07 novembre 2009
Lettre à mon blog
Mon cher petit blog,
Je ne m'adresse pas souvent à toi, c'est vrai, et j'ai tort. Parce que depuis que je t'ai créé (et j'ai longtemps hésité, je ne "voyais pas l'intérêt", tout comme une jeune fille de vingt ans ne voit pas bien l'intérêt de faire des enfants...) tu m'as si fidèlement servie : je devrais t'en être reconnaissante...
Pourtant, bien entendu, parfois, je t'envoie au diable. Tu attires les trolls, par exemple, ou bien tu me fais aller trop loin, trop vite. Je pensais me découvrir, et me voici à poil ! Tu peux être aussi un traître, qui, tel le serpent Kaa, me sussurre des paroles flatteuses, pour mieux me poignarder ensuite... Et puis tu es comme le ciel changeant, quotidien ou pesant qui pèse sur nos épaules : tu passes, d'un jour à l'autre, éphéméride de mes pensées futiles, de mes chagrins récurrents et de mes plaisirs enjoués.
Si je devais te donner l'apparence d'un objet, ce serait, sans hésiter, celui du miroir de la Reine de Blanche-Neige. D'abord, la Reine, je l'ai trouvée toujours bien plus belle que cette nunuche de Blanche Neige, avec ses petits lapins et son seau à récurer. Ensuite, comme dans le conte, l'image que tu me renvoies me convient bien, même si, parfois, tu te montres récalcitrant et m'indiques que d'autres, ailleurs, sont bien mieux que moi...
N'importe, mon blog, aujourd'hui je te remercie. Parce que derrière mes petits plaisirs narcissiques, tu m'as permis (et comment, sans toi, y serai-je parvenue ?) des rencontres étonnantes et le plaisir rare de traverser le miroir. C'est casse-gueule, certes, mais quand c'est réussi...
Vive toi, tiens !
Clopine
02 novembre 2009
les mots se pressent, et pour cause...
Voici une traversée du miroir (à savoir : des internautes qui se côtoient "pour de vrai"...) qui sera aussi une traversée de mots : ils se coupent, s'entrecroisent, c'est la foire d'empoigne pour en placer une... Effet internautique : des habitants de deux îles éloignées mais pourtant proches en viennent à se toucher. Eh bien, bavardages assurés et comme une conversation qui n'aurait attendu que l'allumette du ouèbe, pour s'enflammer !
Allez, hop ! j'y retourne...
Clopine
31 octobre 2009
Trois premières fois (pour Zoé et compagnie)
Je n'aime pas trop répondre aux "tags", ces injonctions de chaîne, mais celle-ci vient de chez Zoé, et peut-on refuser quelque chose à Zoé ?
Donc voici trois "premières fois" (en o) :
La première fois que j'ai cueilli un poireau, je me suis retrouvée le cul dans la terre. Echec complet. C'était octobre, ou novembre, bref la terre bien grasse, étalée sur le bleu d'un jean, évoquait irrésistiblement une autre matière organique... IL me semblait que tout riait du moi. Ce poireau, d'abord, mais aussi tout le potager, et la maison derrière, et le ciel brayon par là-dessus, qui roulait des nuages gris perle, comme on roule des épaules en se moquant d'un ahuri...
J'avais toujours vécu en ville, et je venais de la quitter. J'avais juste apporté, à main droite, un petit enfant, et à main gauche, un chat dans un panier. Je m'étais installée dans cette longère, où il fallait, si on voulait de la soupe, aller cueillir soi-même ses poireaux. Et je m'apercevais que tout les gestes, même les plus simples, requièrent un apprentissage, de l'attention. Rien n'allait de soi, et si je voulais que cette terre, cette maison, ce potager et ces poireaux m'acceptent, c'était moi qui devais changer... On a bien voulu m'expliquer, et je manie aujourd'hui, avec un semblant d'efficacité, la fourche, le râteau à feuilles, la brouette à bois et le sécateur. N'empêche que la leçon reçue, ce jour-là, le cul barbouillé, trois feuilles de poireau dans la main, et le potager mouillé qui ricanait sournoisement, n'a jamais été oubliée.
