J'ai appris très vite à ne pas chercher à "être dessus", ma mère ne supportant guère qu'on se mette "en avant". Il y a ainsi une petite photo de groupe, sur la plage de Blonville, où je baisse la tête vers un gros ballon de plastique, faisant semblant de le regonfler. Je me souviens parfaitement de cet instant : un cousin nous prenait en photo, j'avais surpris ses préparatifs. Là où, je pense, une autre petite fille aurait souri, j'ai instantanément baissé la tête, pour dissimuler l'intense plaisir que je prenais à être photographiée. Rien de plus méprisable, en effet, pour ma mère, que les enfants qui étalent leurs qualités, et dont on loue en public les vertus. L'image faisait partie de cette vanité, qu'il s'agissait d'éradiquer. Le paradoxe, c'est que du coup les trop rares attentions étaient perçues avec une avidité exagérée !
Ma mère n'est pourtant jamais arrivée à culpabiliser ma grande soeur, par exemple, qui se tournait vers les compliments comme l'héliotrope vers le soleil, et qui, sans être (trop) coquette, avait de bons rapports avec son image. Ce n'est pas faute d'avoir essayé : mais ma grande soeur haussait les épaules, laissait les paroles de ma mère glisser sur elle, et s'en allait recevoir les éloges... ailleurs : n'empêche que cette différence fondamentale a sans doute contribué à la tension qui régnait entre elles deux... mais si ma soeur aimait les compliments, elle n'en était pas non plus avare pour les autres : et je crois bien que c'est ce qui nous attirait, nous les petits, vers elle. L'expression du compliment étant souvent l'expression de la bienveillance.
Avec moi, ma mère a bien entendu réussi son coup, tout en le ratant. Car si je recule presqu'instinctivement devant un compliment, le détruisant mentalement au fur et à mesure qu'il est exprimé, c'est que je piétine le plaisir qu'il me procure (horreur ! Eprouver du plaisir à être complimentée !) , que je "dois" le piétiner, c'est comme une injonction quoi ! Je dois être bien narcissique, pour encourir ainsi l'accusation de "fausse modestie". Mais je ne sais pas être simple ; en tout cas, je me suis juré de ne pas accabler Clopinou de mépris, si celui-ci sourit sous un compliment. Parce que c'est un plaisir narcissique, peut-être, mais l'essentiel n'est-il pas de les mériter, ces compliments, et non pour de mauvaises raisons (votre position sociale, votre pognon, votre coquette apparence ou votre propre démagogie) mais tout simplement comme récompense à votre façon d'être, ou à votre talent, ou à votre beauté ?
Tout cela pour vous dire que le dernier message envoyé par un des lecteurs de mon "cahier de brouillons ouvert à la lecture publique" m'a tout d'abord, comme d'habitude, considérablement gênée. Et puis je me dis "zut, pourquoi en rougir ?" Et pourquoi ne pas parler du formidable article que Marc Séfaris a rédigé sur son blog (je l'en remercie infiniment !) ? Et pourquoi ne pas mettre ici même les références de la "Rechercge Racontée", petit livre sur Proust que j'ai commis et qui peut s'acheter 14 euros ? Pourquoi, hein, Pourquoi ?
Dont actes !
Voici :
http://www.inlibroveritas.net/critiques-auteur4875.html
et :
http://marcsefaris.canalblog.com/
et encore :
http://www.ilv-edition.com/librairie/la_recherche_racontee_a_mes_potes.html
Bon, allez, assez de narcissisme pour aujourd'hui. Qu'aurait dit ma mère ? Sans doute un truc du genre : "ça te va bien, tiens, de te pavaner comme ça. File donc plutôt dans ta chambre, parce que les miroirs vont finir par rougir de toi !"
19 juin 2009
le silence...
cactus est un bon, un fidèle ami. Un type bien, et un jongleur. Cactus m'aime, et comme certains d'entre mes lecteurs, se fait quelques illusions sur mon compte. Je ne lui en veux pas, oh non, mais rien de plus amer qu'un espoir perdu. Mieux vaut pas d'espoir du tout. le silence de Monsieur tadié, rencontré par Cactus qui m'avait fait l'amitié de lui remettre ma modeste "Recherche Racontée", ne signifie qu'une chose : le peu de prix de mon ouvrage. Et le silence, pour quelqu'un de courtois, sûrement, comme l'est forcément un grand professeur, est la seule manière honorable de s'en tirer : pourquoi serait-il gratuitement désagréable avec une inconnue de mon acabit ?
