07 novembre 2007
Bon, ben sans vouloir la ramener, je m'énerve quelque peu, là
Après tout, pourquoi pas m'énerver ? Un des tout premiers textes que j'avais lancés sur le net, sur un blog désormais disparu et qui ouvrait ses portes à des essais d'écriture sur le thème du détournement de langage, se retrouve maintenant à tout bout de champ dans la blogosphère (il s'agit de la recette de la dinde au whisky, texte que je ne trouve pas si terrible que cela mais bon...). J'ai commis aussi une recette de la botte de radis (pastiche de Duras) qu'on retrouve sur google... Et un article sur la relation blog-autobiographie, qu'on m'a signalé apparaissant sur un site d'IUFM...
Certes, c'est valorisant tout ça. Pensez que des inconnus qui ne me connaissent pas, donc, prennent le temps de copier/coller des textes et s'en servent, voire les détournent, les améliorent pourquoi pas, se les approprient finalement je n'y vois pas d'inconvénient. Sauf que j'aimerais bien que, de temps en temps, les mots "Clopine Trouillefou" soient cités en bas des dits-textes...
De même, (ça c'est arrivé hier) quand une chaîne de radio nationale (c'est-à-dire qu'on peut espèrer un peu plus déontonlogique que d'autres), fait ouvertement référence à des "formules" qui, pour bateaux qu'elles soient peut-être , sont néanmoins sorties de mon petit cerveau, sans qu'on cite je ne dis pas mon nom, mais au moins la source (par exemple "un commentaire sur le blog de Pierre Assouline dit que...") eh bien cela commence à m'agacer.
Voilà, je l'ai dit. Je prends tout cela pour un manque de courtoisie, mais il est vrai que cela devient la marque de l'époque. Tenez, prenez un journal comme "télérama", à l'identité forte, qui entretient avec ses lecteurs une interactivité forte. Eh bien, fermeture de toute expression libre des lecteurs, arrêt de l'ancien site sans un seul mot officiel d'explication, atelier d'écriture qui était en cours lui aussi stoppé comme ça, sans un mot pour ceux qui y avaient participé (dont bibi, à six reprises quand même...) Cela ressemble fort à du mépris. A force, le mépris peut se retourner contre celui qui le pratique, n'est-ce pas Monsieur Godard ?
En tout cas, je profite aussi de ma qualité de lectrice attentive et de participante engagée pour souligner, et la vacuité du nouveau site internet, et la baisse de qualité de l'édition papier. Les fautes d'orthographe se font de plus en plus nombreuses, des copiés collés apparaissent indûment, des redites dans les critiques et commentaires de programmes... Un éparpillement aussi, qui n'existait pas auparavant...
Je bougonne, donc : la courtoisie, la déontologie, l'honnêteté ont donc leur place, en sarkozie : sur un rouleau à côté des chiottes, pour que leur nouvel usage soit facilité.
Clopine
25 octobre 2007
ca se confirme
je m'éloigne à toute vitesse de ce qui a compté pendant dix ans au moins, dans ma vie. J'ai oublié d'acheter Télérama, hier, je jette un oeil circonspect sur les éditoriaux de Philippe Val, dans Charlie Hebdo, je sélectionne des passages chez les papous au lieu d'écouter religieusement de bout en bout (au fait, j'avais trouvé le dernier DLA, trop fastoche d'ailleurs. Le printemps romain de mrs stone, c'est carrément paru en readers digest, alors.) Pierre Assouline tient à peu près le coup, mais on est sumergés de messages (plus de 150 à chaque coup), dont les trois quarts oiseux, private joke, parole monopolisée par trois quatre compères qui en profitent pour se passer du saindoux sur l'ego.