La première fois que j'ai mis la tête sous l'eau, j'ai cru mourir, bien sûr mais à l'époque je mourais environ trois fois par jour : quand il s'agissait de partir à l'école (étais-je bien à l'heure ? Quelqu'un allait-il se moquer de ma blouse, où il manquait un bouton ? ), ou bien d'entrer dans la boucherie acheter des steaks hachés (la vue des côtes de boeuf accrochées au-dessus de la table à découper me renversait e coeur) ou d'adresser la parole à Jean-Bernard Réfuveille (dont j'étais secrètement amoureuse, ainsi que tout le quartier le savait). Mais mettre la tête sous l'eau... Sentir son nez, ses oreilles, envahis du trouble clapotement de l'eau javellisée de la piscine municipale... Mieux valait rester obstinément dans le petit bassin, où l'on ne risquait pas de perdre pied. Sauf, évidemment, si un imbécile de garçon vous poursuivait, que vous essayiez de vous accrocher à l'échelle pour sortir, qu'un autre idiot vous en empêchait en décrochant vos doigts de la rambarde, et que, plouf ! Dans un grand jet d'éclaboussures,rejetée en arrière, vous tombiez, tombiez, la tête sous l'eau, et voici que le nez tout seul se bloquait, que vous ne vous noyiez pas, non, au contraire, ce que c'était beau et silencieux là-dessous, que l'eau était douce autour de la tête, et qu'en ouvrant les yeux, un univers d'une simplicité floue, inattendue, vous accueillait...
Je suis devenue une bonne nageuse,et les garçons l'ont vite appris, qui devaient rudement se dépêcher, s'ils voulaient me rattraper.
La première fois que j'ai porté des talons hauts, ça m'a fait tout drôle. Je prenais d'un coup cinq centimètres, et il me semblait que mon derrière ressortait à chaque pas, effrontément, que ma jupe bougeait, remuait, comme une vague autour de mes genoux, attirant le regard comme un drapeau qui flotte au vent, et que le couloir de l'entrée, qui m'était aussi familier que le contenu de mon cartable, s'allongeait démesurément, devenait comme la pente escarpée d'un dangereux défilé montagnard. Je m'y suis pourtant engagée, relevant les épaules, tentant de ne surtout pas regarder mes pieds. Je suis arrivée à la porte, je l'ai ouverte : le monde de la féminité s'ouvrait devant moi. Hélas, la rainure de l'allée cimentée aussi, qui a attrapé sans ménagement le fin talon , l'a brisé net, pendant que la cheville se tordait sous le coup et que mon corps d'adolescente godiche vacillait, puis s'abattait, sans aucune grâce, juste devant la porte d'entrée. Quinze jours de plâtre. Autant vous dire que je lui en ai voulu, à la féminité. Et que la première fois que j'ai porté des talons hauts, ben ça a été aussi la dernière.
Clopine, qui taguerait bien Andrem, tiens, parce que cela fait longtemps qu'elle n'a pas eu de nouvelles de lui et de son rude moine.
26 octobre 2009
Histoire de Tronches...
Bon, je reviens sur le postage de ma tronche actuelle, parce que voilà, j'ai mis ma photo ! Ce qui n'était pas si simple que cela à faire. Une des règles tacites des blogs étant l'anonymat absolu, toute intrusion trop "réelle", (et une photo l'est forcément plus qu'un portrait écrit) fait franchir le miroir. Et c'est dangereux, sur les blogs, parce qu'il ne faut pas confondre le monde virtuel et le monde réel, enfin, à mon sens...
Mais ce qui m'a fait changer d'avis, c'est le blog de Dexter.
Dexter a lancé l'idée d'une galerie de portraits de blogueurs et/ou de visiteurs-commentateurs, qui ont comme point commun de fréquenter la République des Livres. Mais, là où son idée s'est révélée absolument payante, c'est qu'il a demandé des autoportraits. Et donc, à travers les lignes écrites et les quelques photos (pour ceux qui les postent) mises en ligne, il s'est passé quelque chose de, ah je ne sais pas comment dire cela, d'"éclairant" ??? Les intervenautes se sont mis à parler d'eux, avec une bonne grâce et une simplicité confondantes, à s'avancer... Pas un portrait qui ne soit juste, du coup, pas une moquerie non plus. Une sorte de juxtaposition, certes, de personnalités vraiment diverses, mais cette juxtaposition s'éclaire d'elle-même, et chose incroyable, il y a une sorte de tendresse qui s'en dégage !!!
