13 juin 2008
ah ben non, ça devrait pas être permis !
Le bateau-blog d'Assouline est encore une fois en cale sèche, pour cause de maintenance. Et, tenez-vous bien, juste avant que le message n° 69, je dis bien 69, le chiffre le plus sympathique de toute la liste, ne soit posté sur le fil du jour...
Fil du jour qui n'est d'ailleurs pas marrant. L'affaire Cleastream vient de "tuer" (symboliquement, financièrement) le journaliste qui avait mis le feu aux poudres. Il ne fait pas bon s'attaquer aux "affaires" mêlant politique, industrie et grand capital, en Sarkozie. Au fait, fait-il bon vivre en Sarkozie ?
Je ne comprends rien à l'affaire Cleastream, et je n'ai pas tellement envie d'en savoir plus. Magouilles et tripotage - à chaque fois, le grand vainqueur, c'est le discours démagogique du "tous pourris", "à bas la démocratie puisqu'elle n'est pas vertueuse", "les politicards au placard, bonjour aux mains propres -et bottes cirées..."jusqu'à "à bas la république". Et moi qui ai des côtés anars revendiqués, je défends pourtant la république et la démocratie. Je sens qu'une feuille charbinoise pourrait p'têt' bien hausser les épaules devant les inconséquences clopiniennes, là, mais pourtant... Je préfère avoir des contradictions que des certitudes...
Clopine
mon cerveau est un crapaud.
(j'ai bien peur que ce message ne soit un brin décousu, aujourd'hui. Oh, tant pis, le ciel est bleu et les oiseaux chantent....)
Le lundi soir, en ce moment, je regarde TF1.
Je vous entends d'ici : " Quôa ? Comment, vous, Clopine, regarder TF1 ???? Mais, enfin, comment, pourquoi, quid, quod, quiproquo ?????"
Eh bien je dois avouer que c'est vrai, je l'admets , ça m'arrive, juste le lundi soir mais euh, comment dire.... oui. Là.
Mais c'est uniquement dans un but éducatif, hein ! (ouf, je me rattrape...) Parce qu'en ce moment, si vous demandez à Clopinou ce qu'il envisage comme future profession, il vous répond qu'il veut faire "Docteur House". Et je le pousserais bien dans cette voie.
Franchement, cette série est épatante. Sisisi. D'abord, le héros, bourru, mal léché, avec deux beaux yeux bleus craquants, clopine tout du long des épisodes. Ce qui a comme une tendance à me le rendre sympathique, d'emblée. Anticonformiste et aussi vindicatif qu'un Montaigne à cheval. Revigorant. Et puis, ce qui est génial, c'est qu'on ne comprend rien, tout en comprenant tout. Comme chez Kafka, Beckett ou quelques autres...J'attends avec gourmandise le passage obligé de chaque épisode : le Diagnostic Différentiel. Ah, quel bonheur !
Le Docteur House enferme ses trois assistants (un black, un canadien et une meuf à l'origine non identifiée mais amoureuse du Doc, la preuve, elle lui dit "je vous déteste" au moins trois fois par épisode) dans une pièce, loin, bien loin du malade. Parce que les malades, quand même, c'est dégoûtant à tripoter. C'est ce que pense le Docteur House, et franchement, comment lui donner tort ?
Une fois planqués tous les quatre, il sort son tableau wellada qu'-il-n'y-a-que-lui-qui-a-le-droit-d'écrire-dessus, et hop ! deux colonnes : les symptômes à ma gauche, les conséquences à ma droite, en dessous le traitement à appliquer. Evidemment, si l'équipe se plante, le malade, qui est en train d'agoniser tranquillement dans une chambre au fond à droite, va y passer. Et il n'a de toute manière qu'un quart d'heure et des brouettes devant lui. Ca pimente un peu l'exercice...
