Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

11 avril 2008

Le livre de Frégni, la critique littéraire, Assouline et JLK


Je sais que Fernando Pessoa qualifiait la critique littéraire (quand elle est négative) de "forme suprême et artistique de la médisance". N'empêche que lorsque vous rencontrez un érudit, homme de goût, ouvert sur son temps et redoutable analyste, comme Pierre Assouline, vous avez tendance à suivre ses colères et ses enthousiasmes. Souvent avec profit...

Est-ce à cause de cela que je suis devenue exigeante, regardante, chipotant non seulement l'ouvrage critiqué, mais la critique elle-même ? Aujourd'hui, je suis allée sur la Rdl, d'une part, et chez JLK (à droite, cliquez dans "carnets littéraires") d'autre part. Les deux blogs parlent du même livre , d'un certain René Frégni "Tu tomberas avec la nuit".

La critique de JLK rend dix longueurs à celle d'Assouline !

Quiconque d'un peu de bonne foi lit son texte et celui publié sur la République des Livres ne peut que l'admettre, et me donner raison. La critique de JLK est claire, totalement accessible du premier coup, elle rend l'auteur et son contenu attachants, elle donne envie de lire ce livre. IL prend clairement parti, comme le bon lecteur qu'il est , et dès la première phrase. Et il déroule ses arguments avec comme unique préoccupation de servir le livre dont il parle.
Bref, du bon boulot.

Tandis que chez Assouline, (où, comme d'habitude, il y a foule, et je ne dis pas ça méchamment, j'en suis..), tout le papier est alambiqué. D'abord, le livre de Frégni est abordé conjointement avec SImenon : une manière, pour Pierre Assouline, d'"excuser" son intérêt pour ce livre, en le rattachant à l'une de ses notables passions ? Ensuite, des phrases compliquées, une sorte de danse un pas en avant deux pas en arrière, où l'on croit discerner, certes, une réelle empathie pour Frégni, mais tout de suite freinée. Point trop n'en dire, ménager le doute, ne pas s'avancer trop. Une méchante dirait qu'il y a là du souci de soi, de ne pas s'exposer. Mais j'ai trop d'estime d'Assouline pour penser cela...

Je préfère en conclure que pour qu'une chronique littéraire soit réussie, pour que la critique d'un livre soit bonne, il est nécessaire que s'opère une certaine alchimie entre la teneur du texte critiqué, et la chronique elle-même. Qu'il y faut déployer les qualités du caméléon... Le texte de JLK est simple, lumineux, plein de bon sens et d'émotion assumée. IL semblerait bien que le livre dont il parle contienne lui aussi ses solides qualités. La critique de Pierre Assouline est pleine de retenues, alambiquée, tentant d'expliquer par en-dessous pourquoi Assouline se préoccupe de ce livre... Elle rate son coup.

Assouline, qui est quelqu'un de visiblement charmant, d'une érudition qui m'époustoufle, d'un goût si sûr que c'est un plaisir de le suivre, et dont les opinions et les actions démontrent qu'il est honnête homme, a parfois de ces sortes de ratages qui doivent tout, à mon sens, à sa trop grande politesse, à son statut peut-être, qui l'entraînent à vouloir ménager à toute force la chèvre et le chou.

Je suis peut-être dure, là ? Va savoir... Pas plus que Pessoa, en tout cas ! :>))

Clopine

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10 avril 2008

La cruauté d'Eric Chevillard

En ce moment, je vis avec Eric Chevillard. Je m'endors avec lui, l'ai toujours à portée de main, le prête, voire le donne à mes amies et lui rend régulièrement visite.

Rien de trouble là-dedans, juste une réelle admiration et un goût pour quelqu'un qui me surprend toujours. Une affinité élective de plus. Bon, il est mon contemporain, et alors ?

Et alors, justement, c'est là que cela fait un peu mal. Parce qu'Eric Chevillard, dont je croyais la lucidité réservée à son usage personnel, que je pensais dans l'empathie des amoureux des mots, Eric Chevillard se révèle cruel... Et, derrière le sourire esquissé, voici la morsure.