Quand on connaît le "blog à Passou", ses dérives, les blessures qu'il peut procurer parce que les attaques y sont rudes, le fait aussi qu'un livre en soit déjà sorti ("brèves de blog" édité en 2007 je crois), cette galerie d'autoportraits prend tout son sens : il s'y passe quelque chose, je trouve. (bon, j'en suis, mais ce n'est pas que pour ça ahahah). Elle est fascinante, parce qu'en transgressant les lois non écrites du genre, elle le renouvelle.
Je pense qu'il ne faut pas aller plus loin, et que la Galerie doit être à la fois préservée mais non prolongée. Elle est comme une photo de ce qu'il y a sans doute de plus difficile à photographier : une sorte de petite communauté virtuelle, réunie par un "petit dénominateur commun" : Pierre Assouline ...., et ce groupe informel se révèle avoir une espèce de cohésion interne très forte, sur cette "photo" là du moins. Car chaque portrait est à la fois précis et honnête, ce que personnellement je n'aurais pas cru !
C'est pourquoi il m'a semblé "honnête" de rajouter ma tronche actuelle à la galerie : pour me mettre au diapason de l'honnêteté des autres...
Et puis, merde. Je suis absolument convaincue de la nocivité des valeurs de mon temps, notamment cette espèce de dictature de la fausse esthétique. Si un Houellebecq a fait sensation, c'est bien parce que, dans ses livres et notamment les deux premiers, il jouait le rôle de l'enfant qui voit passer le Roi Nu ! Je veux dire qu'il dynamitait le discours sur la prétendue "libération" que notre époque aurait mise en place après 68. Car il pointait du doigt ce paradoxe : le "jouir sans entrave" était devenu une obligation, et rendue plus douloureuse encore par la mise en place des nouveaux codes. Malheur à celui qui est moche, vieux, gras, pauvre : l'accès au paradis de la liberté sexuelle lui sera interdit, sans qu'il puisse s'en plaindre puisqu'"officiellement", les barrières sociales sont abaissées, entre les deux sexes notamment. Mais on leur a remplacé des barrières autrement plus redoutables, et il faut voir comment les gens s'épuisent à traquer de leur image ce qui pourrait leur enlever de la valeur sexuelle...
Excusez-moi ce "pex" bien connu, mais c'est vrai que la dictature de l'apparence donne envie de vomir, n'est-ce pas ? Alors, je m'avance, tant pis. J'ai cinquante ans, les marques d'une vie avec ses joies et ses douloureuses peines inscrites sur ma peau, je ne fais pas beaucoup attention à mon apparence et ma stratégie habituelle, vis-à-vis de mon miroir, est celle de l'évitement pur et simple. Mais d'abord j'arrive encore à sourire, et puis je suis bien persuadée que la vraie vie est ailleurs... Et j'ai le coeur un peu serré pour les jeunes générations, qui tombent si facilement sous le couperet des codes que sortir dans la rue avec un quelconque manquement à la tenue (tache sur un pull, manque d'assortissement entre le jean et le sweat, etc.) relève de la mission impossible : ma génération se libérait des carcans moraux d'autrefois. La leur s'asservit à l'extrême, sous les carcans modernes de l'ère de la marchandise universelle, à laquelle aucun corps n'échappe désormais...
Certes, en abaissant aussi cette barrière-là, je me mettais un peu plus encore en danger... Mais c'était sans compter sur l'amitié de certains de mes visiteurs ! Parce que cette amitié, pour virtuelle qu'elle est, colore leur regard d'indulgence : comme je les en remercie ! (mais quelque part, je savais bien que je pouvais compter sur eux !)
Clopine
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08 octobre 2009
sursauts et mortelles vanités...
Ce matin, je lis cette définition du "vrai" lecteur, donnée par Philip Roth et lue chez Assouline :
" (les) lecteurs, concentrés, attentifs, qui lisent un roman deux à trois heures par nuit, trois nuits par semaine au moins. Ce qui s’appelle lire. Car si ça traîne des semaines, la concentration s’évapore et c’est fichu. Un lecteur, c’est quelqu’un qui peut en parler autour de lui, qui est capable de tout mettre de côté pour rentrer chez lui afin de poursuivre sa lecture et qui ne ne fait rien d’autre pendant qu’il lit”.