Et là, zou ! C'est là que le spectateur décolle. Parce que sur son tableau, le Docteur House écrit "réaction à la benzyderllilhine dosée à 4,6 °", ou un truc parfaitement incompréhensible pour le spectateur moyen , et il bombarde ses trois comparses de questions : "alors, ça veut dire quoi, hein, qu'il ait des boutons bensyderhillltrucs ?" Y'en a un des trois qui craque, qui jette "Cancer du colon ?", mais on comprend bien qu'il vient de dire une grosse connerie. Le Docteur ajoute " ne sent plus son mollet gauche sous l'effet d'une antiatropiedézinguéedesulfatedemillicose", et un autre avance alors : "Salpingite de Bornéo ?" On sent que le Doc est content, c'est p'têt ben ça. Les trois gugusses vont alors fouiller illégalement la maison du moribond, pour s'assurer qu'il a bien vécu à Bornéo, pendant que le docteur lui fait ouvrir le crâne par un sous-fifre (un chirurgien, quoi) pour vérifier l'hypothèse.
Généralement, c'est une planture, et du coup le patient a une grosse réaction, dans le genre négatif. Ca s'affole alors un max autour de lui, on entend des voix qui annoncent, mâchoires serrées dans le genre "je voudrais bien gueuler au secours mais je me maîtrise" : "brachychardie, pouls à 60, la sat remonte, écartez-vous",et puis une fille en blouse blanche avance avec deux fers à repasser position "vapeur maximum coton froissé" à la main, elle applique sur la poitrine du malade, tonk, ça fume (-non, ça ne fume pas en vrai, mais ça pourrait fumer...) re tonk, hop, ça rebrachycardise un petit peu mais on sent bien que le type est sauvé. Pour l'instant.
Parce que le problème reste entier. Alors, re-diagnostic différentiel, n'est-ce pas, c'est reparti. Que nous a appris la crise ? demande le Docteur ? les trois bleus ont l'air emmerdé. On devine que la salpingite de Bornéo, c'était malin mais que ça a failli tuer le patient; Heureusement que le Docteur House s'en fout, on sent bien que pour lui, l'important ce n'est pas qu'il vive, mais qu'on sache ce qu'il a, ce con.
Finalement, il apparaît que si le patient est dans ce sale état, c'est bien de sa faute. Il a menti ! (ah oui, chez House, tous les malades mentent...) Il était bien allé à Bornéo, mais en faisant un détour par Bangkok, pour se taper des petits garçons ! D'où atropie musculaire due à la tuberculose de Madagascar, enfin, c'était évident ! House remet ça en ordre, et plus vite que ça . Le patient, qu'on avait quitté il y a une seconde, paralysé, aveugle, faisant sous lui et en train de baver, avec dix-huit perfusions tout partout, sort tout guilleret hophophop de l'hosto pour aller s'acheter un nouveau billet d'avion, et croise, sans le reconnaître, son sauveur (qui, accessoirement, se drogue aux amphétamines et s'imbibe au Four Roses ) boîtillant dans le hall....
C'est beau, c'est tout. Que voulez-vous que je vous dise. Je suis accro.
D'autant que le générique est à la hauteur. Ce sont des planches anatomiques, dans les marrons chiasseux, un peu brouillées, avec une caméra qui bouge et les couleurs qui débordent, plus une musique que tu as l'impression qu'elle est jouée dans la flotte d'une piscine. Le type qui a fait ça a FORCEMENT vu les films de Lars Von Triers, y'a pas photo ! ...
Et justement, (ah, j'y arrive enfin !) l'autre jour, c'était encore plus flou que d'habitude, parce que, du fait d'évènements complètement indépendants de ma volonté, je n'avais pas mes lunettes. Ce qui fait que quand est apparu, sur l'écran, le dessin du cerveau, j'ai parfaitement identifié... un crapaud. Sans aucune erreur possible : je l'ai vu !
Ca m'a paru d'un coup évident. Mon cerveau est un crapaud. Il en a la forme, le côté vaguement dégoûtant (les grenouilles sont souvent gracieuses, avec des couleurs épatantes. Mais les crapauds pustuleux, beaucoup moins, je dois le reconnaître), il est planqué sous mon crâne comme ses cousins sous les pierres, il se gonfle parfois de grands airs et a un cri monocorde, comme le crapaud buffo qui ponctue nos nuits d'été de "coâs" tristes, mélodieux et répétés. Bien utile quand même, et rapide à gober ce qui passe à sa portée.... Ca me fait une drôle d'impression, de trimballer ça dans la tête... Et je me demande ce qu'en dirait le Docteur House. IL adopterait peut-être la seule attitude à avoir : un petit bisou, et hop ! Transformation en prince charmant, va savoir...
