18 septembre 2009
c'est plutôt un film d'hommes...
Hier au soir, j'ai mangé japonais, ce qui ne m'arrive pas souvent, et j'ai failli boire japonais aussi (mais la bière provenait en fait de la république tchèque).... Mon assiette m'a donc fait un peu voyager, contrairement au film vu ensuite : il se passait en France, ça c'est sûr, au coeur même de la France : dans une de ses prisons...Ou des corses maffieux, des arabes, des barbus, des gitans et des matons composent un impitoyable étau social...
C'est peu de parodier Audiard (le père) en disant que le film d'Audiard (le fils) "est plutôt un film d'hommes". Vous prenez ce film en pleine tronche, tout comme son héros se prend les coups. Et n'attendez pas un quelconque réconfort moral, une 'happy end" : certes, le héros, à la dernière image, est devenu un caïd. Mais cette dernière image, quoique non dépourvue d'humour, glace en fait le sang...
J'écris "glace le sang" et pourtant, si ce film a une qualité, c'est que le sang versé y est encore chaud. L'humanité décrite là, réduite parfois à l'état de poubelle, ne retrouve une certaine intensité vitale que dans la violence. C'est peut-être cela le "message" de ce film avant tout descriptif : c'est que, une fois la vie réduite comme on réduit un bouillon à une soupe à café de jus clair, comme on réduit la parole, dans un couvent, au strict minimum, une fois la vie réduite à presque rien, la violence devient alors le synonyme de la vie, de l'accès au rang d'homme... Et Jacques Audiard radiographie ce processus, à l'aide de très gros plans, de scène suspendues, d'un réalisme terrifiant (vraiment, les matons sont si corruptibles que cela, dans les prisons françaises ? Vraiment, on peut s'y faire livrer une pute, de l'héroïne, s'y promener à loisir ? Les Juges d'application des peines sont -ils si manipulables, les permissions accordées aux prisonniers de telles aimables plaisanteries, laissant toute latitude au criminel d'employer utilement son temps de sortie en trafics, exactions et meurtres divers, avant de revenir, sagement, au dortoir ?), d'une bande-son particulièrement bien ficelée (les bruits de la prison, la chanson de Makie), et d'acteurs à la densité humaine pesant son poids de désespoir...
C'est plutôt un film d'hommes, mais je sens qu'il va me hanter longtemps. Et que nous ne sommes pas au bout de notre peine (ahaha) avec Jacques Audiard. Mais dût-il m'en coûter d'images récurrentes, la nuit, venant hanter mes nuits, et de coeur serré devant le destin des hommes, je serai présente à ses prochains rendez-vous.
Clopine
03 février 2009
à propos de tout et de rien...
Et voilà : trois messages d'anciens "téléranautes", comme s'appelaient les internautes fréquentant le forum de télérama.fr, et voici la nostalgie qui m'envahit...
Avec le recul, les inconvénients bien réels de ce forum s'estompent. Je dois faire un effort pour me souvenir des interminables délais de la "modération" de l'époque, des invectives et exaspérations qui, là comme sur tous les blogs, s'exprimaient, des bugs techniques et de la difficulté, certains, jours, à s'y retrouver.... Je me souviens parfaitement, par contre, de la clarté que les différents "fils" proposés apportaient aux débats en cours. Il y avait ainsi la catégorie "Qu'est-ce qu'aimer ?", "le conflit israelo-palestinien", "le fil télévision", "le fil cinéma", "le fil musique" (ah, qui se souvient des articles passionnants, savants et goûtus comme des pommes d'un freddie freddie jazz qui, comme son nom l'indiquait, avait la passion du swing, du bop et autres jazz folies ?),et ma préférée, celle où j'intervenais le plus souvent : "à propos de tout et de rien"...