Et j'ai un petit sursaut de vanité, parce que je correspond point par point à cette définition... mais voici que mon sursaut change de sens : car, levant les yeux, j'aperçois une de ces araignées d'automne qui rentrent dans les maisons, noires, velues, énormes, vous regardant, immobiles, de leur 8 yeux avant de se carapater dans tous les sens... J'en ai horreur, je m'en veux mais n'y puis rien, et Clopin n'est pas là pour attraper à ma place l'animal et le flanquer dehors, ce qu'il fait habituellement...
Cette phobie qui remonte à l'enfance et est, je crois, assez communément partagée, m'a empêchée l'autre jour de vider le poulailler. J'étais pourtant parfaitement décidée, parée de pied en cape, pelle à la main et brouette à la porte. Mais hélas, à peine entrée dans le rédit, une, puis deux, trois quatre veuves noires, sur le mur de torchis, à peine à trois centimètres de ma tête, se sont immobilisées pour me regarder. J'ai tout lâché et c'est moi qui me suis, du coup, carapatée. Clopin a certes convenu qu'elles étaient "vraiment énormes", j'ai ramassé des branches pour remplacer la corvée non faite, mais ça ne m'a pas consolée.
J'ai pourtant passé des heures exquises à lire Fabre, qui détaille les étonnantes performances instinctives de l'animal, et je sais bien l'utilité des arachnidés. Mais voilà : ce matin, j'ai quand même poursuivi ma veuve noire à l'aide du cylindre d'un petit pot de colle blanche, et l'ai écrasée dessous. Les pattes de la pauvre bête s'étalaient dessous le pot, exactement comme les racines des arbres se répandent en corolles, semblant écrasées par les fûts dressés au-dessus d'elles...
Araignée du matin, chagrin ? Surtout pour elle, hélas !
Clopine, pas fière sur ce coup là.
04 octobre 2009
Marronnier, mais avec piquants !
Tous les ans, les journaux culturels et littéraires consacrent au moins un article aux amateurs de littérature, écrivains du dimanche, "wannabee" et autres impétrants. C'est un "marronnier", et quand on se sent un peu concerné, c'est consternant... Télérama, généralement, enfonce le clou le premier. Nous sommes tant et tant à vouloir écrire, touchants souvent, grotesques bien des fois, rejetés toujours : les élus se comptent sur les doigts de la main (celle qui se gratte les cheveux pendant que l'autre continue à taper sur le clavier, of course). On sent la commisération, même derrière la plus sincère sympathie, dans ce type d'article... Les "recettes" viennent ensuite : ateliers d'écriture, concours de nouvelles, ou bien les conseils radicaux : ne pas lâcher l'affaire et quitter famille, boulot, amis pour s'adonner entièrement à son vice, euh je veux dire à sa passion. Ca peut payer, ça n'est pas sûr, mais comme, en cas d'échec (probable à 99,9 %), vous serez tellement malheureux que vous sombrerez dans l'alcool, la drogue et la dépression, (d'autant que vous n'aurez plus ni boulot, ni amis, ni famille autour de vous...), ça ne durera pas longtemps, c'est toujours ça.
Les articles en question ne vous découragent pas vraiment, non, m'enfin après leur lecture vous vous demandez sérieusement si un bon stage de macramé ne pourrait pas correspondre un peu plus à vos capacités.
J'en sors terriblement déprimée, et ce n'est pas de lire, sur la République des livres, la version assoulinienne du marronnier qui va me retaper le moral. Pierre Assouline a participé, en tant que jury, à une formation à l'écriture "à l'américaine", puisque cet art fait là-bas le sujet de véritables enseignements (un John Irving en est issu, et même une Mac Cullers a suivi ce type de cursus). Il s'est personnellement occupé de deux étudiantes, qui à la fin ont présenté au jury final leurs "oeuvres", enfin l'équivalent de leurs devoirs, quoi. Voici ce qu'il écrit :
La séance dura tout un après-midi autour d’une table en fer à cheval. Chaque étudiante devait défendre son manuscrit tout en sachant qu’en librairie, un livre n’a pas d’avocat pour plaider sa cause. Imparfaits, leurs textes n’en étaient pas moins forts et originaux ; tels quels, ils auraient déjà été admis au comité de lecture d’une maison d’édition. Le regard attentif des auteurs qui les parrainèrent tout au long de leurs études ne les avait pas rendues écrivains ; mais, dès qu’il fut évident qu’elles l’étaient déjà confusément, il leur avait permis de gagner un temps précieux.