Je comprends tout, j'embrasse Cactus, mais, bon sang de bonsoir, à tout prendre, ne vaut-il pas mieux l'obscurité complète plutôt qu'une exposition où la cruelle vérité vous perce, vous brûle, bref, où vous touchez du doigt, dans un silence accablé, vos propres limites ?
Clopine, bon, allez, je vais m'en remettre. Bon, allez, je vais m'en remettre. Bon, allez.... (méthode Coué)
30 mai 2009
Je viens de voir l'affiche électorale de Dieudonné
Je crois. Non, je ne crois pas. Il FAUT absolument porter plainte contre "ça". Parce que là, ce n'est pas que la bête immonde est revenue, c'est qu'elle ricane de toutes ses dents puantes.
Clopine
12 mai 2009
Val se taille ou Valetaille ?
Ben voilà. Y'a trois semaines, la main sur le coeur, Val démentait formellement les "folles rumeurs" d'une nomination à France Inter. Aujourd'hui, il dit que c'était décidé "avant le procès des caricatures", C a D avant le soutien d'un certain Sarkozy.
Apparatchik- a, tchika, tchika, aïe aïe aïe.
Je ne serai jamais très proche de Siné, parce que les mouvements de cape sur les épaules, très peu pour moi. Mais faut bien reconnaître que Val devient vraiment pathétique, là. Croit-il nous faire aVALer cette nouvelle (Cas) Val ? Comment peut-on accepter une telle collaboration et prétendre être indépendant du pouvoir dont relève cette radio publique ? Il me semble, et cela m'est pénible, que cette comedia dellarte se termine, bas les masques, et que derrière eux, il n'y avait que de l'ambition personnelle, une nomenclature, et une propension à la servilité. L'ancien directeur de Charlie Hebdo choisit donc son camp : celui de la VALetaille, quoi. Et qu'on vienne pas me dire que c'est pour occuper le terrain, rendre service, empêcher des emmerdements à Mermet (qui ne peut pas saquer Val) ou autres. Ca s'appelle un plan de carrière, et ce sont tous les pauvres cons qui ont acheté pendant des années Charlie Hebdo, et qui lisaient les papiers du VALais, du laquais, qui lui ont ansi permis d'acheter la livrée...
Clopine
09 avril 2009
mon premier pseudo... (suite et fin d'une tranche de l'histoire du vingtième siècle : les radios libres)
Notre groupe de « radio libre » (ou plutôt « radio rebelle », la musique ne tenant que le rôle de ciment dans les agglos des discours) finit par s’appeler « Radio Méandre » : notre logo représentait (enfin, était censé représenter) la courbe de la Seine
Ca a commencé à se savoir dans le tissu alternatif de ces années-là, associations, groupuscules, café femmes, libertaires et partis divers. Sur le grand marché du Clos Saint Marc, le dimanche matin, entre deux remises de tracts, les militants donnaient en catimini la fréquence et les rendez-vous radiophoniques. Ca avait un côté Tintin au Lotus d’Or, clan des sept et « ici L’ombre, les camarades parlent aux camarades - résistant à l’odieux impérialisme de l’état bourgeois ».
On s’amusait ferme, en tout cas.
On avait repéré des endroits favorables pour l’émission. Rouen est dans une cuvette entourée de collines. Il suffisait de changer d’endroit à chaque fois, de repérer d’abord les lieux, de Maromme à la côte Sainte Catherine en passant par Mont-Saint-Aignan. Nous partions à trois dans la 4l de François-Xavier (qui lui était de chaque expédition, la bonne blague, sans lui c’était impossible d’émettre quoi que ce soit, déjà qu’avec lui c’était un exploit). Habillés de sombre, on zigzaguait de fourré en fourré. Les lampes de poche étaient utilisées avec parcimonie. Clando, clando ! On montait le matériel à tâtons… J’étais évidemment cantonnée au rôle de mule. A moi le transport de la batterie et des perches d’aluminium. Une fois que tout le bazar était mis en place, gravement, François-Xavier introduisait la précieuse cassette confectionnée à l’avance dans l’appareil. Et on restait au pied du mât, frissonnant, sans aucun moyen de savoir si oui, ou non, quelqu’un entendait quelque chose… L’un de nous finissait par retourner à la voiture, en trébuchant dans l’obscurité, pour écouter le transistor apporté pour l’occasion. Miracle : l’émission était bonne, l’audition parfaite. Fançois-Xavier douchait pourtant notre enthousiasme : si près de l’antenne, cela ne voulait rien dire…
On rentrait crevés.