Le site télérama.fr n'existe plus, Djac baweur est sardonique, (sa mère, of course), frosine si loin, mes manuscrits se plaisent tant dans mes tiroirs qu'ils s'y tapent l'incrust, je n'ai pas le courage d'ouvrir la page du blog de Françoise Guérin, je n'ai pas reçu un signe de Jacques Jouet à qui j'ai envoyé, sur appel du pied de sa part, deux pots de confiture alors que je n'en ai envoyé aucun à CactusJoe, qui est pourtant sympa, fidèle au poste, souriant et serviable, LUI, je suis snobée par un Gilles Cohen Solal sans bien comprendre ce que j'ai fait pour ça, à part que je suis goy mais s'il en est là, le pauvre... Soph' en a carrément marre de moi, Onfray, ah, Onfray ! Tiens, je sens qu'il ne va pas tarder à me décevoir aussi celui-là. Ma vie professionnelle est un désastre, ma vie affective d'une platitude que la Beauce m'envierait, mon délicieux enfant est devenu un ado pénible, Sarkozy lape la France crédule d'une langue à la fois visqueuse et rapide comme celle d'un lézard croisé avec une vache, Véronique Aubouy devient peu à peu un souvenir lumineux certes mais qui s'estompe, Gégé a cinquante quatre ans et mon chien est un veau.
Je crois que je commence une dépression nerveuse. Enfin, nerveuse, c'est vite dit, hein. Une grosse, molle, lente, dégoulinante et baveuse dépression. Et en plus, le seul polar qui me faisait rire (celui du mec à kiki, voir en bas à droite), s'achemine vers le mot fin.
Tout un programme.
03 octobre 2007
TOUT FAUX
Encore une nouvelle déception (ça n'en finira donc jamais, ces temps-ci ?) : le nouveau site de télérama;
Ma déception est sans doute à la hauteur de l'engouement (et de la place qu'à un certain moment, le site de télérama avait prise dans ma vie, notamment grâce aux ateliers d'écriture...) mais là, quand même, même en faisant abstraction de mon histoire personnelle, quelle claque, ce site.
Parce que tout ce qui faisait la spécificité du lien qui unit le journal Télérama et ses lecteurs, et qui rejaillissait dans les anciens sites, a été soigneusement balayé;
Par exemple, contrairement au lecteur de Télé Z, le lecteur de Télérama a un rapport à l'écrit qui lui permet a priori d'apprécier des critiques construites, des articles un peu longs et documentés, voire de suivre avec plaisir des discussions contradictoires et de participer à des débats. PLUS RIEN DE TOUT CELA dans le nouveau site : des "pavés" d'image, avec, tenez-vous bien, deux lignes "explicatives", censées servir d'"accroches" je suppose, de permettre au téléranaute de décider en deux secondes s'il a envie ou non d'ouvrir le pavé; et le pavé proposé, c'est de l'image, de lavidéo type daily motion, bref. L'écrit est balayé : on sent bien que dans la tête des concepteurs du site, l'internaute n'a pas le temps de se taper une lecture de plus de deux lignes pour décider s'il aime ou non, s'il est intéressé. BREF une adaptation aux nouvelles donnes, dirons- nous. Et c'est là que le bât blesse. Est-ce parce que partout ailleurs on fait dans la démagogie que le site télérama doit suivre ? Doit-on forcément aller "dans le sens du vent", quand ce vent pue le zapping, la superficialité, l'absence de culture, la prédominance à tout prix de l'image ? Les adeptes me traiteront de ringarde, hausseront les épaules, revendiqueront la modernité et le contenu préservé sous l'habillage clinquant; mais je ne suis pas sûre du tout que le lecteur lambda de télérama n'ai pas une autre exigence pour le site de son hebdo culturel...
D'AILLEURS, plus aucune réactivité "libre" possible sur le nouveau site; Adieu, les forums, où les endroits comme les blogs que le téléranaute pouvait librement s'approprier, pour "parler de tout ou de rien"; Le novueau site ne permet que de CHOISIR DANS UNE LISTE, et les réactions ne doivent pas excéder 400 SIGNES !!! Tout un programme, effectivement;
Plus de signatures en première page, of course, il n'ya plus que du zapping d'images en première page; télérama se fourvoie complètement en prenant la place de ce qu'il doit, a priori, critiquer; il donne à voir au lieu de commenter ce que l'internaute a pu voir de lui-même; c'est de la merde, quoi.