(vivement quand même que je recouvre la vue. Le prochain épisode est lundi prochain !)
12 juin 2008
Maintenance Laborieuse !
le blog de Pierre Assouline est toujours indisponible, encore que certains, comme Dancing Bear à 11:22, aient réussi à s'immiscer. Mais bibi, à 11 h 33, niet ! Vertige du Virtuel, encore plus étourdissant quand ça ne marche pas...
Bon, je ne vais pas me plaindre d'accueillir ici, du coup, des SBF (sans blog fixe), et je souhaite bienvenue à tous. Mais cependant....
Est-on bien sûr de la "maintenance" assoulinienne ?
Je dis ça parce qu'un jour (allez, zou, une anecdote !), dans une mairie socialiste de la région rouennaise, un ascenseur est tombé en panne.
Désagrément.
L'agent d'accueil qui voyait, depuis son poste dans le hall d'entrée, les administrés se casser le nez, les portes du bidule restant closes, réagit comme sa formation professionnelle lui avait appris à NE PAS le faire : elle prit les choses en main. Elle appela les services techniques. Mais il était trop tôt, pas encore 9 heures. Le Big Chef n'était pas encore arrivé, on ne pouvait donc lui soumettre le problème et recueillir sur ses lèvres directoriales l'avis autorisé. On voulut bien, néanmoins, filer le numéro du concessionnaire à l'agent d'accueil, quand celle-ci eut argué qu'un accident pouvait éventuellement se produire... Mais rien de plus.
L'agent appela donc le concessionnaire, qui dit envoyer "un gars" dans la matinée, promis, juré. En attendant, elle actionna le bouton sur le panneau d'alimentation du Hall, pour couper le courant de l'ascenseur. Elle imprima vite fait une affiche "ASCENSEUR EN PANNE, PRENEZ L'ESCALIER PORTE C" qu'elle alla coller sur la porte de l'appareil. Puis, l'âme sereine, emplie de satisfaction fonctionnariale, elle se concentra de nouveau sur son standard, son courrier arrivée à enregistrer et ses notes de service à diffuser...
Oui, mais.
Le big chef arriva lui aussi (tout arrive, hélas) et vit la pancarte. Un regard lourd et circulaire balaya alors le hall, puis vint se fixer sur l'agent. ON s'approcha donc , et demanda qui avait pris l'initiative de la pancarte. L'agent, sûre d'elle, la pauvre gourde, n'essaya même pas de se défiler. Tout juste si, en souriant, elle n'attendait pas un petit mot de félicitations...
On la pria sèchement, à l'avenir, de s'abstenir. Puis On monta dans son bureau, d'où, dix minutes plus tard, un agent de bureau descendit pour venir remplacer l'affiche scandaleuse par un petit panneau rouge, qui indiquait : "TRAVAUX DE MAINTENANCE EN COURS . VEUILLEZ PRENDRE L'ESCALIER PORTE C"
il allait falloir à notre pauvre agent d'accueil quelques cours de langue de bois, pour bien maîtriser cette langue étrangère...
Alors, je me demande si la "maintenance" assoulinienne, là, ce ne serait pas tout bonnement...Une bonne vieille panne ?
Clopine
Je vous avoue que je suis un peu dépassée...