Evidemment, la qualité artistique, informative ou culturelle de la radio passait, dans l’ordre de nos préoccupations, bien après la réussite de ces sortes de « stages commandos » nocturnes qui faisaient battre nos cœurs… Disons que je n’ai jamais rien entendu de plus mauvais, de plus pâteux, de plus langue de bois et de plus laborieux que les glorieuses émissions de Radio Méandre. Personnellement chargée de la critique littéraire, j’avais refusé l’idée de lire un texte pré-établi, qui aurait, d’après moi, bien trop ressemblé à une rédaction scolaire. Quand on a vingt ans, et qu’on est prête à crapahuter le soir sur les collines rouennaises, pour apporter la bonne parole à deux cent mille personnes qui n’en demandent pas tant, il est hors de question de construire un quelconque discours, voyons. Non, je parlais au petit bonheur la chance de mes lectures du moment, en vrac, quoi. Je me souviens que mon premier compte-rendu fut enregistré, sitôt la dernière page du livre du moment tournée. Ca s’appelait « traité du zen et de la motocyclette », c’était extrêmement américain, je crois n’avoir convaincu personne de le lire… Je le dis avec bonne humeur, et sans aucun remords : j’étais une journaliste-critique en herbe parfaitement nulle.
La police, bonhomme, nous a laissés faire jusqu’au moment où nous nous sommes attaqués à l’armée. Cela s’appelait « les comités de soldats », c’était sensé donner la parole à la grande muette, jeter les bases d’une sorte de syndicalisme militaire.
IL y avait eu de rudes débats entre nous, notez. A l’époque, tous mes copains se débattaient avec le problème du service militaire. La majorité d’entre eux contournaient la question. Par ricochet, je savais tout sur les ruses et astuces à employer lors des trois jours, de la réforme « P4 », de l’objection de conscience, de l’insoumission, de la coopération ou du service civil. Mais les comités de soldats ! Se laisser conduire à la caserne comme un mouton à l’abattoir, en prendre pour plus d’un an, et croire qu’ainsi on minerait l’institution de l’intérieur… Ca, c’était de l’héroïsme, coco.
C’était aussi ce qui a immédiatement gratté la police dans le sens du poil hérissé, et a éveilé l’attention autour de nos activités interdites. Quand, au bout de six mois d’existence et d’émissions régulières, nous avons diffusé une interview d’un pote militant dans un de ces « comités de soldats » tout aussi clandestins que notre radio, les choses sérieuses se sont enclenchées dès le lendemain. François-Xavier le premier, en téléphonant, eut la désagréable sensation d’être écouté. Il décida alors de laisser tomber le téléphone, et de venir tous nous prévenir, les uns après les autres, qu’il « se passait quelque chose », et que nous devions nous débarrasser au plus vite de nos document compromettants. (tracts et autocollants, donc). Evidemment, pendant sa « tournée », un véhicule des renseignements généraux le suivit fidèlement : ainsi, les flics purent sans trop d’efforts nous localiser tous…en un seul coup…
Ca, c’était de la clandestinité ou je ne m’y connaissais pas.