et la critique livres, mon dieu ! Fausse proximité et connivence, premier article torchonné comme je n'aurais jamais pu croire voir ça de mes yeux, une fausse désinvolture, un faux ton, bref, TOUT FAUX ; à croire qu'à télérama, ils ont oublié que leurs lecteurs croient encore à quelques valeurs comme l'authentique, le raisonné, l'expliqué, le construit; qu'ils sacrifient, avec joie, sur l'autel de la modernité sarkozienne, la déontologie de leurs métiers de journalistes. Que par trouille d'être en retard, ils balancent par-dessus bord tout ce qui faisait l'essentiel de leurs précieux bagages, pour ne garder que le clinquant d'un net d'éphéméride, sans réel contenu, zappant à tout va et imbuvable;
à voir sur la durée, me direz-vous, mais comme justement ils ont l'air de vouloir s'en foutre éperdument, de la durée, au point de ne pas mettre plus de deux phrases de suite pour évoquer n'importe quel sujet, je me demande ce que je pourrais bien venir y foutre désormais, sur leur site;
je l'ai mauvaise parce que je l'aimais bien, et que j'y ai rencontré des gens valables : quel gâchis !
Clopine
15 septembre 2007
M & m's (mort de jacques martin)
j'étais jeune et secrétaire à mi-temps de l'association des commerçants de la ville de B, qui organisait, tous les printemps, sa foire commerciale. Qui a eu la brillante idée, cette année-là, d'inviter l'émission "l'école des fans" avec présence de Jacques Martin ? En tout cas, pas moi...
Ce fut la folie. Deux mois avant, les familles se battaient presque pour faire inscrire leurs précieux rejetons, contre monnaie sonnante et trébuchante s'entend. La pire épreuve était celle dite de "la partition", qu'il leur fallait trouver et acheter (? pourquoi au fait ? Y'avait-il des accords financiers là-dessous ?)M'enfin, quinze jours avant le grand jour, deux cent morpions étaient fin prêts. Ce ne fut évidemment pas Martin lui-même qui "sélectionna", mais deux sous-fifres. Huit seulement s'en sortirent, ça pleurait sec dans mon minuscule bureau, et je n'en étais qu'au début...
Le dimanche arriva, et avec lui, la foule, venue uniquement pour l'école des fans mais, tant qu'à faire, bonne fille, elle en profitait pour admirer les tracteurs et les cuisines en préfabriqué exposées sur les stands. Conformément au contrat, la caravane de Monsieur Martin était avancée, avec champagne dans le mini-bar, bouquet de roses rouges, téléphone pas encore portable, et tout un tintouin que votre humble servante avait eu l'honneur d'organiser...
Par contre, je n'avais pas prévu de caisse assez grande pour contenir les billets de cinq francs, droit d'entrée pour l'école des fans. Il y en avait partout, en liasses éparses, dans mon sac, dans une caisse...
Et puis Monsieur Martin est arrivé. IL a fait le show avec les 8 petits enfants sélectionnés. Et puis il est reparti dans sa grosse bagnole. Le tout en vingt cinq minutes chrono...
Il n'avait pas mis les pieds dans la caravane décrite ci-dessus. Et plus grave encore : il n'y avait pas eu la moindre petite caméra pour filmer l'évènement...
Eh oui. IL était venu animer une foire commerciale, hein. Pas de sa faute si les bouseux croyaient naïvement que l'"école des fans", ça voulait dire passer à la télé... Là, ça voulait dire simplement avoir l'insigne honneur de voir Monsieur Martin monter sur l'estrade se pencher sur le pitchoune, supporter l'écoute d'une chansonnette massacrée, et repartir après, les bras encombrés d'un bouquet de roses rouges apparu miraculeusement sur la scène..
Bon la foule n'a pas trop bronché, à part évidemment ceux qui sont venus se plaindre... auprès de qui d'ailleurs, les récirminations et les plaintes, d'après vous, hmmmh ?
J'ai fini la journée enfermée dans la caravane, à compter et recompter les billets, les mettre proprement en liasses et à vérifier le (gros) chèque à remettre à l'agent de Monsieur Martin (le contrat prévoyait un partage de la recette autant dire que l'agent de la boîte de production ne m'a pas quittée des yeux pendant tout le comptage, et qu'il a récupéré pour son usage personnel le champ non utilisé)
A onze heures du soir, c'était enfin fini et j'étais épuisée littéralement...