La fermeture pour maintenance du site de Pierre Assouline "la République des livres", jointe à un message pondu avant-hier sur Flaubert sur lequel les avis divergent (si j'ose dire...;>)), plus les facéties de mon camarade Cactus et le message un peu incompréhensible d'Andrem (tout va bien, Andrem, j'espère ?), le tout croisé avec l'urgence de l'actualité (la suppression du "bateau-livre", émission que même ceux et celles (;>))) qui ne la regardaient pas regrette), et les si précieuses interventions des Sapience et autres Miettes, cela donne un tel flot de commentaires que, du coup,
me voici un peu dépassée...
je vous demande à tous et à toutes, donc, d'excuser mon silence à chacun de vos commentaires. IL n'est certes pas synonyme d'indifférence, mais je dois faire des trucs et des machins, comme aller soutenir le bateau-livre sur le site indiqué. Bon, il faut expliquer que sur la RDL, Pierre Assouline a publié la lettre que Ferney, le producteur de l'émission, a envoyé à Nicolas Sarkozy. Cette lettre, fort digne dans le fonds et avançant, façon fleuret moucheté, deux ou trois "piques" à l'encontre du pouvoir, n'en est pas moins très (trop) polie, flatteuse quant à la tournure, cherchant une sorte de complicité (rappelant des amis communs, etc.) , et du coup plus proche de la plainte digne que de l'indignation. Montaigne à Cheval en a fait le sujet d'un somptueux "pastiche" (ce n'est pas le terme exact, mais bon) , écrivant une lettre qui, elle, pointait bien du doigt les véritables responsables du naufrage du bateau-livre. PARCE QUE BON SANG DE BONSOIR LA DEMAGOGIE A LA TELEVISION ET LES ATTAQUES TOUS AZIMUTS CONTRE LA CULTURE, ce sont les TRES CHERS AMIS DE NICOLAS SARKOZY QUI EN SONT DIRECTEMENT RESPONSABLES. La culture sacrifié sur le veau d'or de l'audimat et de la publicité...
Néanmoins, je serais bien moins vache que Màc, dans un de ses commentaires d'hier. La lettre de Monsieur Ferney est bien trop policée à mon goût, c'est sûr, et ne dénonce pas le vrai scandale (le sacrifice démagogique de la qualité à la télé). cela ne veut quand même pas dire que son auteur est un courtisan de la pire espèce (je ne le connais pas du tout, alors je lui accorde et d'un le bénéfice du doute, et de deux ma bienveillance, parce qu'il est la victime, n'est-ce pas). je crois que nous ne devons pas nous tromper de cible. Et si nous dénonçons les véritables responsables, pas la peine de fustiger leurs victimes, même coupables d'obséquiosité, n'est-ce pas ? Après tout, qu'aurions-nous fait, à la place de Monsieur Ferney ? (voilà, c'est le message que je voulais faire passer à Màc).
Je vais essayer de répondre à certains de vos commentaires (excusez-moi d'avance si je n'arrive pas à répondre à tous), et vous remercie chaleureusement : ils sont tous intéressants, et certains d'entre eux me vont droit au coeur (Flaubert, dont je n'ai jamais lu que les livres les plus connus, et dont je me rends compte qu'il est un vrai "continent") Ah ! Linaigrette sur Flaubert ! Jibé, et surtout Monsieur Court ! Quel bonheur de vous voir partager ainsi votre savoir ! . En attendant la réouverture de notre blogounet commun, je veux dire celui de Pierre Assouline, où je vais de ce pas faire un tour, tiens. Bien entendu, vous êtes tous les bienvenus ici !
très bonne journée à tous et toutes
Votre
Clopine
PS : de toute manière, je crois que la fréquentation des commentaires de ce blog ne peut que se calmer. Je vais en effet y entamer un nouveau "cycle" d'écriture plus que personnel. Je sens que ça monte, que ça mature. Je ne sais pas encore quelle forme exacte cela va prendre, mais je sais que je risque de ne pas pouvoir m'en empêcher.
JE VAIS ECRIRE SUR JIM.
Question "message porteur", bien entendu, je ne m'attends pas à une intense curiosité de la part d'éventuels lecteurs. Mais m'en fous, na. Aujourd'hui, j'ai ça à faire. Arriver à exprimer correctement pourquoi je veux, enfin je me sens obligée, d'écrire sur JIM, et déterminer quelle forme je vais prendre...
Qui est JIM ? Ah ah ah ! à suivre....
09 juin 2008
Aise et Malaise de la Correspondance...