Un procès s’ensuivit, où seul François-Xavier fut inculpé, parce que, pardine, tout le matériel technique était entreposé chez lui. L’avocate travailla gracieusement pour nous, entre deux procès politiques ou féministes (il semblait que les mandarins rouennais avaient du mal à admettre le principe de l’ivg…) Le « milieu » se mobilisa : nous étions des héros, mais parmi nous, François Xavier (pourtant le moins politisé) portait carrément l’auréole…
Le jour du procès, près d’un an plus tard, toute notre bande était convoquée comme « témoins ». Appelés à la barre, nous devions déclarer, les uns après les autres, que nous étions aussi coupables que François-Xaver, et que nous exigions d’être inculpés comme lui. Je pense que des comptes rendus furent diffusés dans les journaux ? Au moins Paris->Normandie ? Je ne me souviens que de l’attente dans une pièce qui laissait passer toutes les paroles du prétoire (bonjour la confidentialité) et du ton presque affable, « complice », avec lequel le Président du tribunal s’adressa à moi. Il était si gentil que je devais me raidir pour le détester. Il aurait fait un bon père…
L’amende fut légère, mais le matériel saisi. Pas grave, conclut François-Xavier, impérial dans sa détermination, il lui suffirait de retourner en Italie pour recommencer, na, d’abord !
Mais nous n’eûmes à recommencer les quêtes, parce que Mitterrand fut élu haut la main… Et NRJ fleurit sur les ondes libérées…
Je pense parfois à François-Xavier, parce que, chose que je n’ai encore jamais dite à personne, sa blondeur germanique, son profil si fin, sa beauté qui rappelait celle d’un Mathieu Carrière, m’emplissait du dépit de ne pas être italienne, et était un puissant aiguillon, les soirs de portage de batterie… J’étais pourtant brune, nom de dlà !
Mais voilà. Il devait me manquer le soleil du sud : aux dernières nouvelles, François-Xavier habitait en Italie, il était marié et travaillait comme ingénieur radiophonique dans une station d’état.
Quant à Radio Méandre, son nom ne me renvoie plus qu’aux multiples détours du fleuve de ma propre vie…
Clopine
08 avril 2009
Mon premier pseudo...
Un de vos commentaires, mes chers visiteurs, sur les "pseudos multiples"m'a fait repartir trente ans en arrière. Car mon tout premier pseudo n'a pas été provoqué par l'addiction webienne, eh non... Allez, venez écouter un peu les histoires de Tata Clopine, se balançant sur son rocking chair et fumant la pipe... Un petit nuage bleu de fumée, et je me mets à parler : " Cela se passait il y a trente ans...
En ce temps-là, les radios étaient en prison. Aussi étrange que cela puisse paraître, le contrôle de l'état sur les ondes immatérielles, fendant l'espace et le temps, était à peu près complet. Giscard passait à la télé, plus pour longtemps mais... La résistance s'organisait.
Oh, les enjeux étaient comme d'habitude louables. Liberté d'expression, démocratie, accès du plus grand nombre à toutes les sources d'information, casse des circuits financiers et de la mainmise des industries du disque sur la création, lutte politique contre l'intolérable censure gouvernementale. Avec le recul, la lutte pour les "radios libres" de l'époque contenait déjà pas mal des thèmes que l'usage du web aborde aujourd'hui. Avec le recul, tout ça pour aboutir à NRJ, c'est assez amer. Et cela donne peut-être un avant-goût de ce qui risque d'arriver à Internet. Mais n'anticipons pas.
Nous, enfin, la petite dizaine de potes qui, sur la région rouennaise, s'intéressaient à ces questions, nous étions évidemment des "purs". Et durs. Aux motivations claires comme du cristal...
Il y avait par exemple François-Xavier, en troisième année de BTS techno à Mont Saint Aignan. Lui, ce qui l'intéressait, c'était le côté technique de la chose. L'émetteur artisanal relié à une batterie de voiture, la confection des cassettes introduites dans l'appareil, les tables de mixages et les pieds de micros. Le top du plus, c'était que la vente de tout le matériel technique nécessaire pour avoir une radio digne de ce nom était interdite en France. IL fallait donc, (ah franchement la poisse hein!) , aller en Italie... Et passer et repasser les frontières avec le dangereux chargement. Heureusement que les douaniers étaient infoutus de distinguer un émetteur d'une étente à linge... Les fonds recueillis par de longues quêtes auprès des universités, des librairies et dans la rue du Gros Horloge allait donc en priorité à cet indispensable outillage. François-Xavier rendait fidèlement compte de chaque centime dépensé. Mais n'en tombait pas moins régulièrement amoureux de jeunes romaines... Bon, n'empêche qu'on était si purs et durs qu'on avait décidé que la maîtrise de la technique (à savoir, brancher tout le bazar et faire marcher la batterie) ne devait pas rester dans les mains exclusives des techniciens. Tout le monde, à tour de rôle, devait endosser chaque mission. De journaliste à programmeur, en passant par la technique. François-Xavier organisa donc des cours où il tentait d'expliquer le fonctionnement des ondes hertziennes, la modulation de fréquence et les pré-requis de l'émission radio.