Alors, après, la tête de monsieur Martin à la télé, hein...
Clopine
14 septembre 2007
la seule réponse à la démagogie est de lui tendre son propre miroir
L'Angleterre a perdu d'avance
Angleterre-Afrique du Sud. C'est le premier grand choc des phases de poule de la coupe du monde de rugby, et c'est ce soir sur TF1. En exclusivité mondiale, nous sommes en mesure de révéler le discours que le sélectionneur anglais, Brian Ashton, fera lire à ses joueurs avant le coup d'envoi.
« Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur.
Nous avons devant nous une épreuve des plus douloureuses. Nous avons devant nous de nombreux et longs mois de combat et de souffrance.
Vous demandez, quelle est notre politique ? Je peux vous dire : c'est d'engager le combat sur terre, sur mer et dans les airs, avec toute la puissance, la force que Dieu peut nous donner ; engager le combat contre une monstrueuse tyrannie, sans égale dans les sombres et désolantes annales du crime. Voilà notre politique.
Vous demandez, quel est notre but ? Je peux répondre en un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n'y a pas de survie. »
Winston Churchill, 13 mai 1940.
(je ne sais pas vous, mais d'un seul coup, ce texte, recopié sur le blog "télé" du journal télérama et signé SAMUEL GONTIER, m'a regonflée. Tant la rigolade est finalement une arme fatale (5)
06 septembre 2007
Avoir définitivement peur de Virginia Woolf
Dans le courrier des lecteurs du Télérama de cette semaine (je ne sais pas vous, mais bibi cette rubrique "ça va mieux en le disant" est celle sur laquelle je fonce en priorité ; et une de mes narcissiques satisfactions est d'y avoir été publiée à de nombreuses reprises...bref)., un certain Monsieur Castellani, ou une dame, on ne sait rien d'autre à part qu'il habite Louviers, s'interroge plaisamment sur le vocabulaire de l'économie : lexique voisin des psychoses, remarque-t-til, bourré de "délires d'angoisse, peurs irrationnelles, etc." D'où vient un tel recours aux mots de l'inconscient ?
La réponse, il pourrait la trouver chez Bernard Maris, notamment dans son "antimanuel d'économie". Celui-ci nous explique que c'est JOHN MAYNARD KEYNES qui a introduit le premier la notion de psychanalyse en économie, bouleversant du même coup l'a priori ancien qui présupposait, pour toute analyse économique, un "homo economicus" rationnaliste à l'extême, à la logique infaillible. Keynes a relevé que "le taux d'intérêt est le prix d'une angoisse ou d'une incertitude collective"; d'après Maris "toute l'oeuvre du maître de Cambridge est émaillée d'expressions freudiennes (complexe, libido, dépression) et s'appuie sur l'analyse freudienne de l'argent".
Mais si Keynes a ainsi ouvert les concepts économiques aux sciences humaines comme la psychanalyse, les enrichissant considérablement du même coup, cela ne lui est pas venu "comme cela", lui "tombant du ciel" ; c'est qu'il fréquentait le cercle de Bloomsbury, ce cénacle d'intellectuels et d'artistes venus des horizons les plus divers, les plus différents possibles, et discutant, traitant, appliquant ou illustrant les théories révolutionnaires les plus avancées de leur époque, notamment la psychanlyse. le tout autour d'une figure ô combien remarquable : celle d'une Virginia Woolf. C'est sans aucun doute ce brassage, ce melting pot d'intelligences aux domaines variés, qui a enrichi l'esprit de Keynes, déjà parfaitement pointu et outillé et universaliste !
Mais on aurait bien du mal, aujourd'hui, à trouver une adresse comme celle de "Gordon Square, quartier de Bloomsbury, Londres". Chaque personnalité me semble désormais restreinte à son domaine de prédilection, et les lieux transversaux, les mises en commun, les découvertes partagées se restreignent aussi vite que les hectares de forêt amazonienne. L'esprit rétrécit, en quelque sorte, ou pour mieux dire, notre époque semble avoir définitivement peur de Virginia Woolf.