Le coup de dents ne s'adresse pas à moi, of course, (qui suis-je ?!) mais à ce pauvre Alexandre Jardin, pourtant honnête artisan des mots. Aujourd'hui, sur le blog de Chevillard , en trois pastiches et autant de paragraphes, voici Jardin proprement assassiné... Je ne peux imaginer une seule seconde Chevillard mû par la jalousie. C'est donc qu'il doit souffrir, réellement, du "style" de Jardin, et qu'il se soulage en mordant...

Or, j'en sors mordillée à mon tour.

Franchement, quand je lis une phrase du style : "Oh ! c’est comme si toutes les lettres patiemment assemblées qui forment notre littérature soudain se délitaient et que toute cette encre démontée déferlait sur nos jours, saccageant nos fragiles beautés, achevant le tremblant espoir, ulcérant les cœurs nobles, ruinant la possibilité même de l’amour, et nos jours désormais ne seront plus que plaintes amères et cris discordants !", même si cette tartine pastiche un autre que moi, en rajoutant dans la mayonnaise, je m'en prends une giclée au passage.

Je ris, jaune.

D'autant que Chevillard est injuste. Certes, le style post-Desprogiens, dirons-nous, mélange savant de potachisme et d'envolée sincère, peut agacer. Mais il vient contrebalancer des années de sècheresse aussi travaillée que sublime. D'ostracisme de l'adjectif qualificatif. De bannissement de la relative subordonnée... Il n'est que le ressac d'un flux bien submergeant, certes, mais à l'exigence aride !

Chevillard est donc cruel, et d'une cruauté d'autant plus efficace que lui-même se situe à mille lieues de ces récifs où mouille la phrase ornée : il ne peut en aucun cas en sentir l'écume. On ne peut, c'est vrai, lui reprocher de se répandre, lui qui concise ses phrases comme autant de miniatures perses.

Ceci, par exemple, si admirable dans le minuscule :

"Une coccinelle se pose sur le doigt de ma compagne qui la chasse gentiment avec son petit pinceau – tu sais pourtant bien que tu n’as pas le droit au vernis à ongles, tu es tombée dedans quand tu étais petite."

et qui m'enchante...


(en plus, mais là c'est vraiment une opinion personnelle, je n'ai certes pas besoin, en ce moment, qu'on me secoue la paillasse et qu'on me démontre que je suis boursouflée. Je m'anéantis très bien toute seule. J'aurais plutôt besoin d'une parole caressante, et si Chevillard continue de se moquer, des larmes encore plus dégoûtantes que le reste pourraient bien me monter aux yeux.)

Clopine


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09 avril 2008

Consolation

allez, consolons-nous, merci Loïs, ce n'est qu'un désagrément cet acte manqué réussi, même si cela tombe particulièrement mal !

Bon, un peu de guitare hawaïenne pour nous remettre.

http://www.youtube.com/watch?v=O9mEKMz2Pvo

Je vous conseille d'aller jusqu'au bout, parce qu'il y a un riff à la fin tout à fait intense...

Qu'est-ce qui fait le charme de ce morceau ? L'apparente "pauvreté" musicale de l'instrument va très bien à la simplicité de la mélodie harrysonnienne. La virtuosité de l'interprète, qui décline ici toutes les facettes de sa maîtrise de l'instrument,pourrait être simplement démonstrative ("regardez ce que je sais faire") : mais elle est ici mélangée avec une "mondialisation" de la musique : la pop anglaise revue à travers le filtre d'une sensibilité japonaise, ce qui la rend à la fois immédiatement reconnaissable, et en même temps légèrement exotique. La joliesse du tout est donc transcendée dans une vraie composition.

Bref, Shimabukuro est évidemment un jeune homme remarquable.

J'attends les remerciements de ceux qui ne connaissaient pas, d'ailleurs !

;>))

Clopine

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04 avril 2008

j'ai reçu un cadeau ...