Je viens de finir le premier tome de la Correspondance de Gustave Flaubert. Bien entendu, j'ai eu envie de cocher une phrase à chaque page, ou presque. Spécialement quand Gustave parle de littérature, et encore plus précisément quand il parle de sa manière d'écrire à lui. C'est peu de dire que les aperçus de Gustave sont lumineux. Je ne sais si Louise Collet (qui m'agace un peu, et ses quelques lettres retrancristes là ne me la rendent pas plus sympathique) comprenait bien ce qu'elle lisait là...
Je suis bien aise, donc, de cette lecture, et mon seul souci est le prix des quatres tomes suivants. Je ne sais ce qui me retient de faire chauffer ma carte bleue....
En fait, je le sais. C'est le bruit d'une fermeture éclair - que je vous explique : ce matin, j'ai fermé un blouson grâce à sa fermeture Eclair (antonomase ? Eclair n'est pas un nom propre... bref. ) Et d'un seul coup, ce bruit particulier m'a transportée au bord d'une rivière, le soir, avec une lampe bleue qui se balance à une branche, des pêches dans une coupe et la chaleur qui descend doucement. Tout ça dans une fermeture éclair ? Eh oui, tant ce bruit, celui des sacs à dos qu'on ouvre ou qu'on ferme, des toiles de tente, des cirés qu'on enfile en cas d'orage, des sacs de couchage et des pochettes où l'on enferme les papiers d'identité et les plans d'accès aux maisons des copains, tant ce bruit est "vacancier"... Ziiiiip... j'en ai eu comme l'eau qui montait à la bouche, et j'entends bien garder un peu de sous pour profiter du Sud, de l'Eté, et des terrasses nonchalantes d'où l'on écrit les cartes postales...
Donc, différons notre achat, Gustave attendra. Je sais qu'il est là, c'est l'essentiel. D'autant qu'à travers ses pérégrinations, c'est encore un peu de vacances de prises !
Mais il y a quand même, dans cette sublime correspondance, des lettres qui me chatouillent un peu. Qui provoquent comme un malaise. Ce sont celles à Louis Bouilhet, le correspondant avec lequel Gustave se "lâche" le plus et décrit, avec une certaine ostentation et un vocabulaire de carabin, ses "exploits" sexuels. Tristes exploits, et visites de bordels "exotiques" qui n'éveillent chez moi qu'une certaine répulsion. Par exemple le passage où Gustave, ne voulant pas laisser voir "une vilaine induration à la base du gland" à la prostituée qui veut vérifier (on la comprend) la bonne santé de son client, joue la grande scène du deux,et se drape dans le bon droit du client outragé . Tout ceci est sordide,et, même en le "replaçant dans le contexte" du 19è siècle, accablant pour l'auteur. J'en suis à me demander la part du vraisemblable de tout ceci. Flaubert n'exagère-t-il pas, ne grossit-il pas ses "aventures" dérisoires, et la crudité de sa narration n'est-elle pas destinée à "épater" son camarade - regarde comme je suis grossier, comme on ne me la fait pas, comme je profite, et "tire mon coup" dès que je le peux, en y mettant le prix. (je crois qu'un Paul edel pourrait m'accuser de sensiblerie, là, mais en fait je n'arrive pas à justifier la prostitution, non le plus vieux "métier" du monde, mais la plus vieille "exploitation", ça oui.)
A cette nuance près, cette correspondance se lit comme on boit du petit lait. En fait, le mieux serait de concilier l'appel des vacances et le plaisir littéraire. Il suffit de rajouter, dans le tableau qui me monte aux yeux quand je pense "vacances", une chaise toilée, un verre de jus de mangue et le tome suivant de la Correspondance...
07 juin 2008
samedi matin 8 : 39 parfois j'en ai marre de moi
J'ai toujours aimé mes lunettes. Pendant longtemps, j'ai porté le modèle "à la Lennon", tout rond : c'était "chouette", ahahahah.
Petite fille, j'avais droit au modèle Sécu Sociale, avec branches roses translucides et fil de fer incorporé, dont la principale vertu était d'être incassables - je les aimais aussi, elles m'ont pourtant valu de perdre un amoureux, le fils de l'ophtalmo ("depuis que Papa i t'a collé des lunettes, ben moi j't'aime pu"). J'aurais pu leur en garder rancune , mais non. J'aimais trop le pouvoir qu'elles me donnent. Il suffit de les enlever et hop ! Le monde entier perd sa netteté. Les contours se brouillent dans l'humide. Je passe à l'aquarelle, quoi.