Clopine Trouillefou
26 juillet 2007
Sommes-nous morts si tôt que cela ?
J'ai vu hier au soir tard, une émission dont, par charité, il faudrait ne commenter que le sujet et pas le fond ni la forme, mais que je m'en vais néanmoins démolir ! Ca s'appelle "un jour un destin", c'est conçu aussi platement qu'un exercice scolaire, c'est censé expliquer un évènement dramatique en découpant la journée du drame en tranches horaires, (plus on se rapproche de l"instant fatal" plus les révèlations pleuvent, avec scoops autour des cercueils...) bon cela n'a aucun autre intérêt que de faire appel au voyeurisme du lecteur de "Voici".
Mais hier, le sujet était Patrick Dewaere, cet acteur hanté,et du coup, le documentaire était transcendé. La culture de ma génération implique bien évidemment les Bronzés, mais aussi (mais surtout ?) Dewaere. et régulièrement, je pense à, et cite, et écrit sur, cet acteur. J'ai déjà expliqué que, par exemple, derrière chacune des paroles de Michel Blanc dans "Tenue de Soirée", j'entendais les mêmes répliques, dites par Dewaere. Blanc a certes mérité son césar, mais qu'aurait donné le film avec Patrick ? Et je trouve aussi que l'immense Depardieu a semblé avoir perdu comme l'ombre de lui-même, le jour de la mort de l'acteur fiévreux, habité aussi bien par la grâce que par les petits démons personnels. Si chaque être est, en quelque sorte, la somme de sa culture, de ses lectures, de ses musiques, de ses tableaux, des arts auxquels il accède et donc des acteurs qui jouent les films qui lui sont contemporains (et ainsi la mort d'un acteur est aussi la perte d'une partie de l'être même de ses spectateurs) ,il est évident que Dewaere occupe une place emblématique pour ceux qui l'ont vu au cinéma : c'est sans doute pour cela que la mort de ce dernier apparaît à tant de personnes comme irréelle, impossible. Sommes-nous donc tous morts si tôt que cela ?
Je n'ai pas l'âme d'une "fan", je ne collectionne pas de colifichets d'idole ni ne monte de dossier illustré (je n'ai même pas un portrait découpé de Dewaere, c'est dire). Les détails révélés hier (sa "bâtardise", ses ennuis conjugaux, son caractère de cochon, son suicide enfin, sans ingestion préalable d'aucune substance addictive contrairement à l'idée reçue "Dewaere s'est tué sous l'emprise de la drogue") m'étaient évidemment totalement inconnus, et me semblent relever de l'anecdotique. Il est évident que devant un être aussi complexe, flamboyant et fragile, qu'était Dewaere, les simples explications genre "café du commerce" avancées par le documentaire semblent peu de choses. Que sa mère ait fait travailler tour à tour tous ses enfants pour le cinéma, gagnant ainsi quatre sous sur leur dos, n'était-ce pas aussi (ce qui n'est pas évoqué) leur apporter précocément un "métier" que d'autres mettent si péniblement des années à acquérir ? Le monde noir et blanc, simpliste, du documentaire (la mère et la femme de Patrick Dewaere ont causé sa perte, toutes des salopes on vous le dit) aplatirait le sujet, si la grâce et la force de Dewaere ne l'empêchait absolument de tomber dans la banalité (mais ce n'est pas du fait du réalisateur !)
Cependant, avec tous ses défauts, le documentaire d'hier touchait, par deux fois, le coeur du sujet (et accessoirement le mien). Deux phrases, deux attitudes inverses, et qui ont soulevé chez moi une curiosité intense et de multiples réflexions. Parmi les "témoignages" qui ne témoignent de rien d'autre que la stupéfaction de son entourage, et dont je me contrefous (quelle importance, que Lelouch n'ai rien vu venir pendant le repas de midi, que Bouix lui ai souri à 10 h 15 ou qu'un vieux acteur-manager l'ait laissé prendre un taxi à 14 h 15 ?) deux phrases restent en suspens , énigmatiques et pourtant touchant enfin la "vérité" (si tant est qu'on puisse parler de la "vérité" d'un être). Celle d'un de ses frères, qui semble encore lui en vouloir "Patrick nous a niqués" proclame-t-il en levant un doigt d'honneur. Et celle encore plus étrange de Bertrand Blier, qui participe au reportage avec l'impassiblité forcée d'un crocodile, sans doute pour s'épaissir la peau : "je l'ai vu mourir tous les jours avant sa mort " dit ce dernier.