Je ne comprenais pas un traître mot à tout ça, bien entendu, mais, comme tout le monde, je faisais semblant. A bas l'odieuse spécialisation, n'est-ce pas. Stricte égalité de tous, et tous capables d'acquérir les mêmes compétences... Je préférais cependant, pendant les cours, apprendre à monter et démonter l'antenne émettrice. Parce que ça ou des piquets de tente, c'était à peu près pareil, donc à ma portée...
Mais n'anticipons pas.
A part François Xavier, il y avait deux potes "politisés" : l'un de la Ligue Communiste Révolutionnaire, l'autre de Lutte Ouvrière. N'importe qui, à l'époque, pouvait en déduire que les assemblées générales de notre petit groupe allaient être laborieuses, et pas seulement à cause du combat prolétarien des susdits. Je m'étonne encore d'avoir résisté à ces formidables discussions où l'un et l'autre se jetaient à la tête leurs interprétations respectives des nobles luttes des peuples opprimés, du Vietnam au Chili, et passaient leur temps à s'engueuler sur ce que les cubains devaient réellement retenir des doctrines de l'avant-garde du prolétariat. Oh, il y avait bien une toute petite voix, chez moi, qui me susurrait que les cubains, les chiliens, les iraniens et les vietnamiens devaient se foutre éperdument des opinions divergentes des camarades révolutionnaires de Seine-Maritime, n'est-ce pas. Mais là aussi, je la faisais taire... Et , comme tout le monde, je subissais les longues heures stériles de discussions serrées sur la responsabilité de l'état bourgeois dans la défaite prolétarienne de mai 68...
Il y avait aussi Odile. C'était elle qui m'avait cooptée. Parce qu'on l'avait chargée du quart d'heure "culturel" de la radio libre que nous étions sensés animer, et que, comme elle n'avait pas le temps de lire des bouquins, occupée qu'elle était par ses multiples comités, associations, groupes politiques et luttes diversese et que, quand elle était venue chez moi boire du thé aromatisé à l'afghan, elle avait remarqué le nombre des bouquins, ça n'avait fait ni une ni deux : elle m'avait déléguée le rôle de critique littéraire. Bien entendu, j'étais absolument libre de mes paroles. Il suffisait juste que je chronique plutôt des écrivains de gauche que, au hasard, dire du bien de D'Ormesson...
C'était elle aussi qui avait amené dans notre groupe la Représentante des Groupes Féministes de l'Université, plus un animateur de rue qui pensait pouvoir faire une ou deux émissions avec les lascars dont il s'occupait sur le quartier des Sapins, et qui avait comme particularité qu'il loupait une réunion sur deux, puisque le soir il rentrait chez lui s'occuper de sa femme et de ses enfants (on le tolérait dans le groupe, à cause de son accès direct à ce qu'on appelait pas encore, à l'époque, les jeunes de banlieue. Mais on sentait bien qu'il y avait, dans sa prétention à renter manger chez lui, une nette dérive petite-bourgeoise). Plus encore un ou deux dont je ne me souviens plus...
Tout ce beau monde se retrouvait chez l'un, chez l'autre, voire au bistrot, mais, attention hein ! A T T E N T I O N ! Il était évident que, vu la dangerosité de notre groupe, l'ensemble des forces réactionnaires de la police d'état était sur les dents à cause de nous. Il fallait donc opérer dans la clandestinité. Baisser la voix au bistrot, par exemple, quand on commençait à parler radio...
Le type de Lutte Ouvrière était un spécialiste de la clandestinité. Toute son organisation, en cas de guerre civile, était fin prête. Il savait ce qu'il convenait de faire pour se fondre, invisible, dans la population. Ce fut donc lui qui exigea que nous adoptions tous un pseudonyme, et que nous nous y tenions. C'était, d'après lui, la seule manière de tromper les renseignements généraux et les chaussures à clous.