Je partage !

c'est un bout de poème :

"Pas un sou
dans ma poche,
mais enfin, je n’en ai pas besoin…
Aujourd’hui, la ville est déserte,
et il n’y a personne à qui
je peux offrir un soin…"

et cela a un rapport avec la Grèce (ou les péripatéticiennes ? peu importe, cela sonne juste)

Clo

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02 avril 2008

Famille, je vous hais ?

ATTENTION ! ELOIGNEZ LES ENFANTS !! LE BLOG DU JOUR EST STRICTEMENT RESERVE AUX ADULTES MAJEURS (et vaccinés)


Un jour, on avait bien bu je crois, mon compagnon a inventé une nouvelle expression, sémantiquement fort intéressante : comme il y a des "soeurs ou frères de lait", on pouvait parfaitement envisager, au choix, des "soeurs de bites" ou des "frères de chattes". Est-il besoin de plus expliquer le concept ?

Mais j'ai pensé à un exemple fort actuel : avec le sens de la famille qui le caractérise, notre bon Président élargit donc sa parentèle. Le voici d'un coup, par la grâce de Carla, frère de chatte à la fois avec Mick Jagger et Laurent Fabius, et (pour l'instant) le petit dernier d'une famille ma foi assez nombreuse : le cadet quoi. Vous remarquerez que, du même coup, voici Carla soeur de bite de Cécilia : familles, je vous hais ?

Clopine, bon allez, rigolez, quoi... Vous savez, rien ne vaut les familles nombreuses...Liberté, égalité, fraternité, peace and love, mes frères et soeurs allez en paix. (pour les homos : frère de bite, soeur de chatte. ça marche aussi)

Posté par ClopineT à 14:01 - Petites histoires de blogs - Commentaires [8] - Permalien [#]

01 avril 2008

poisson d'avril...

Je remercie tous les internautes qui ont laissé un message hier, mais vous aurez remarqué que ma tentative d'illustration de mon blog s'est soldée par un échec cuisant : la photo de mon compagnon a tenu six heures, et puis pouf, un scud.... Considérons donc que c'était un poisson du 31 mars, et continuons !

Bon, c'est quand même un débat intéressant, derrière le plouf dans l'eau de ma tentative. Parce que le même homme qui refuse  obstinément que  j'illustre mon blog de ses traits harmonieux est photographe... et donc en butte avec la problématique des droits d'auteur et droits d'image. IL a une tendance, d'habitude,  à considérer que le droit d'auteur (d'une photo) est plus "légitime" que le droit d'image (de la personne représentée). Mais en l'espèce, comme c'est sa tronche à lui et que nous avons tous deux un "passif" , quelques heures de discussions passionnées et conflictuelles, en la matière,  l'argument : "mais ce n'est pas toi qui as pris la photo" ne tient pas à ses yeux. Ce n'est d'ailleurs pas moi non plus l'auteur, c'est un pote qui se reconnaîtra...

C'est quelque chose, ce "droit à l'image", quand même. Nous sommes tous deux, l'homme et moi, particulièrement frileux en la matière (enfin, surtout moi). Mais d'un autre côté, l'image rompt, en quelque sorte, l'anonymat, qui est la marque du web. Et puis, sans être parano, il est vrai qu'internet permet de collecter une masse d'informations si impressionnante sur les uns et les autres, et sert parfois à la répression politique, notamment si l'on est chinois, femme politiquement  engagée dans un pays musulman ou autre, qu'un minimum de prudence est de mise.

Mais je suis faite pour être clandestine comme pour être danseuse au Lido, c'est dire. Déjà, je ne pouvais m'empêcher de sourire largement aux pseudos des camarades de Lutte Ouvrière, en marche vers le Grand Soir. Je n'arrive tout bonnement pas à imaginer le web comme une sorte de gigantesque Big Brother. J'ai sans doute tort...

En tout cas, je ne le ferai plus. D'autant que la menace est tombée, terrible : si je publiais sa tronche, l'homme ne m'enverrait plus de photos "de lui", c'est-à-dire prises par lui. Et ça franchement, ça me ferait bien chier. D'autant qu'un voyage à Florence est programmé pour la semaine prochaine, et que je me réjouis d'avance de voir comment l'homme va traiter  la lumière de la Toscane . C'est une gageure, tant le sujet est déjà traité, battu et rebattu... Mais je lui fais confiance, ses photos romaines m'avaient tant plu !