Je me suis crispée devant l'écran, parce que le journaliste a laissé tomber ces deux phrases, ne les a pas interrogées, les a laissées "telles quelles". Or, ce sont les deux seules phrases qui disaient enfin quelque chose de Patrick Dewaere. Ma curiosité s'agace, je voudrais savoir ce que Blier veut exactement dire . Dewaere était lui aussi un monde à part entière. La porte de cet univers unique est restée fermée, seul son frère et Blier l'ont entrebaïllée, je m'irrite de rester ainsi sur le palier.
Si j'osais...
En tout cas, moi qui ne suis ni cinéaste, ni scénariste, en fait moi qui ne suis pas grand'chose, ou si peu, je ressens un sentiment d'inachevé, je voudrais en appeler aux réalisateurs de ma génération. Ne rigolez pas trop, mais je pense souvent que si j'avais dû faire un film, je crois que j'aurais adapté "crime et châtiment" de Dostoïevski, et que j'en aurais confié le rôle principal, celui de Raskolnikov, jeune homme perdu, fiévreux, tourmenté, passant à l'acte et cependant plus fort, plus beau et plus transparent que tout son entourage, à Patrick Dewaeren le bien nommé (il a la grâce translucide d'un objet en pâte de verre...). C'est drôle, non, de devoir faire son deuil d'un film auquel personne n'a jamais pensé, et qui est à tout jamais irréalisable ?
Clopine Trouillefou
01 juillet 2007
La générosité de Tardi
La bd de l'été (puisque, désormais c'est une tradition bien établie que les dessinateurs ou les écrivains soient invités à venir "meubler" les journaux pendant l'été, Amélie Nothomb à Charlie Hebdo par exemple. Pourquoi d'ailleurs cette association "été-invités ? Certes, il se passe peut-être moins de choses l'été, mais cela a un petit côté bouche-trou assez déplaisant, je trouve); sur Télérama, c'est Tardi.
J'ai toujours plaisir à retrouver Tardi. D'abord parce qu'il est un des rares à, obstinément, revenir et revenir encore sur la guerre de 14-18, et qu'il a bougrement raison : les conflits du 20è sortent tous de là, et, première guerre "moderne", cette boucherie épouvantable mérite qu'on la dénonce, et dénonce encore.
Ensuite parce que l'art de Tardi est émouvant. Cette "ligne claire" sans arrêt détournée, enrichie, ce côté Bibi Fricotin assumé, cette part d'enfance...
Et puis Tardi est associé, dans ma tête, à la générosité, ce qui n'est pas le cas de tout le monde, vous l'avouerez. Songez que dans les années 80, à Rouen, un collectif d'idéalistes avait décidé tout benoîtement d'ouvrir un "café femmes", et pas n'importe où, n'est-ce pas, en plein coeur de ce qui restait obstinément un quartier populaire, où l'on pouvait encore un peu sentir, flottant dans l'air, les fumées du port du temps de Mac Orlan : la Croix de Pierre. Putes et population bigarrée pouvaient ouvrir à tout moment la porte et s'asseoir à table, les premières pouvant bien entendu rester, l'élément mâle étant seul exclu de ce café... Les filles bénévoles qui s'occupaient du café avaient, à l'unanimité, choisi le nom d'Adèle Blanc Sec pour ce lieu "un peu spécial". Une lettre fut envoyée à Tardi, qui répondit quasiment par retour du courrier, non seulement en donnant son accord et sa bénédiction, mais encore en envoyant un superbe dessin original.
C'est un mec bien, Tardi, et je suis contente que trente ans après, il le soit resté.