C'était sans doute la plus futile, mais aussi, et bien entendu c'était cela qui m'attirait, celle où les internautes se livraient le plus. Qui se souvient du long dialogue entre Cultu (qui avait enfin remisé son "correct" au vestiaire") et une internaute féminine -je ne me souviens plus du pseudo, mais ces deux-là, journellement, pendant des mois, se sont envoyés l'un l'autre de petits textes qui décrivaient leur quotidien. Cultu reprenait toujours la même forme : partant d'un quotidien banalisé à souhait, ses phrases dérivaient petit à petit vers un onirique parfois douloureux, parfois coloré, mais toujours si subjectif que l'affectif venait "en prime". Son interlocutrice (zut, qui était-ce alors ?), mettait en retour, comme une musique parallèle, des messages beaucoup plus concrets, ancrés dans le réel, mais parfumés de sensations. Ca avait duré des mois....
Cultucorrect a été mon parrain sur internet. Avec une infinie patience, il m'avait expliqué les quelques manoeuvres dont j'avais besoin, et que j'ai acquis si péniblement. je me l'imaginais parfaitement, Cultucorrect, à cause des pans de sa vie qu'il laissait toujours échapper, comme une chemise dépasse d'un pantalon !, et qui me le rendaient proche, car je suis affligée du même défaut... On savait qu'une de ses proches travaillait pour la haute couture, qu'il parcourait Paris dans une voiture fatiguée qui le conduisait à ses séances de psychothérapie. Qu'il était déprimé et peu sûr de lui, et, au moins dans les débuts, qu'il ne finissait jamais aucune de ses phrases sans trois points de suspension, ce qui rendait son écriture aussi incertaine qu'une interview de Modiano (qu'on aime pour ça, d'ailleurs).
Il y avait le "clan des filles", aussi. Rieuses ou réservées, elles venaient se pencher tous les jours sur le tout et le rien ! Parmi elles, une Frosine aux phrases fermement dessinées dans des éclats de rire était particulièrement attirante.. Mais toutes s'envoyaient l'équivalent de coups de coude, quand un 93-93 à la grosse provocation sexuelle venait faire la roue (et l'animal possédait de belles rémiges tout de même...)
Il y avait, comme je l'ai dit hier, des départs fracassants et des retours en catimini, l'inverse aussi était vrai. Bref, c'était un forum comme tant d'autres, avec quelques particularités cependant. D'abord, l'humilité de ses participants, qui faisaient rarement sonner leurs mérites aux oreilles de leurs compagnons. IL a fallu, si je me souviens bien, une grave crise et un procès quasi-stalinien pour qu'on apprenne qu'un tel, logé à l'étroit dans un appartement avec son bout d'chou de bébé et sa compagne, avait d'abord écrit, puis arrêté d'écrire sous la loi de la nécessité. Cet internaute, (dont je ne me souviens plus le nom non plus, merdalors ...) au début, participait au débat avec quelques phrases courtes et mordantes. A propos de la crise du logement, il est monté au créneau avec une violence qu'on n'a comprise qu'après... Tant cet internaute, dans les choix qu'il assumait, avait dû abandonner une partie de ses ambitions notamment littéraires ! des histoires comme ça, télérama.fr en fourmillait.
Je n'y allais jamais sans penser à la sublime chanson de Souchon : foule sentimentale à soif d'idéal. Les participants du forum télérama.fr avaient l'admiration facile et étaient sentimentaux. Cela peut paraître ridicule, c'était en réalité un vrai bonheur. Et puis, s'il y avait des exaspérés comme "la mouette rieuse" par exemple, "mon" troll ne me collait pas encore aux basques : je ne l'ai rencontré que plus tard. J'étais donc traitée exactement comme les autres, ce qui me convenait parfaitement !
Qu'ai-je appris, sur le forum défunt ? Cette nouvelle forme d'échanges, favorisée par internet, et ces liens ténus et fragiles. Je n'ai jamais retrouvé, même et surtout pas chez Assouline, une telle délicatesse, oui, c'est le terme exact je crois.