Je fus la seule à renâcler. J'ai toujours eu du mal à retenir le nom des gens, alors, s'il fallait en plus que je me tape de mémoriser les pseudos de tout le monde... Et puis, le danger était-il si évident que ça ? J'avais plutôt l'impression que ce que l'on risquait, c'était que personne n'entende jamais parler de notre radio libre, oui. Vu que, trois mois après la première réunion, on n'avait encore rien à diffuser, et d'une, et toujours pas le matériel (le pauvre François-Xavier allait devoir retourner en Italie...), et de deux.
ON trouva que je faisais du mauvais esprit.
Ca se passait au troquet, je ne pouvais trop la ramener : discrétion, discrétion, please...Par défi, je me baptisais donc "Clando-Clando", et finis ma bière d'un trait. Je trouvais qu'Idéfix, Fantômette, Karlito et les autres "se la pétaient" un peu... Mais j'obéis, comme toujours.
bon, la suite est croquignolette aussi... Mais peut-être est-ce que je vous les brise menus, avec mes histoires d'ancienne combattante ?
Sinon, à demain...
29 mars 2009
la Vie avec Clopinou (5)
Les Vannes du Clopinou de quinze ans valent leur pesant de cacahuètes, et je me demande si je ne vais lui en emprunter quelques unes, histoire de les exploiter sur la République des Livres. Je me vois bien sortir à un troll : "ta mère est tellement petite que sa tête pue des pieds", ou "ta mère est tellement conne qu'on sait que c'est ta mère"...
C'est pour un concours, paraît-il, et Clopinou en imprime ainsi à tour de bras, sur des feuilles et des feuilles... Le père râle. Non à cause de l'inévitable entrée en matière "ta mère est.. + insulte", qui pourrait pourtant, à mes yeux persos dirons-nous, n'est-ce pas, susciter quelques fines observations pédagogiques .. Mais à cause des cartouches d'encre...
soupir
Clopine
21 mars 2009
Je propose à l'unanimité de ma voix de tourner la page...
UN : je regrette sincèrement que Montaigne à Cheval ne sache pas maîtriser le talent incontestable de polémiste, de bretteur, d'imprécateur qui est le sien. Un article comme celui que j'ai recopié hier (au fait, libre à vous que c'est pour faire monter mes stats, ça me fatigue tellement ce genre de conneries gratuites et invérifiables que je hausse les épaules et c'est tout) démontrait tout cela. Personnellement, je ne vois pas de "HAINE" dans ces propos : si vous les considérez plus attentivement, aucune menace, aucun "terrrorisme" là-dedans. Sauf le cri de colère légitime de l'athée qui se fait marcher sur les pieds depuis tant de temps ?
DEUX : je n'ai pas ce talent-là, plein de panache. Je partage l'analyse de Màc sur à peu près tous les points :
- la personnalité trouble d'un Ratzinger, son passé, ses "dérapages"...
- cette sorte de "retour au dogme" le plus strict, qui est effectivement, au niveau de la doxa catholique, un retour en arrière...
- le danger de voir cette parole (qui, pour un catholique, est infaillible, je le rappelle) déversée là où elle est la plus influente (l'afrique est la partie du monde la plus pénétrée par le catholicisme) en prônant des contre-vérités médicales et donc meurtrières
- en cette période d'islamisation des pays arabes, de durcissement des tensions religieuses, un discours catholique "musclé", des positions tranchées, sont forcément amplificatrices des tensionis
- la religion catholique est antisémite
- la religion catholique (mais toutes les religions) ont comme soubassement la recherche de la canalisation et de la maîtrise de la libido.
TROIS : je crois qu'un Djac Baweur n'aurait pu se sentir atterré par mon grand DEUX; Ce qui le choque et le trouble, c'est la forme extrêmement virulente du discours de MÀC. S'il n'était pas d'accord avec l'un de ses points, Djac pourrait argumenter... Or, là, il se protège de ce qu'il a ressenti comme de la "haine".
QUATRE : il faudrait que MÀC écrive dans un journal comme Siné Hebdo ou Charlie hebdo
CINQ : il faudrait que MÀC puisse opérer le même genre d'exercice en prenant pour cible, par exemple, les propos des rabbins de Jérusalem vis-à-vis des palestiniens....Ou les propos de ce cher président Ahmadinejad, ou n'importe quel autre cinglé...