Ca, c'est le genre de compte rendu qui m'achève définitivement. Je sens même comme une révolte jalouse qui monte en moi, que je m'empresse de doucher froidement : pas question de sombrer dans la petitesse de l'envie, en se représentant les jeunes étudiantes, minces, vives, intelligentes, au regard lumineux, là-bas, tout au bout du fer à cheval, croisant leurs jambes gainées de polyamide foncée sous de jolies robes noires, et "affrontant" des types comme Pierre Assouline. Mais une fois la tentation du braiement Calimeresque, poussé par une bouche tordue d'envie "C'est pô juste alors", une fois cette tentation calmée sous la raison raisonnante, il n'en reste pas moins à affronter sa vie.
Parce que c'est bel et bien ma vie qui est comme ça : qui ne m'a pas, ne m'aura pas, ne me permettra jamais d'être assise, à Zurich ou à Paris, au bout d'une table en fer à cheval, à "défendre mon manuscrit" devant des pros qui, calmement et avec bienveillance, l'auront analysé, auront exprimé ses défauts et encouragé ses qualités. Ben ouais, c'est ma vie qui veut ça. Et le pire, c'est que cette vie, je l'ai choisie...
Et rien d'autre à faire qu'à la regarder, cette vie devant moi. Elle porte un tablier, ma vie, et si elle a emprunté plein de chemins, elle n'est jamais allée bien loin : elle a zigzagué, quoi. Elle s'est arrêtée bien souvent, pour cueillir les mûres et s'en empiffrer. C'est bon, les mûres. Mais du coup, elle a pris du retard, partout, tout le temps. Là où les autres étaient déjà loin devant, elle en était encore à chercher le nord, sans vraiment le trouver... Tout au fond de moi, je l'aime bien pourtant. Je trouve qu'elle n'est certes pas si moche que ça : elle a une bonne tête. Elle n'est pas si solitaire que cela non plus, même si parfois, on ne la comprend pas vraiment, ou qu'elle s'isole, un discret secret en poche... Elle est quand même solide, ma vie, même si elle a la tête vissée sur un nuage. Mais évidemment, elle ne permet pas d'envisager, même un seul instant, d'aller se présenter à un cursus universitaire (elle est un peu trop avancée dans la saison pour ça !), d'étudier et de rencontrer des personnalités toutes entières à son écoute... Non, ma vie a les mains trop rouges, trop de traces de vieux coups du sort, pas assez de bijoux sur elle, et son tablier sert un peu trop souvent à essuyer une larme furtive. Qui sait, qui peut savoir les ressorts d'une vie ? La mienne, je l'ai construite jour après jour, avec ma paresse et ma veulerie comme ingrédients... Il ne sert donc à rien de pleurer dessus. Bien mieux vaudrait de la redresser un peu.
Et donc je suis là, triste et déprimée, à ramasser mes marrons ! Mais si leurs bogues ne sont pas lisses, mais au contraire piquantes comme celle de la châtaigne, un fruit s'y est formé à l'intérieur. Et même amer, il doit cependant être nourrissant. Et je le mâcherai, même si je n'ai pas de talent.
Clopine
02 octobre 2009
participation au jeu d'Akynou
J'aime beaucoup Akynou et son blog "racontars", à cause de la sincérité qui s'en dégage et du talent de sa propriétaire. De sa manière, aussi, de saisir chaque paillette de la vie, chaque moment heureux des vacances ou d'une simple journée comme les autres... Akynou organise aussi, de temps en temps, des jeux littéraires. Avec du retard, voici ce que j'ai écrit pour elle, la règle étant d'intégrer dans le récit les mot "apprendre à finir", "esprit critique", "eau", "bien avant", et "appelez-moi par mon prénom". J'ai aussi donné à un autre internaute cinq mots ou expressions à inclure, je suis curieuse de savoir ce qui sera fait avec mes propositions !