Quand j'ai essayé de me représenter le forum où je participais, avec ses fils bien rangés, ses modérateurs invisibles, exaspérants et parfois touchants (un d'entre eux a fini par traverser le miroir, et recevoir des participants au journal, ce qui était bien entendu totalement "déplacé" ! Il a quitté le journal, d'ailleurs, peu après. relation de cause à effet ? Allez savoir...) et ce frémissement qqui existait entre certains participants, c'est l'image des oiseaux sur les fils électriques qui m'est venue en tête...
Nous étions comme ces oiseaux, petites boules de plumes se balançant sur des fils légers. bavards, frissonnants et un peu peureux, prêts à s'envoler au premier coup de vent. Mais revenant sur les fils de nos conversations...Tous ayant quelque chose à voir avec une forme de solitude, légère ou profonde. Tous étonnés de voir l'autre lui aussi accroché...
la fin fut triste, et le trou n'a jamais été comblé. télérama.fr a mis en place des "blogs" appelés "wizz" là-bas. C'est autre chose, bien sûr. Ce n'est plus l'agora, le forum, ou le café du coin où des habitués viennent taper sur la table (et parfois pleurer). C'est une succession de "chez soi", et comme je n'aime pas la nouvelle formule, je m'imagine entrer dans ces terrains de camping où des "mobil home", comme leur nom ne l'indique pas, sont fixés au sol !
Bon, la roue tourne, me direz-vous, et d'autres forums ou sites comme la RDL qui fait usage de, me sont accessibles. Pourtant, comme plein d'anciens camarades de jeux, je garderai la nostalgie de télérama.fr, et surtout de ce fil ténu et pourtant solide, qui me permettait de rencontrer tous les jours une trentaine de bavards qui parlaient de l'air du temps, de leurs sentiments, de leurs passions et de leurs amours : de tout et de rien, quoi.
Clopine
04 janvier 2009
Bigard, Béjart, et mes canards sur la mare.
Je me réjouissais de voir "en entier" ce que je n'avais jusqu'à présent entr'aperçu que par bribes, morcelé : la chorégraphie de Béjart sur le Boléro de Ravel. Une sorte de tube au carré, quoi : un spectacle qu'on pourrait qualifier d' éminemment "populaire", si ce mot n'avait pas été dévoyé depuis longtemps par les Bigard et consorts. Bigard ou Béjart : bien entendu, j'ai fait mon choix, et je considère d'ailleurs le chorégraphe méphistophélien (par les poils), énergique (par la musculature mâle, fort appréciée de toutes... et tous) et brillant (par l'esprit) comme un de ces "passeurs", qui met son art au service de tous, et pratique la pédagogie dans le meilleur sens du terme. Dans cette perspective, il faut voir, bien sûr, les ballets de Béjart pour ce qu'ils sont : une démonstration offerte à tous, pour casser les préjugés de l'époque en prouvant que le "beau" n'est pas forcément confiné à une répétition immuable et codifiée d'un art préétabli, sous le tutu, quoi.
Les ballet "néo-classiques" de Béjart sont pleins de cette force de conviction, et j'était curieuse, vraiment, de voir le Tube incontournable, à la fois de la musique "classique" du début du vingtième siècle, et du chorégraphe "moderne"....
Eh bien, j'ai vu.
Les trois T (tout aussi incontournables) de Télérama étaient parfaitement mérités : c'était assez formidable. Mais au moment où j'identifiais parfaitement les mouvements du danseur-héros-oiseau (car Béjart a interprété le Boléro comme une danse nuptiale d'oiseaux rutilants) aux battements des grandes ailes blanches de mes oies de Guinée, le matin auprès de la mare, un doute m'a gagnée. Ca se trouve, je divaguais une fois de plus ! Là où je voyais clairement oies, poules d'eau, canards aux cols irisés, toutes bêtes quotidiennes pour moi, Béjart, lui, avait peut-être "tapé" dans des volatiles plus exotiques, plus prestigieux ou plus sauvages : avocettes, grues couronnées, aigrettes, ibis noirs, ou paons royaux ?