Le monde est si abrupt, si défini, hélas. Les bleus sont si vite attrapés, quand on se râpe à ses arêtes. La douceur du flou de la myopie est irremplaçable.
Et puis elles m'ont ouvert les livres. C'est parce que, à cinq ans, on me les a posées sur le nez que je me suis assise et que j'ai ouvert un livre : c'est à travers mes lunettes que j'ai cherché à lire. Les deux petits carreaux se sont révélés être une fenêtre vers l'infini.
Donc, j'ai toujours eu de bons rapports avec le premier objet que je cherche le matin, le dernier que je quitte le soir (accessoirement, j'aime bien les taupes, aussi. )
Sauf que... Depuis quelque temps, ma vue a changé. Elle baisse, comme on dit, alors que pourtant j'ai l'impression de lever de plus en plus la tête vers les nuages... Bref. Quand je veux lire, ou taper à l'ordi, je dois dorénavant enlever mes lunettes, me rapprocher. Et le drame arrive.
Je les perds.
Mes précieuses petites montures, mes lunettes adorées chéries, celles que je n'ai jamais quittées, qui m'ont toujours servie fidèlement. Une des plus belles, des plus utiles, des plus nécessaires, des plus merveilleuses inventions humaines : les lunettes ! Je les pose pourtant précisément à côté de moi, sur la table, près de l'ordi. Mais elles se carapatent vers la trappe spatio-temporelle qui s'ouvre régulièrement chez moi et absorbe tout, des chaussettes veuves et orphelines, des clés de toutes sorte, elle bouffe les papiers importants aussi et maintenant mes lunettes...
Je viens de perdre, hier au soir, la paire "de secours" qui remplaçait la paire officielle, perdue elle depuis un mois. Elles se la sont faites (la paire, pardine). Je suis toute nue. Au secours.
J'ai mobilisé les garçons. ILs faisaient une moue d'indifférence, comme quand on fait le dos rond en espérant passer à travers les gouttes de l'orage. Pas de ça, Lisette. Hop, sur le pont. Sauf que... rien à faire. On a beau eu tous écarquiller les yeux. Mes lunettes ont disparu.
Drame.
L'aimable flou dans lequel, bienheureuse linotte, je flotte d'habitude pourrait se transformer en brouillard opaque et meurtrier.
Je vous laisse, je téléphone à l'opticien. Pourvu qu'il n'exige pas une ordonnance d'ophtalmo. Les délais pour obtenir un rendez-vous, dans notre bien aimée France Sarkozienne, sont de six mois minimum.
Parfois, je me hais.
06 juin 2008
Comment gâcher ses soirées
Clopin, tôt levé, me demande, désinvolte "Alors, cette soirée Michel Onfray au Vaudreuil ? C'était bien ?", puis, sans attendre la réponse : "Note que je suis bien^sûr que tu n'as pas osé aller lui parler, ni même lui serrer la main. Ce n'est même pas la peine d'en parler.." et sur ce, guilleret, sans vérifier son hypothèse tant elle lui paraît irrréfutable, il part vaquer à ses affaires en sifflotant.
Cela devrait m'agacer que Clopin m'interroge sans écouter mes réponses, avance ses propres conclusions et, au passage, m'égratigne un peu d'une certitude dévalorisante pour l'ego (personnel à moi).
Mais, ce matin, je dois bien avouer que cela m'arrange. Enormément, même. En fait, je n'avais pas espéré passer ainsi au travers du filet de sa curiosité, et je m'en tire à bon compte. Parce que, bien entendu, il avait raison. Je n'avais pas osé. Mais j'avais fait bien pire encore.