Mais pour l'instant, et pour Akynou, voici
Une amourette
Pendant toute cette période de sa vie, elle s’était sentie si laide que, forcément, elle l’était bien un peu. Parfois, c’était assez pratique : on ne la voyait pas, elle s’installait au fond des cafés, le serveur ne venait près d’elle qu’après de longues minutes… Mais ce n’était supportable qu’avec le cœur vide. Si elle tombait amoureuse, le sentiment de sa laideur devenait alors aussi brûlant qu’une gerçure au cœur, comme sous l’effet d’une eau glacée.
Et ce fut exactement ce qui arriva quand elle rencontra Julien : elle en fut comme gercée. Tout chez lui lui plaisait. Son grand rire, ses grandes dents blanches, ses grandes mains : un loup, qui ne demandait qu’à dévorer. Elle se mit à vouloir être appétissante, et à souffrir de ne point l’être. Bien avant, lui semblait-il, elle n’avait pas eu ce genre de problème, n’hésitant pas à tendre la main si un garçon lui plaisait ; mais le sentiment de son insuffisance la retenait, aussi implacablement qu’une cage.
Ils se voyaient au « café de l’Epoque », sans qu’on sache trop de quelle époque il s’agissait ; ils parlaient ensemble littérature, et politique. Elle écoutait bien, posait de bonnes questions, pertinentes : elle sentait qu’il aimait discuter avec elle, et qu’il tirait profit de leurs longues conversations pour affiner ses convictions. Mais évidemment, il ne s’adressait qu’à son cerveau, lui parlant longuement de Guy Debord, de Kropotkine ou de l’internationale situationniste.
A part cela, c’était un voyou.
Cela ne la dérangeait pas : c’était une sorte de continuité logique, de cohérence avec ce qu’était Julien. On ne l’imaginait certes pas travailler en usine, ou devenir un de ces professeurs qu’il haïssait tant. Elle-même était absolument incapable de voler, d’arnaquer financièrement qui que ce soit, de monter des « plans » ou de fricoter avec des revendeurs de haschich. Mais que Julien, par incapacité à supporter l’ordre social et par conviction politique, fasse ce choix-là, après tout… IL était d’ailleurs remarquablement discret sur ses activités. Parfois, il venait frapper à sa porte à quatre heures du matin, elle se levait, l’accompagnait en ville. Ils parlaient comme d’habitude philosophie ou littérature, elle adorait voir l’aube grise derrière la cathédrale, se faire offrir le « Paris-Normandie » par les ouvriers chargeant les camions. Elle suivait Julien, jusque dans les laboratoires des boulangeries. Ils demandaient des croissants aux ouvriers, jamais on ne le leur refusait, jamais non plus on ne les faisait payer. Elle disait "merci, Monsieur", l'ouvrier regardait Julien en souriant, se retournait vers elle : "appelez-moi par mon prénom, et si vous repassez par là le matin, demandez jean-Pierre, c'est d'accord ?" Elle acquiesçait, le croissant lui semblait délectable... Mais elle savait aussi que pour Julien, ces promenades par les rues grises, encore embuées, lui permettaient d'échapper aux ombres de ses nuits.
N’empêche qu’en rentrant chez elle, elle avait des crises de larmes, et se haïssait d’être si peu désirable. Elle se regardait dans le miroir, déplorait ce qu’elle y voyait. En vrai, elle ne voulait pas s’aimer : elle voulait que le désir de l’autre, de Julien, supplante son propre dégoût. Mais comment arriver à croire que Julien, un jour, puisse poser ses mains sur elle ?