Le danseur est sur une table ronde, aussi ronde que le tapis de pompiers étendu pour recevoir des corps en danger et en provenance d'une fenêtre enflammée, certes, mais d'une dimension qui rappelle bien plus mon humble mare que le Nil ou la Camargue. Ceci est un bon point pour mon appréciation... Mais a contratio, ses mouvements sont, en plus d'être sans équivoque, curieusement "aquatiques", et ceci sur une musique dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle est martelée ! La scansion et le crescendo (qui sont la carte d'identité du Boléro, comme aussi dans les nouvelles de Buzatti : rythme, suspense et élargissement vers la fin...) n'amenaient pas, a priori, une telle atmosphère aqueuse. là, c'était plutôt un pavé dans ma mare...
Bon, après quelques tergiversations, mon opinion était faite. J'avais raison. Il s'agissait bien d'une danse d'oiseaux de basse-cour, de volailles aquatiques, oies, canards, poules d'eau : enfin mon bon plaisir de spectatrice ravie en décidait ainsi, et qui allait m'en empêcher ?
Juste le scrupule d'associer, comme une iconoclaste, le Boléro de Ravel par Béjart à une Danse des Canards...
Mais ce n'était que juste récupération de la chose, finalement. Alors, j'ai passé outre.
06 octobre 2008
Triste lundi...
mais heureusement, certains de mes visiteurs déposent des messages et copicollent des textes, dont je ne saurais trop recommander la lecture. (voir l'avis de Mac, dernier commentaire, que je partage tout à fait. Moi aussi, j'ai pensé tout de suite à Céline, qui du coup pâlit un peu...)
Il faut s'endurcir, se ragaillardir, certains lundis. Bon, je vais sur le site de télérama, je vois que l'ancien "blog télévision" est relancé. Ca a été un endroit tout à fait particulier du ouèbe. Une sorte de conjonction d'internaues bavards et rigolars, un certain Dajc Baweur en tête. Est-ce que cela peut renaître de ses cendres, avec des limites désormais posées, notamment une certaine injonction dans le dépot des messages : 1500 signes maximum ? J'ai dû mal à y croire, mais y étant beaucoup allée, y ayant beaucoup ri, je ne demande qu'à participer. Encore faudra-t-il retrouver le sel originel...
j'ai aussi commencé à re-rédiger "Ma soeur âne"; on m'a solllicitée pour participer à un concours de nouvelles, à thème livre. Est-ce que ce modeste texte convient ? J'estime pourtant que je l'ai réussi (parce qu'en le finissant, il y a trois ans, j'avais des picotements dans les doigts et une sorte d'exaltation,... Mais je me méfie de mes propres enthousiasmes, et il le faut, n'est-ce pas ?).
Je n'ose le mettre en ligne ici, mais j'aimerais bien sûr, l'avis désintéressé d'un visiteur inconnu, et qui n'aurait pas trop communiqué avec moi, de plus, pour éviter toute contagion affective. On ne sait jamais, peut-être quelqu'un voudra-t-il bien me rendre ce service, l'un des plus engageants et des plus dangereux qui soient. Songez que quand on lit le texte d'un autre, et qu'on donne son avis, c'est un arrêt bien plus redoutable que celui de la justice qu'on rend. Il me faudrait un parfait inconnu, quelqu'un qui aurait lu cependant, bien sûr, et qui serait critique et pertinent. Ca ne doit pas se trouver sous les sabots d'un âne...
Bon je divague là, je secoue ma tristesse, et je m'en vais manger. Je répondrai à vos commentaires, dont je vous remercie si fort, demain seulement. Ca vous va, cependant ?
bien à vous, lisez le texte inclus dans les commentaires à droite, vous ne le regretterez pas...
Clopine un peu assise comme un soufflé retombé, là.
13 juin 2008
mon cerveau est un crapaud.
(j'ai bien peur que ce message ne soit un brin décousu, aujourd'hui. Oh, tant pis, le ciel est bleu et les oiseaux chantent....)
Le lundi soir, en ce moment, je regarde TF1.