SIX : je voudrais vivre dans un monde où il me serait possible d'aimer à la fois Màc et Djac.
Clo
31 janvier 2009
j'ai trois pommes dans mon panier
RECETTE DE L'EPR A LA DIEPPOISE
PRENEZ une région déjà nucléarisée par tous les bouts : Paluel, Penly, Flamanville...
TATEZ la population locale : il faut qu'elle ait la réflexion flasque, les ouïes bouchées et la docilité requise
ECARTEZ les écologistes du coin, en leur tapotant l'épaule avec des arguments scientifiques indiscutables, comme "allons allons allons, ça va bien se passer, c'est ça ou revenir à la bougie"
FAITES CHAUFFER le moule en graissant à l'aide du Maire UMP de Port du Havre, de Socialistes groupés autour du Maire
Communiste de Dieppe, et d'élus locaux sans étiquette mais appâtés par la bonne odeur d'oseille, tous ensemble tous ensemble
NAPPEZ de subventions, d'espoir d'embauches (limitées dans le temps, mais faut pas chipoter) et de retombées financières
EMINCEZ les protestations éventuelles en oubliant soigneusement qu'on pourrait obtenir de l'énergie d'une autre manière, avec dix fois plus d'emplois
ASSAISONNEZ de bonnes paroles pour faire oublier les "engagements de développement durable" du Grenelle de l'environnement
TOUILLEZ pendant un à deux ans
INSTALLEZ la préparation avec plein de béton au bord du littoral, histoire de prouver votre attachement à la nature
REJETEZ les calories "en trop" (!) à la flotte, histoire de réchauffer les poissons et ceux qui les pêchent
SERVEZ REFROIDI à vos enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants, arrières-arrières-petits-enfants, arrières-arrières-arrières-petits enfants, etc., etc., etc, qui ne vous remercieront jamais assez d'avoir à gérer les déchets pendant quelques millions d'années
Clopine, qu'a trois pommes dans son panier, devinez à qui elle va les jeter...
26 janvier 2009
Le fruit de nos entrailles
J’ai hésité un peu… mais, outre que c’est mon blog ici, dont je fais précisément ce que je veux, je crois que nombre de mes visiteurs ont quelque chose à voir, maille à partir ou histoire d’amour, avec les mots et les livres (tout comme moi).
Et quand on fréquente ces parages, les livres veux-je dire, on acquiert une sorte de « compréhension tolérante » (ou au moins on devrait l’acquérir !) : je vais certes en avoir besoin, vu que je m’apprête à faire le récit de mes affres et de mes tourments – ce qui est toujours mal venu.
Pourtant, cela devrait m’aider à comprendre la violence de mes réactions – quand je suis en butte à une critique disons « littéraire », que d’exprimer un peu mes sentiments là-dessus.
Parce que, je suis étonnée moi-même du maelström émotionnel qui me submerge, quand on se moque d’un de mes textes. Ainsi, cette note est simplement issue d'une raillerie sur un poème, que j'ai eu l'imprudence et l'impudence de mettre en ligne chez Assouline.
Comment se fait-il que j’accueille aisément la critique de mon caractère, de ma psychologie, de mon mode de vie, de ce que je SUIS, et que, par contre, je vibre et gronde sourdement, comme une chienne de garde dressée sur ses pattes, au « mot de travers » qui reste dans la gorge, quand il s’agitde ce que je FAIS ?
Pourtant, dans ma tête, pas d’ambiguïté : je lis les mots d’un Paul Edel sur la critique littéraire, et je ne peux qu’approuver. Bien sûr ! Comment ne pas admettre que :
« quand on décide de publier, ça veut dire qu’on accepte la critique du premier lecteur venu, du premier journaliste venu, oui, même du premier idiot venu. Tout le monde a le droit d’acheter un livre et de le trouver médiocre, ennuyeux, inauthentique, abscons. (…) Si vous regardez l’histoire littéraire, les écrivains, entre eux, se lisent souvent avec acuité, intelligemment entre “hommes du bâtiment”. Parfois violemment. Les critiques les plus intelligents du XIXè siècle s appellent Baudelaire(sur Flaubert), Barbey d’Aurevilly, , Sainte Beuve( ...)