Clopine (sinon, la nouvelle avance, recule, avance, mais j'en viendrai à bout.)

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31 mars 2008

J'ai tout repris...

J'ai tout repris l'histoire de Blandine, et vais en faire une nouvelle que j'espère cohérente. Mais pour les éventuels lecteurs restés sur leur faim, voici un bout de la suite :

Je n’ai jamais rencontré de « petites mains », agents administratifs, exécutantes, personnel d’accueil, dactylographes, ouvrières, qui n’aient eu, un jour ou l’autre, à apprendre l’amère leçon : à savoir qu’il vous faut « rester à votre place », même si celle-ci n’est pas la meilleure. La finesse de Blandine avait dû souffrir de cette constante humiliation, si vite intégrée, si vite retournée contre soi.

Elle ne cherchait même pas à lire les articles qu’elle devait découper, et classer : c’était Anne qui, par un système de crayons de couleur, indiquait ce qu’il  convenait de faire. Blandine, et bientôt sa collègue Martine (elles n’étaient pas trop de deux, devant la masse toujours débordante des informations à trier, en ces temps d’avant internet…) découpaient aux ciseaux, collaient, rangeait dans de lisses pochettes multicolores : un rêve de petite fille appliquée. Il manquait la lampe abaissée vers la table, la mère affairée aux fourneaux,  le père rentrant joyeux du travail, et on y était : en page 1 des livres de lecture du cours élémentaire…

Blandine n’avait évidemment jamais vécu cela. Et la courtoisie qui régnait dans ce bureau de cadres (ingénieurs, bac + 5, mais aussi dirigeants d’entreprise en visite, financiers en costard-cravates et « responsables » de toute sorte)  s’était étalée devant elle, guère plus surprenante que le sable découvert par

la Mer

Rouge

au passage de Moïse. Ce n’était pas dans le quartier des Neiges qu’on employait le subjonctif , après une proposition au conditionnel, ni qu’on flûtait  des arguments. Blandine n’entendait pas ce que certaines expressions mesurées pouvaient cacher de revendications aigres, d’intérêts féroces. Elle voyait le beau mobilier, la propreté des locaux, la tiédeur des radiateurs : la douceur d’un luxe jusque là inconnu.

Par la fenêtre de la tour, on voyait, côté est, le port et ses immenses bâtiments, tout petits. Côté ouest, c’était la  mer, et les embruns qui parvenaient à s’immiscer jusque sous le châssis des fenêtres. Blandine éprouvait certainement, assise à sa table, un sentiment de sécurité unique, et comme la position d’une vigie sur le front de mer. Et c’était à son appartenance au Parti, qui lui était aussi naturelle que son logement HLM, les paquets de gauloise de son père  ou les sonneries du gros  réveil de ce dernier à quatre heures du matin, pour les déchargements de l’aube sur les docks,  qu’elle devait cette félicité : quel accomplissement.

Anne surtout l’enchantait, avec son élégance, sa maîtrise de soi et la facilité apparente avec laquelle elle conciliait sa vie de mère de famille, et ses responsabilités milito-professionnelles. Ce fut pourtant à cause d’elle que l’univers splendide de Blandine fut ébranlé, causant, par ricochet, mon arrivée dans le service.

Anne vécut en effet une histoire d’amour avec le second cadre du service, un jeune homme à l’allure placide et lente, Bertrand, et bouleversa toutes les conventions. Non seulement, en six mois seulement, elle divorça, puis se remaria avec Bertrand, de six ans son cadet, mais elle prétendit, et obtint, de continuer à travailler dans le même service que ce dernier, s’affichant tranquillement avec lui. La tour en vacilla un instant sur sa base, mais Bertrand faisait partie du sérail, et Anne était à peu près intouchable. Tout rentra dans l’ordre. Apparemment…