Clo
15 mai 2007
Holly and me
voilà, c'est la dix-septième fois que je regarde "la leçon de piano", et comme d'hab, quoi. (et mon coup de faiblesse vers la douzième vision n'était pas dû à Holly Hunter, mais un peu à Nyman -lassitude quoi, impression de déjà entendu , Nyman que j'idolâtre pourtant depuis bien avant ce film).
je ne sais pas vous, mais la critique de Télérama à propos de ce film m'horripile, tant "ils" ne parlent JAMAIS du dix-nevième siècle littéraire anglais, auquel ce film renvoie évidemment.
Mais tout aussi évidemment, être critique de film à télérama vous dispense de lire des livres. Sûrement.
Clopine, comme d'hab ulcérée (depuis 16 visions exactement) qu'on ne parle pas des soeurs Brontê quand on parle de Jane Campion.
16 avril 2007
Carson for ever (une divagation littéraire)
Je me rends compte, en relisant la biographie de Josyane Savigneau sur Carson Mac Cullers, que mes deux plus grandes admirations littéraires et féminines de la deuxième moitié du vingtième ont un sacré point commun : elles partagent ensemble le goût de la Bibine
Elles sont suivies de près par Françoise Sagan, moins admirée cependant qu'une Carson incandescente ou qu'une Marguerite Duras vouée à l'écrit comme ces recluses du moyen-âge se vouaient à leur dieu, ces Sachettes hugoliennes et mystiques. Mais il faut reconnaître que Sagan était passablement imbibée elle aussi !
Et ce rapport à l'alcool, pour elles trois, ne relève pas de l'ouvrage de dames, hein. Elles ne boivent pas comme des fillettes grisées, "hihihi oh j'ai la tête qui tourne mais que m'arrive-t-il ?", ni en faisant leurs sucrées et en dissertant sur la robe de tel cru ou le goût fruité de tel cépage... Mais solidement, méthodiquement, alcooliquement. Au diable le flacon ou le goût amer de tout cela. Ce qui est cherché avant tout, c'est l'ivresse, et jusqu'au bout, n'est-ce pas, boire d'un trait et point final.
Des gosiers en acier, et ceci est d'autant plus éclatant que ces gosiers sont renfermés dans des corps fragiles, abîmés, carrément infirmes ou bien gracieux jusqu'à la faiblesse.
Y'a-t-il quelque part une étude sur ce phénomène ? Un rapport de cause à effet ? Les prestigieuses aïeules, de Sévigné à Germaine (de Staël) en passant par Jane Austen, étaient-elles aussi portées sur le bouchon, ou bien est-ce une spécificité moderne ?
Lire une biographie de Carson Mac Cullers est toujours, pour moi, une épreuve et une ressource. Celle de Savigneau est honnête, mais son but n'est pas tant de raconter la lamentable vie de Mac Cullers que de rectifier la vision déformée, vipérine et accablante qu'en a donnée Virginia Spencer Carr (je l'ai lue il y a une bonne quinzaine d'années, elle m'avait fait froid dans le dos tant elle était haineuse). Carson mac Cullers aura eu le chic pour s'attirer les pires interprétations de sa personnalité, quand on ne lui déniait pas, tout simplement, la maternité de ses oeuvres pour les attribuer à son époux !
Ces procès incessants qui lui ont été faits sont aussi surprenants, pour moi, que le déni de Claude Miller à propos de son fim "l'effrontée". Je me souviens avoir vu ce film à la télévision, à la suite d'une critique très élogieuse parue dans télérama, deux "t" et un sourire spécial pour Charlotte Gainsbourg. Mais je me souviens de mon étonnement, une fois le film vu. J'avais été rechercher le journal, avait relu soigneusement la critique : pas une allusion à Carson Mac Cullers, alors que l'"Effrontée" est tout simplement une transposition du roman Franckie Addams. . J'ai bien entendu envoyé une lettre indignée à télérama : comment pouvait-on occulter l'évidence ? Tout était là, simplement décalé : Charlotte était de façon hallucinante Franckie, le mariage du frère s'était mué en concert classique (ce que n'aurait pas renié la musicienne qu'était Carson) le petit Henry était devenu une petite fille androgyne mais tout autant vouée à la mort, la noire Bérénice dans sa cuisine avait les traits de Bernadette Lafont mais c'était bien elle, aucun doute là-dessus... Il paraît qu'à la suite de cette protestation, qui a évidemment été relayée par tous les spectateurs de l'"effrontée" ayant également lu "Franckie Addams", Claude Miller a reconnu l'influence Mac Cullerisienne, mais du bout des lèvres seulement.... Encore aujourd'hui, on chipote là autour : maintenant dans les critiques du film l'Effrontée", à chaque rediffusion, Télérama cite Carson Mac Cullers , certes, mais sans établir le lien indéniable de filiation directe... La biographie que je lis en ce moment me dit qu'il est arrivé la même chose entre Truman Capote et Mac Cullers, et que Carson a carrément accusé Capote de plagiat... Qu'aurait-elle dit du film de Miller ? Sans doute aurait-elle pleuré devant le jeu de Charlotte Gainsbourg, si intensément "Franckie". mais ça se trouve, elle aurait "tiqué" comme je tique.