Le crachat, c’est autre chose. Mais la critique littéraire est un exercice de conviction et d’analyse. La passion, et le regard sec : ça demande un peu des deux. Parfois l’enthousiasme mais aussi le travail à froid.
La critique n’a pas à être gendarmique, ,mais elle n’est pas non plus, une feuille compassionnelle adressé à malade..Elle s’adresse à un auteur adulte (…) »
Mais si ma tête approuve gravement ces mots en hochant de haut en bas, mon cœur, lui brinqueballe et se cogne à droite, à gauche, quand quelqu’un persifle un de mes textes. J’ai déjà raconté combien j’avais instantanément détesté une bonne amie qui, armée des meilleurs sentiments, me conseillait de reprendre une copie avant de l’envoyer à un éditeur… la moquerie d’un commentateur, hier chez Assouline, , m’a pareillement percé le cœur.
Je ne peux comparer cette intensité affective qu’à mon amour maternel ! Quand on vient se moquer de mes phrases, j’ai le soubresaut de celle devant qui on gifle son enfant : une sorte d’insupportable brûlure. Paul Edel a beau affirmer : « un aveu, j’ai davantage appris de ceux qui émettaient des réserves sur mes textes que ceux qui les défendaient mécaniquement sans avoir lu de près », il a beau défendre becs et ongles la grandeur du travail de critique littéraire, qui permet, parfois, d’aiguiser les curiosités, de faire aimer ce qui a priori rebute, il a beau pointer les erreurs de critique, aussi nombreuses que des erreurs judiciaires, ou les échecs d’analyse, et conclure, philosophe « un critique littéraire prend autant de gamelles qu’un débutant en patinage artistique . Mais ça, jusqu’à la fin de sa vie. » , n’empêche qu’il ne m’explique pas comment apaiser la morsure, réparer l’outrage dirait Racine, bref, me réparer, d’abord, avant d’examiner le plus froidement possible mon ouvrage, et de tenter de remédier à ses plus gros défauts.
Tant mes textes, auxquels j’ai donc la faiblesse de tenir, sortent de mes entrailles, tout autant que de mon cerveau. Oh, je n’ai pas la prétention de les croire indispensables, hein. Je sais qu’ils sont dérisoires – mais qu’est-ce qui, ici bas, n’est pas dérisoire ? La vie humaine, par exemple, que vaut-elle, dans quelques jolis coins riants de notre planète ?
La littérature ! Ecrire aujourd’hui : mais c’est connaître le sort des chevaux ! Je veux dire que les chevaux, présents partout où il y avait des hommes, sont maintenant réservés à quelques minces usages… Et je ne parle même pas de ces époques splendides où, un Victor Hugo galopait, furioso, entraînant une véritable troupe dans son sillage telle une horde de mustangs. Aujourd’hui, c’est fini. Les représentants de l’espèce plumassière se pressent toujours autant mais affectés à quel usage ? Les courses aux gros enjeux, genre les jackpots des maisons d’édition, le gros coup façon Gavalda ? On en voit parfois encore, notez, des chevaux, solitaires et mélancoliques, dans des herbages attachés à des demeures coûteuses… Partout, le cheval, comme l’écrivain a dû céder la place à l’image, est remplacé et supplanté par la machine, le moteur. Les représentants restants sont devenus des objets de luxe, de loisir, rien de moins nécessaire !
Que dire alors de quelqu’un comme moi, qui n’ai même pas de pedigree, et n’ai rien de la beauté aristocratique du pur-sang. Je la joue sœur âne, bedonnante et gracile à la fois, et je rumine mon inadéquation à mon siècle rutilant. Faut-il vraiment m’aiguillonner cruellement, me tordre la bouche, me « reprendre » en m’enfonçant le mors ?
D’autant que je suis capable de m’être, à moi-même, impitoyable…
Bon, une fois la plainte émise, plus qu’une chose à faire, si je veux poursuivre (et je le veux, nom de zeus !) m épaissir le cuir, accepter le harnais, m’endurcir sous les coups. Et continuer, sous ma peau d’âne, mon petit chemin. Au moins, il me mène là où je veux aller…même s’il n’est pas glorieux.