Elle en arriva, après un ou deux mois, à décider d’arrêter de le fréquenter : apprendre à finir, c’était aussi une manière de faire cesser la souffrance. Surtout que son esprit critique lui soufflait que leur relation était devenue comme une sorte de mensonge : Julien la croyait une camarade intellectuelle, alors qu’elle n’était qu’une sentimentale amoureuse… L’histoire allait donc finir, quand un matin, Julien, frappa à sa porte, de manière un peu plus pressante que d’habitude. Il avait, lui dit-il, un service à lui demander. Il s’agissait de lui servir d’alibi, si jamais la police venait l’arrêter. Voudrait-elle bien faire un faux témoignage pour lui, affirmer qu’elle était sa maîtresse et qu’il avait passé la nuit chez elle ? Julien, ce matin-là, était un peu essoufflé, ses yeux luisaient encore plus que d’habitude, et il penchait son grand corps vers elle, pendant qu’elle le regardait intensément, la tête levée vers lui.
« - Je suis d’accord », s’entendit-elle répondre, « mais n’est-ce pas dangereux ? Je veux dire, les flics pourront-ils croire vraiment que nous sommes amants ? »
Julien partit d’un grand éclat de rire « ah, ça, ne t’inquiète pas. C’est parfaitement plausible. Pense à tous ces gens qui nous voient ensemble le matin… »
Elle reprit plus bas : « mais s’il y a des questions précises… »
Il la regarda, du coup, en plissant ses yeux de loup encore plus étroitement, et, se redressant, lui dit « tu as raison, il faudrait… « . « Oui, il faudrait… » reprit-elle doucement, pendant que derrière elle, son miroir reflétait leurs deux silhouettes, sur le point de s’enlacer. Et toutes les laideurs, toutes les gerçures du monde, cicatrisées, laissaient la place à un désir aussi chaud que les croissants du petit matin, place de la Pucelle, à Rouen, à l’aube des années mille neuf cent quatre-vingt.
25 septembre 2009
Littérature et philosophie
Si je réfléchis, me tâte, m'ausculte en quelque sorte (exercices familiers, introspectifs et certes, égocentriques, mais cependant indispensables à toute vie intellectuelle, enfin il me semble....), je m'aperçois bien que je tente d'éluder, la plupart du temps, la question à laquelle un Dexter s'attaque de front, lançant ses bois devant lui et brâmant joliment : à savoir la primauté de la littérature sur la philosophie.
Ou l'inverse.
Pour Dexter, tout est simple : la philo relève de la même pratique que les horoscopes, la médecine ou les recettes de cuisine qu'on nous prescrit pour vivre heureux. Et encore ! Il préfère, tant qu'à faire, voir un chaman agiter gracieusement des maracas confectionnées à partir de couilles de yacks séchées et garnies d'herbes de la steppe, répandant une fumée odorante, et marmonner des mélopées dans le seul but de rendre l'humanité heureuse, plutôt qu'un neurologue prescrire des antidépresseurs. En tout cas, pour lui, pas de salut sans littérature : elle seule brille assez pour percer l'obscurité humaine. Elle seule rend compte de notre finitude humaine, en la transcendant par l'art. On imagine bien le jeune Dexter de 16-18 balais, sous son drap replié, à la lueur de la lampe de poche normalement interdite, se sentir venir des picotements dans les doigts à la lecture de Fitzgerald ou de Musil. Le fait que les picotements aient pu provenir AUSSI de la crispation musculaire nécessaire pour tenir à la fois le livre, la lampe et le drap au-dessus de sa tête, sans compter le reste sûrement inavouable, n'enlève rien à l'illumination ainsi reçue, type troisième pilier de Notre Dame, amen...
Mais arrivée à ce point, perso je recule, j'hésite, disons-le en un mot : je biaise. (Oui, je biaise - et pas que le week-end d'abord). Je m'en vais chercher les "border-line" qui, de Montaigne à Camus ou Sartre, sont passés allégrement et tant de fois par-dessus la limite entre littérature et philosophie qu'on ne sait plus très bien où elle se situe, cette limite tant de fois piétinée. J'admire l'humour concis d'un Voltaire, l'envolée d'un Emerson, et même la facilité prolifique d'un Michel Onfray. J'avoue humblement avoir parfois un peu peur d'une littérature toute de fulgurances poétiques (tac), et j'aurais tendance à voir, derrière l'artaudien ombilic des limbes, par exemple, un nombril passablement dérangé. Je fuis avec tout autant de vélocité les lourds pâtés conceptuels allemands, du joyeux dix-neuvième siècle, léger s'il en fut...