Parce que si le service continuait de fonctionner sans heurts de surface, il en avait été autrement chez les camarades. Les secrétaires, aux premières loges des amours naissantes d’Anne, s’étaient bien évidemment régalées de l’idylle, qui leur était servie à domicile. Mais des trois dactylos, seule Blandine avait continué de considérer Anne comme l’équivalent d’une sainte de vitrail, adaptée communiste… Les deux autres avaient été choquées de l’assurance tranquille de la cadre sup’, puis remuée dans leur morale prolétarienne (une mère de quatre enfants ne divorce pas) enfin dans l’ordre professionnel (les couples sont assez mal vus dans les bureaux, et si en plus la relation sexuelle s’exprime par des bises et des mots doux, l’ordre du monde est bien trop bouleversé pour que de telles attitudes remportent l’adhésion).

Une mini-guerre s’était donc déclarée entre les trois secrétaires : l’une était farouchement contre la conduite d’Anne, et préférait donc « ne pas en parler ». L’autre trouvait à redire, et réclamait de la tenue, pendant les heures de travail. Et Blandine, de plus en plus en extase, était entrée dans les ordres. Devenue une sorte de chevalier servant d’Anne, elle défiait quiconque osait émettre la plus petite remarque sur la conduite de celle-ci. Le service était devenue un temple, Anne une sainte statue, et Blandine, courant de ci de là sur ses courtes pattes, faisait office de bedeau, de prêtre et de gardienne.

Les escarmouches se multiplièrent entre les trois employées, pour des broutilles,  une boîte de trombones égarée, des stylos volés. Blandine, de toutes ses forces, cherchait à imposer aux deux autres son propre culte. Mais ça renâclait partout, jusque dans les réunions de cellule, le soir, où la vie privée des camarades Anne et Bertrand était débattue.

Le chef de service, Yann, n’en pensait pas moins, et aurait volontiers séparé le couple. Après tout, une documentaliste, même proche de la direction locale du Parti, cela se remplace. Mais avant tout, il devait résoudre la crise, désormais quotidienne, des trois dactylos. Et il ne savait comment s’y prendre : les motifs des chamailleries étaient toujours si compliqués, si dérisoires aussi, qu’il était difficile de donner raison ou tort à l’une des trois. Et puis Yann avait autre chose à faire qu’à écouter, patiemment, les doléances qu’on venait lui soumettre…

Un jour, les portes commencèrent à claquer, ce qui fut le signe de la nécessité d’une intervention. Yann convoqua tout le service, et déclara qu’on allait recruter un cadre intermédiaire, qui serait chargé d’encadrer les dactylos. A terme, le service serait donc coupé en deux. Et les secrétaires n’auraient plus de contact direct avec les cadres.

Le monde merveilleux, dans lequel Blandine avait vécu tant d’émotions heureuses et fortes, dans lequel son application, et ses plus intenses aspirations s’étaient épanouies, était menacé. Blandine, qui n’avait jamais auparavant goûté un tel accomplissement, se sentait chassée du Paradis.

Et, en plus, je ne buvais pas de café.

(la suite dans la nouvelle remaniée, mais maintenant vous savez à peu près tout… )

Clopine

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27 mars 2008

Du jour...

“Parfois il me semble que je pourrais vivre une vie entière dans le cercle de lumière de ma lampe de chevet. ”

C’est l’aphorisme du jour d’Eric Chevillard (voir son blog) , et franchement, franchement… Si j’osais… En hommage, évidemment… Mais avec cette envie quasi irrépressible… Je pourrais m’en emparer… A une nuance près :

“Souvent il me semble que j’ai vécu une vie entière dans le cercle de lumière de ma lampe de chevet. ”

Clopine

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26 mars 2008

je mets Blandine en standby, coincée dans son vasistas, et je réfléchis tout haut, devant vous...