Je vous entends d'ici : " Quôa ? Comment, vous, Clopine, regarder TF1 ???? Mais, enfin, comment, pourquoi, quid, quod, quiproquo ?????"
Eh bien je dois avouer que c'est vrai, je l'admets , ça m'arrive, juste le lundi soir mais euh, comment dire.... oui. Là.
Mais c'est uniquement dans un but éducatif, hein ! (ouf, je me rattrape...) Parce qu'en ce moment, si vous demandez à Clopinou ce qu'il envisage comme future profession, il vous répond qu'il veut faire "Docteur House". Et je le pousserais bien dans cette voie.
Franchement, cette série est épatante. Sisisi. D'abord, le héros, bourru, mal léché, avec deux beaux yeux bleus craquants, clopine tout du long des épisodes. Ce qui a comme une tendance à me le rendre sympathique, d'emblée. Anticonformiste et aussi vindicatif qu'un Montaigne à cheval. Revigorant. Et puis, ce qui est génial, c'est qu'on ne comprend rien, tout en comprenant tout. Comme chez Kafka, Beckett ou quelques autres...J'attends avec gourmandise le passage obligé de chaque épisode : le Diagnostic Différentiel. Ah, quel bonheur !
Le Docteur House enferme ses trois assistants (un black, un canadien et une meuf à l'origine non identifiée mais amoureuse du Doc, la preuve, elle lui dit "je vous déteste" au moins trois fois par épisode) dans une pièce, loin, bien loin du malade. Parce que les malades, quand même, c'est dégoûtant à tripoter. C'est ce que pense le Docteur House, et franchement, comment lui donner tort ?
Une fois planqués tous les quatre, il sort son tableau wellada qu'-il-n'y-a-que-lui-qui-a-le-droit-d'écrire-dessus, et hop ! deux colonnes : les symptômes à ma gauche, les conséquences à ma droite, en dessous le traitement à appliquer. Evidemment, si l'équipe se plante, le malade, qui est en train d'agoniser tranquillement dans une chambre au fond à droite, va y passer. Et il n'a de toute manière qu'un quart d'heure et des brouettes devant lui. Ca pimente un peu l'exercice...
Et là, zou ! C'est là que le spectateur décolle. Parce que sur son tableau, le Docteur House écrit "réaction à la benzyderllilhine dosée à 4,6 °", ou un truc parfaitement incompréhensible pour le spectateur moyen , et il bombarde ses trois comparses de questions : "alors, ça veut dire quoi, hein, qu'il ait des boutons bensyderhillltrucs ?" Y'en a un des trois qui craque, qui jette "Cancer du colon ?", mais on comprend bien qu'il vient de dire une grosse connerie. Le Docteur ajoute " ne sent plus son mollet gauche sous l'effet d'une antiatropiedézinguéedesulfatedemillicose", et un autre avance alors : "Salpingite de Bornéo ?" On sent que le Doc est content, c'est p'têt ben ça. Les trois gugusses vont alors fouiller illégalement la maison du moribond, pour s'assurer qu'il a bien vécu à Bornéo, pendant que le docteur lui fait ouvrir le crâne par un sous-fifre (un chirurgien, quoi) pour vérifier l'hypothèse.
Généralement, c'est une planture, et du coup le patient a une grosse réaction, dans le genre négatif. Ca s'affole alors un max autour de lui, on entend des voix qui annoncent, mâchoires serrées dans le genre "je voudrais bien gueuler au secours mais je me maîtrise" : "brachychardie, pouls à 60, la sat remonte, écartez-vous",et puis une fille en blouse blanche avance avec deux fers à repasser position "vapeur maximum coton froissé" à la main, elle applique sur la poitrine du malade, tonk, ça fume (-non, ça ne fume pas en vrai, mais ça pourrait fumer...) re tonk, hop, ça rebrachycardise un petit peu mais on sent bien que le type est sauvé. Pour l'instant.