Parce qu'en plus, en niant la transposition, Claude Miller nous prive d'un débat qui, à mon sens, est intéressant : peut-on VRAIMENT adapter Carson Mac Cullers dans un contexte français, ou européen, alors que le propos de l'"écrivaine est si profondément, si ontonlogiquement, "américain" ?
Sa Franckie ne cherche qu'une chose : à s'intégrer dans une communauté, car elle a treize ans et ne fait plus partie, cet été-là, de "rien du tout". Ecoutez ce qu'en dit René Lalou : "Cette souffrance (être séparé du monde qui oppose -à Franckie- un bloc hostile), causée par un isolement qui n'a rien de commun avec la liberté, Carson Mac Cullers l'a exprimée ici avec un force particulièrement poignante. Il est hors de doute qu'elle dénonce ici une anxiété qu'éprouvent beaucoup d'Américains et dont ils n'ont point à rougir, car pareille inquitétude peut être la première étape d'un salut spirituel. Mais nous-mêmes, héritiers d'une Europe où des siècles de division accumulèrent les désastres et les ruines, aurions-nous l'arrogance de contempler en pharisiens les âmes troublées qu'évoque la romancière d'outre-Atlantique ?"
En tout cas, Carson exprime bien, ici, le ressort du communautarisme américain, et de la détresse qu'il peut causer. Je pense qu'elle m'a fait toucher du doigt cette détresse, si difficilement abordable, appréhendable, pour nous autres, cartésiens et individualistes européens.
J'aimerais bien que les électeurs de Sarkozy, séduits par l'envie de briser les carcans de notre idéologie européenne pour adopter encore un peu plus l'american way of life assorti de son rêve communautariste , se penchent un peu plus sur la détresse que ce rêve communautaire provoque chez les âmes sensibles, décrites par Carson Mac Cullers. Peut-être se jetteraient-ils avec un peu moins d'enthousiasme dans les petits bras nerveux de Nicolas ?
Enfin, je signale que, pour moi, c'est donc là la limite du film de Miller, qui est passé complètement à côté de ce thème de carson : Franckie/Charlotte doit s'intégrer dans quelque chose, le mariage de son frère ou un concert classique. Or, l'effrontée ne fait que vouer une admiration, comme un amourachement, à la petite musicienne classique. ON est bien loin du drame si profondément américain que vit Franckie Addams.
Curieusement, je pense que celui qui serait le plus qualifié pour écrire le script du scénario d'une adaptation cinématographique de "Member of the Wedding" (titre original de Franckie Addams) serait sans doute Philippe Djian. Ce dernier n'a en effet de cesse d'américaniser la France de ses romans, pensez à 37°2 le matin...
Bon j'arrête là ce trop long message, mais il faut dire que cela fait 15 jours que je n'avais pas mis les mains sur ce blog, alors je me rattrape et je divague à qui mieux mieux !
Demain, je vous parle du blog de Michel Onfray, en 400 mots maximum, promis, juré.
Clopine (au fait, j'ai bien évidemment échoué à écrire un roman en 15 jours. Par contre, je suis dorénavant à la tête d'une superbe nouvelle encore un peu inachevée de 20 pages à tout casser (mais lesquelles ! Malgré la déception, la mère et l'enfant se portent bien ! :> ))
.