Avant tout, je voudrais remercier chaleureusement tous ceux qui m'ont assurée de leur compréhension et de leur soutien. Ici, ou sur la RDL. Bon , j'avais demandé à Montaigne de passer par ici, mais, comme l'avait  prédit  Jean Dupont, il n'a pas daigné descendre de son cheval, et a juste virevolté sur le blog d'Assouline. Pourtant, ce même Montaigne m'assure de son "amitié" : de quoi est donc faite une amitié pareille, grands dieux,  s' il ne s'aperçoit pas de la réalité de mon désarroi sous l'insulte, et qu'il ne trouve rien d'un peu personnel à me dire ? Une déception de plus, dans cette journée d'hier pourtant bien assez cauchemardesque comme cela.

Vous avez été d'autant plus précieux, ici et là-bas, et je tiens à vous en remercier. L'essentiel est de ne pas passer pour ce que je ne suis pas, c'est-à-dire antisémite,aux yeux de gens que j'estime. J'ai bien entendu compris que vous ne preniez pas, (je ne dis pas "au sérieux" parce qu'il souffre véritablement), mais en compte l'accusation de Mauvaise Langue. Je crois d'ailleurs que ce dernier se soucie peu de moi. C'est Michel Onfray qu'il vise, avant tout. Notez que celui-ci est également honni par les catholiques bon teint, les musulmans, enfin, les religieux en général... Je veux bien l'accompagner dans l'exécration,  (et pourtant je  ne suis ni philosophe, ni connue, ni personnage public) et j'assume mes convictions hédonistes : de là à devoir attendre longuement des explications qui n'en sont pas, (je serais antisémite parce que j'adhère aux thèses hédonistes d'un Onfray, lui-même antisémite pour d'obscures interprétations tendancieuses d'une oeuvre pourtant particulièrement claire sur ce point) vous avouerez qu'il y a un foutu  pas.

Ma réaction était-elle démesurée ? Certes, j'ai longtemps mis sur le compte des particularités de ma personnalité mon excessive sensibilité, disons ça comme ça. Je sais depuis belle lurette que j'éprouve quelques difficultés à trouver ma place dans un groupe. J'ai mis quarante ans à éclaircir le pauvre mystère originel qui osbcurcissait mon rapport au monde, et j'y suis arrivée- cela laisse des traces, mais au moins je n'en suis plus à m'excuser d'exister. Je pourrais donc avoir un rapport distancié vis-à-vis des  déviances du web (les trolls, les mauvais procès, les accusations délirantes, les attaques personnelles venimeuses...) qui me permettrait d'assumer ma "mise en avant". Une Wrath, par exemple, joue avec l'ambivalence des sentiments qu'elle suscite. Pourquoi donc en suis-je incapable ?

Je crois sincèrement qu'il y a là comme un choc frontal qui me dépasse, et qui pourrait opposer  le "noyau dur" de n'importe qui, et la "pression sociale". Autrement dit, il ne s'agit pas de jeu de personnalités qui s'affronteraient : il s'agit de l'instauration d'un nouveau rapport social, violent sous des dehors inoffensifs. Ma mésaventure d'hier, personne n'en est à l'abri, dès qu'il prend la parole sur ce nouveau média qu'est le web. Passer son chemin en haussant les épaules, est-ce la bonne réponse ? Et surtout, ceux qui, comme moi, n'en sont pas capables (de  hausser simplement les épaules, qui se sentent véritablement insultés) , ont-ils le droit de réclamer de l'attention, voire une "réparation" ? Beaucoup pensent que c'est tout simplement inévitable, inhérent au genre, que c'est le risque du métier, qu'il faut faire avec, ou ne rien faire du tout... Le web est une sorte de gigantesque marmite de soupe, bien chaude, bien propice à l'éclosion de déviances de toutes sortes, et les paroles violentes, diffamatrices, perfides, seraient  le prix à payer pour accéder à l'échange.

Il suffit alors de s'en fiche le plus possible, d'en être détaché. (" Les propos d'un Mauvaise Langue ne sont "pas graves", me dites-vous... Relèvent  même d'un "bizuthage" (!!)")