Bref, je fais ma pétasse : "C'est quoi la question ?", vais-je répétant, pour ne pas avoir à y répondre.
Mais en fait, plutôt que de m'asseoir au pied du problème en prétendant ne pas le voir, je voudrais renvoyer ses deux termes dos à dos.
Prenons une métaphore, c'est toujours commode et puis c'est fait pour ça.
Ce serait comme si j'habitais une maison. Eh bien, j'ai besoin de tout. De la cave, tenez, où des bouteilles savoureuses attendent d'être débouchées, même s'il faut souffler sur la poussière qui les recouvre, et dont les saveurs se complètent et s'affrontent. Sans compter qu'une cave bien voûtée, arc-boutée sur des murs épais, est parfaite en cas de bombardement, de guerre mondiale, de sauvetage de persécutés et d'occupation par exemple allemande (par exemple, hein).
Mais j'ai besoin aussi, comme à 8 ans, de monter au grenier, fouiller dans les vieilles malles et m'affubler des jupes délaissées de ma mère. M'accroupir sous les fermes, ouvrir les volets et contempler les rais de soleil venir se briser sur les albalétriers. Rêver longuement, pendant qu'en-dessous, la maison s'active sourdement. Regarder le paysage, tel un Jude l'Obscur tentant de deviner les tours d'une ville lointaine... S'enivrer du vertige d'être au-dessus, de la contemplation, de la compréhension muette de l'instant...
J'ai besoin de penser, et de sentir, quoi. Plus je vieillis, plus j'accueille avec scepticisme les opinions tranchées...
Ca se trouve, je finirai comme une abeille maçonne, à faire mon miel de ciment, et d'azur (seconde métaphore pour le prix d'une, Dexter ne pourra pas dire que je me débarrasse à peu de frais d'une discussion qu'il a entièrement engendrée, d'abord !)
Clopine
11 septembre 2009
juste pour Dexter (et les autres participants au grand jeu concours dexterrien) : l^'ile de KRK...
qui se situe ici :
10 septembre 2009
Blogart...
Une fois évitées les chausses-trappes qui attendent le blogueur débutant, une sorte de rythme un peu langoureux s'installe dans la pratique du blog. Des correspondants vont et viennent, et si l'on pressent, derrière certains pseudos, des vies solitaires ou, au contraire, peut-être trop remplies, une chose est au moins sûre : les blogueurs ont des loisirs. On se retrouve chez l'un, chez l'autre, les sillages s'entrecroisent, des sortes d'éphémères communautés s'instaurent. Mais il ne faut pas trop s'engager, et surtout, à mon avis et sauf exceptionnelle évidence (qui se reconnaîtra !) , ne pas traverser le miroir, pour ne pas casser la magie de l'anonymat...
Mais un blog s'entretient, et là comme ailleurs, j'ai bien peur d'être négligente. Tenez, l'interminable discussion à propos d'Onfray. Avant-hier, Djac Baweur s'exclame : "ah, je vous l'avais bien dit ! Michéa tient, comme je vous l'expliquais, Onfray pour un "libéral" philosophique, ce libéralisme (équivalent, si j'ai bien compris, à l'individualisme prôné comme sans limites autres que le plaisir,ndlr) débouchant forcément sur le libéralisme économique".
Eh bien, je n'ai même pas répondu à Djac, parce que j'étais bien trop occupée à taquiner Dexter; Idem pour le blog de JLK : il a eu la courtoisie de répondre à une interrogation que je lui avais lancée, je n'ai même pas trouvé le temps et l'énergie de l'en remercier.
Quant à une Zoé croisée partout où je vais, je me contente de lui adresser un petit signe de la main, (ou son équivalent bloguesque), alors même que, contrairement à moi, elle prend le temps de consciencieusement rendre compte de ses lectures bloguesques, elle...
Je suis une mauvaise amie de blogs, comme ces planches sur lesquelles on s'engage, à Deauville ou au Touquet, et qui soudain cèdent sous le pas, vous précipitant sur le sable. Mais ma négligence est sans doute issue de la nature même de ce passe-temps, le blogart quoi, qui vous permet de raconter sans vous compromettre, d'avancer en restant sur place, et de passer votre temps en lorgnant celui des autres...
Clopine