Parce que le problème reste entier. Alors, re-diagnostic différentiel, n'est-ce pas, c'est reparti. Que nous a appris la crise ? demande le Docteur ? les trois bleus ont l'air emmerdé. On devine que la salpingite de Bornéo, c'était malin mais que ça a failli tuer le patient; Heureusement que le Docteur House s'en fout, on sent bien que pour lui, l'important ce n'est pas qu'il vive, mais qu'on sache ce qu'il a, ce con.
Finalement, il apparaît que si le patient est dans ce sale état, c'est bien de sa faute. Il a menti ! (ah oui, chez House, tous les malades mentent...) Il était bien allé à Bornéo, mais en faisant un détour par Bangkok, pour se taper des petits garçons ! D'où atropie musculaire due à la tuberculose de Madagascar, enfin, c'était évident ! House remet ça en ordre, et plus vite que ça . Le patient, qu'on avait quitté il y a une seconde, paralysé, aveugle, faisant sous lui et en train de baver, avec dix-huit perfusions tout partout, sort tout guilleret hophophop de l'hosto pour aller s'acheter un nouveau billet d'avion, et croise, sans le reconnaître, son sauveur (qui, accessoirement, se drogue aux amphétamines et s'imbibe au Four Roses ) boîtillant dans le hall....
C'est beau, c'est tout. Que voulez-vous que je vous dise. Je suis accro.
D'autant que le générique est à la hauteur. Ce sont des planches anatomiques, dans les marrons chiasseux, un peu brouillées, avec une caméra qui bouge et les couleurs qui débordent, plus une musique que tu as l'impression qu'elle est jouée dans la flotte d'une piscine. Le type qui a fait ça a FORCEMENT vu les films de Lars Von Triers, y'a pas photo ! ...
Et justement, (ah, j'y arrive enfin !) l'autre jour, c'était encore plus flou que d'habitude, parce que, du fait d'évènements complètement indépendants de ma volonté, je n'avais pas mes lunettes. Ce qui fait que quand est apparu, sur l'écran, le dessin du cerveau, j'ai parfaitement identifié... un crapaud. Sans aucune erreur possible : je l'ai vu !
Ca m'a paru d'un coup évident. Mon cerveau est un crapaud. Il en a la forme, le côté vaguement dégoûtant (les grenouilles sont souvent gracieuses, avec des couleurs épatantes. Mais les crapauds pustuleux, beaucoup moins, je dois le reconnaître), il est planqué sous mon crâne comme ses cousins sous les pierres, il se gonfle parfois de grands airs et a un cri monocorde, comme le crapaud buffo qui ponctue nos nuits d'été de "coâs" tristes, mélodieux et répétés. Bien utile quand même, et rapide à gober ce qui passe à sa portée.... Ca me fait une drôle d'impression, de trimballer ça dans la tête... Et je me demande ce qu'en dirait le Docteur House. IL adopterait peut-être la seule attitude à avoir : un petit bisou, et hop ! Transformation en prince charmant, va savoir...
(vivement quand même que je recouvre la vue. Le prochain épisode est lundi prochain !)
04 juin 2008
Beauté Fatale !
j'avais commis, sur l'atelier "votre corps en six mots" de télérama, le texte suivant :
"Souffir pour être belle ? Non, merci".
Et une certaine Nicole Garreau répond : "faut s'ouvrir pour être belle"...
Eh bien, j'adore ça !
je file mais je reviens...
Clo
03 juin 2008
La vie est une chienne.
Trois "T" dans Télérama, cela éveille, encore et toujours, ma curiosité. Il y a quelques années, elle était carrrément bienveillante, cette curiosité. Aujourd'hui, elle est plus circonspecte (affaire de goût, et de lassitude peut-être), n'empêche que j'ai encore le regard attiré et l'index boutonnier, quand je vois les petites lettres jaunes se dresser trois fois, comme quelqu'un qui sautille d'enthousiasme... D'autant que l'heure tardive : vingt-trois heures ( les enfants sont couchés) permet d'espérer échapper à la niaiserie ambiante.