Je n'arrive pas, malgré mon envie parce que cela serait plus facile à vivre ainsi, je n'arrive pas à être d'accord avec ce point de vue. Les mots ne voudraient plus rien dire dans ce sens (et je les aime !). les paroles seraient aussi dévaluées que celles d'un Sarkozy, qui raconte tout et n'importe quoi, en fonction de son interlocuteur du moment et de l'angle de la caméra qui filme la scène. Je ne suis pas d'accord avec cette manière, ce tourbillon creux, qui  nous emporte ainsi. Les mots, qui viennent aujourdh'ui bien après les images, sont cependant le pain de notre esprit. Nous devons les prendre pour ce qu'ils signifient, et nous avons droit de leur demander des comptes.

je crois que je vais essayer de profiter de l'incident douloureux qui m'est arrivé (et qui ne sera sans doute pas le dernier, hélas) , et interroger quelqu'un comme Assouline à ce sujet. Histoire d'avoir son opinion, s'il en a une et qu'il veut bien me répondre, et de connaître sa posture. Mon seul problème est d'écrire assez clairement pour qu'il ne voit pas, dans ma démarche, une récrimination ou un besoin de réparation : grâce à vous tous, ce travail-là est fait, (merci encore !). Mais il y a là, enfin c'est mon avis, un point noir sur la toile, et la pratique que nous en avons tous. Pourquoi ne pas essayer de crever l'abcès, et de poser clairement le problème de la censure des propos violents sur le web ?

Clopine

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25 mars 2008

petit message à l'intention des blogueurs d'Assouline, avant la reprise des opérations

Comme je n'ai pas envie de m'exprimer plus avant sur le blog d'Assouline, je m'en vais dire deux mots ici, en espérant que Montaigne à cheval vienne faire une pause, arrimer son canasson au tronc de l'arbre, avant de repartir...

Que Mauvaise langue soit blessé, meurtri, qu'il se sente dans sa propre chair redevable de la souffrance de son "peuple", (car il est "de son peuple" comme De Gaulle avait "une certaine idée de la France"), je crois que je l'ai parfaitement compris. Mais je lui dénie pour autant le droit de s'ériger en distributeur de certificats, et surtout le droit d'accuser quelqu'un d'antisémitisme. IL m'assimile à Onfray, il a raison : je suis à peu près aussi antisémite que ce dernier, c'est à dire pas du tout.

L'antisémitisme et le racisme sont pour moi des crimes. On n'accuse pas quelqu'un de ces crimes sans s'engager, au moins, dans un procès - avec production d'arguments et de preuves à l'appui. Or, Mauvaise langue m'accuse d'être une "antisémite inconsciente" qui ne pourra rien y faire en plus, puisque "je ne peux rien comprendre", n'étant pas victime de la Shoah. Et après ces affirmations qui n'expliquent en rien son propos, qui affirment, c'est tout, hop, trois petits tours et je m'en vais ailleurs...

Or, mon humanisme personnel et toutes les valeurs auxquelles je crois m'amènent à une conviction : c'est qu'il n'est pas besoin d'être juif pour être victime de la Shoah. Universellement, nous en sommes victimes. Et ce ne sont pas les luttes islamiques, la situation au proche-orient, l'infâme merdier israëlien-palestinien qui me contrediront. Outre ces retombées historiques, nous sommes victimes humainement, au plus près de notre essence humaine, de la shoah. Parce qu'il y a un après/avant, et que nous en sortons tous flétris dans notre humaine condition.

Je récuse donc, le plus hautement possible, les accusations d'antisémitisme de Mauvaise Langue. Je n'admets pas le ton léger qu'on y accorde sur la RDL, ni les tentatives d'apaisement d'un Montaigne à cheval qui essaie de "me calmer". Je ne serai JAMAIS calme vis-à-vis de telles accusations.

Je suis athée, je mets dans le même sac toutes les religions. Je suis humaine, j'abhorre le nazisme, le fascisme, toutes les atteintes à l'homme, qui est avant tout homme avant d'être un croyant. Je ne supporte pas qu'on laisse s'exprimer la parole accusatrice d'un Mauvaise Langue. Il se targue pour ce faire de l'histoire de sa famille martyrisée - cela ne lui donne ni la robe, ni la parole du juge, c'est tout.

bon, l'histoire de Blandine va suivre aujourd'hui...

Clopine

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