J'ai bien fait, hier au soir. La rediffusion de séquences du magazine "cinéma,cinémas", est un cadeau, avec son générique carrément onirique : un homme en imperméable ouvre, le long d'un interminable corridor, l'une après l'autre, des portes fermées. Je n'ai jamais vu une séquence de cinéma se rapprocher si précisément des rêves. A côté, les rêves surréalistes de la Maison du Docteur Edwards sentent le carton-pâte, et pourtant je les adore...
J'en avais vu, à l'époque, certains numéros, mais j'en avais loupé la plupart (que faisais-je donc ? je ne m'en souviens plus, c'est dire si j'ai perdu mon temps)... Du coup, je me rattrape, et je découvre pour la première fois, comme hier au soir, Luc Moullet.
Bon sang de bonsoir, dire j'ai failli passer à côté de lui, ne jamais en entendre parler ! Ca s'est joué à un cheveu !! Et pourtant, le portrait autobiographique de Luc Moullet, qui dure une quinzaine de minutes, conforte ma théorie des univers parallèles. Et surtout de leur porosité... Comme une relation entre cet univers-là et le mien.
Parce que l'impayable film que j'ai vu hier a un côté de prime abord "misérabiliste" : l'homme qui est filmé, qui se filme plutôt, est tout, sauf avantagé. C'est bien simple : on dirait les premières pages de l'"âge d'homme", de Michel Leiris. Le cheveu est gras et plutôt rare, le corps voûté, l'allure bien plus allenienne qu'eastwoodienne, et puis il y a des plans où le réalisme tutoie le sordide - long jet de pisse dans une cuvette de chiottes , par exemple.... Mais c'est en réalité un petit chef d'oeuvre d'humour, de distance, d'ironie. L'inverse de la complaisance. Une sorte de parenté d'esprit avec Eric Chevillard, quand ce dernier parle de son "gros célibataire". C'est peu de dire que Luc Moullet se fiche du monde. Il a cette arrogance suprême de tirer, d'un quotidien filmé avec autant d'allant qu'une limace, des pépites d'humour et d'auto-dérision. Parfois, Nani Moretti a ce genre de regard sur lui-même, mais il ne va pas jusqu'au bout. Moullet, lui, va même au-delà. IL creuse !!!!
Et pendant que je rigolais bien, j'étais en même temps émue, n'est-ce pas. Ce petit film rigolard et bien plus profond qu'il n'y paraît aurait pu être signé "Jim". Il m'y ramenait tout droit...Porosité, je vous dis.
Celui que j'appelle "Jim", ici, par commodité et souci d'anonymat, est un grand ami à moi. Désormais, on pourrait paraphraser pour lui les vers d'Apollinaire :
"Mon beau navire ô ma mémoire
Allons-nous assez naviguer
Dans une onde mauvaise à boire ?"
C'est vous dire si la maladie qui le frappe est cruelle, et combien je peux penser à lui...
Hier, ainsi, je réalisais que "Jim" est un frère de Luc Moullet. Tout dans le film me rappelait à lui. L'humour, comme seule issue possible pour affronter la réalité, et surtout affronter "les autres", n'est-ce pas. La finesse des reproches adressés à la vie... La culture sous-jacente, non mise en avant mais profonde assise du bonhomme, et l'élan vers la création. Le dépassement de la condition si tristement humaine, de cette chair si triste, n'est-ce pas, et qui n'a pas lu tous les livres...
Le film de Luc Moullet me fait penser aux musiques de Satie, à ces "musiques d'ameublement", ces "morceaux en forme de poire", ces "croquis et agacements" : l'élégance de l'ironie masquée sous l'aménité et la modestie.
Jim a toujours mis ses talents sous le boisseau, je lui en ai toujours voulu pour cela. Musicien, il aurait pu exprimer son univers, comme Satie. Ecrivain, le condenser à la manière d'un Chevillard. Cinéaste, travailler avec Luc Moullet !!!!
Et voilà qu'il est trop tard.
Chienne de vie, tiens.
30 mai 2008
Je m'amuse vraiment beaucoup !
L'atelier écriture de télérama est bidonnant (enfin, moi je rigole toute seule en participant, c'est déjà ça), allez, je vous en fais un petit florilège, de bibi et des petits camarades :
je rappelle qu'il s'agit de décrire son corps en 6 mots, pas un de plus !
alors cactus nous dit "nuit gravement à ma santé, traître"
93-93 "corps-nichon aux petits oignons" (tout à fait du 9393 !)
Babe Rawlins était une blonde entreprenante (c'est un pseudo !) : " casse-toi de là, pauvre corps" (pcc NS)
et votre servante, qui est absolument déchaînée je dois l'avouer !
"Son problème ? Vivre. Ca le tue"
"Pourquoi tant d'A D N ?"
"Cru à point !" précise l'Ogre
ou encore :
"le corps parle avec des maux".
eh, vous venez jouer siouplaît ? Plus on est de fous...
Clopine
29 mai 2008
Dites-moi si j'abuse..
Bon, ben voilà. J'ai toujours bien aimé participer aux "ateliers d'écriture" de télérama, parce que les sujets proposés me convenaient bien (et puis aussi parce que je les gagnais, faut être honnête et dire la vérité ! :>))
J'étais triste de leur disparition sur télérama.fr, et j'errais comme une âme en peine. Et puis, miracle ! En voici un tout nouveau, auquel je vous invite à participer d'ailleurs : il est rigolo comme tout. Il s'agit, en 6 mots pas un de plus, de décrire votre corps...Quel sujet !
Est-ce parce que je n'ai pas participé depuis un an maintenant ? Ou que le corporel a une bonne odeur ? Toujours est-il que je viens de me rendre compte, avec une pointe d'effarement, que sur les 128 participations déposées à ce jour, 51 sont de ma plume. Plus de 40 % !
Et encore, je me retiens !
Vous croyez que le Guinness est à portée, là ?
(je rigole mais j'ai un peu honte...) : Gloups.
allez, j'y retourne
Clopine, et en plus, dans les 60 % restants, mon camarade Cactus abat un boulot considérable. A nous deux, on va péter la baraque, oui.
27 décembre 2007
les aboiements des chiens
Télérama n'en pas pipé mot, et pourtant, quelle pitoyable spectacle que l'émission de Ruquier ! La rétrospective 2007 offrait en florilège l'interview, si on peut appeler ça comme ça, de Catherine Breillat par deux sinistres "journalistes" (???). Freud aurait été là, il aurait bien entendu décelé, sous la haine et la hargne visqueuse et mesquine des deux compères, la revanche du machisme sur un esprit libre, féminin de surcroît. Breillat ricanait, que pouvait-elle faire d'autre, à part leur cracher dessus, ce qui aurait été leur rendre la pareille d'ailleurs mais n'aurait pas été admis (et pourtant, il faut parler aux gens le langage qu'ils comprennent, et visiblement ces deux-là ne connaissent que leur crachat, qu'ils parent d'une fausse teinte d'objectivité (mon cul) !
Je suis un tantinet en colère, là. Et pourtant, je n'ai vu que deux exemples du travail de Catherine Breillat, mais ils m'ont suffi pour être convaincue de la profonde originalité, de l'hônneteté intellectuelle et du talent de la dame; spécialement ce film étrange, qui se passait sur la sealink entre Dieppe et Newhaven, d'une aventure entre une femme et un tout jeune adolescent.
J'avais mal pour Breillat, à la vision de ce morceau parfaitement malsain d'une télé imbécile, qui, abusant de son pouvoir, prétend mettre au pilori quelque chose qu'elle ne peut comprendre. Breillat est une superbe caravane, et les chiens aboient. Ce sont mes oreilles qui souffrent de ces aboiements, heureusement que Breillat, elle, ne fait que passer.
N'empêche, quelle saloperie que ce Ruquier...
Clopine