Emportée par mes rêves bleus, j'avais juste omis de regarder le programme, n'est-ce pas. Or, il s'agissait d'une soirée autour du film "retrouver le goût". J'ai déjà vu le film, quand il a été programmé à la télé, un samedi de l'année dernière. Je l'avais regardé avec vraiment beaucoup d'attention, parce que l'initiative décrite est intéressante et entre dans le champ de quelques unes de mes préoccupations quoitidiennes (cultiver son jardin...) que les gens filmés, remplissant pleinement l'écran de leur présence, sont d'habitude invisibles, n'existent pas dans le PAF, et que Michel Onfray démontre, en apportant sa caution à l'initiative, son engagement militant. Et puis la fréquentation de Clopin me rend sensible aux documentaires. Je crois, sans me vanter, que j'ai un regard un peu plus précis sur le traitement des images que le spectateur ordinaire. J'avais apprécié à sa juste valeur l'excellent travail du réalisateur, dont j'ai noté mentalement le nom : Olivier BRUNET.
Je n'avais aucun, mais alors aucun besoin de faire 3 heures de bagnole pour le revoir, tant j'en ai gardé un souvenir précis, quoi.
J'ai commencé à comprendre mon erreur (une de plus), dès mon arrivée.
J'étais un peu en avance, il était 19 h 20 (le programme annonçait 19 h 30). J'ai descendu l'escalier qui menait à la salle. Mais en bas, une accorte jeune femme aux bras dénudés, malgré la fraîcheur de la soirée, osbtruait le passage en accueillant les trois personnes que j'avais suivies dans l'escalier. Je lui ai demandé timidement où était la salle. Elle me demanda en retour pourquoi j'étais là, s'interrogea tout haut sur "les collègues qui, là haut, laissaient DEJA descendre les gens". Je me sentis obligée de défendre les deux gentilles personnes qui avaient coché la liste des réservations et délivré mon billet. Elles ne m'avaient pas dirigée, c'était moi, toute seule qui, par instinct trouponnier, avais emboîté le pas des personnes devant moi. Bien, reprit l'accorte cerbère, mais les personnes devant moi "faisaient partie", elles, de la soirée, c'est pour cela qu'elles pouvaient descendre avant l'heure. Je proposai immédiatement de remonter, afin de laisser le champ libre à "ceux qui en étaient" (puisque de toute évidence "je n'en étais pas"). Non, non, conclut celle que je prenais pour l'employée municipale chargée du lieu, puisque j'étais là, n'est-ce pas, je n'avais qu'à rester, puis, se retournant vers ses interlocuteurs, elle reprit la conversation que j'avais eu le tort d'interrompre.
C'est le moment précis où les semelles de mes souliers m'envoyèrent leur premier signal, en commençant à chauffer et en m'indiquant la direction de la sortie. Je les promenai un peu, histoire de les calmer, puis, enfreignant les consignes, je les menai dans la salle, où elle se planquèrent sous les fauteuils de tissu rouge.
Nous avons patienté, elles et moi, une grosse demie-heure. La salle se remplissait lentement. Je me souvenais des lances rompues ici ou là au sujet de Michel Onfray. J'ai un jour, par exemple, expliqué fièrement qu'à mon avis, si Michel Onfray était aussi controversé, critiqué, insulté, c'est que sa provocation était insupportable. Pensez qu'il faisait sortir la philosophie des amphithéâtres, l'apportait à ceux qui en étaient le plus éloignés, la vulgarisait à qui mieux mieux. Je m'étais écriée : "Michel Onfray vous emmerde, ô élites ! IL revendique, se drape avec fierté du plus vulgaire des auditoires : celui des ménagères !"
Le public présent me donnait raison. Un seul homme pour dix femmes, au bas mot. et des ménagères en veux-tu, en voilà. Quelques têtes féminines de profs, aussi. Mais pourtant, il n'était nulle part, comme je l'avais bêtement cru, question de "conférence", de "débat" ou de philosophie. Michel ONfray était bien présent, et allait évidemment dire quelques mots. Mais le sujet de la soirée, ce n'était ni son travail, ni lui, ni même le film ou l'université populaire.
Je compris tout quand mon Cerbère prit la parole, en avant-scène. En fait, elle n'était pas du tout l'employée communale. Et en fait aussi, c'était SA soirée à elle. Elle était en effet la responsable de l'atelier théâtre de l'association locale de réinsertion "Solidaire". C'était elle qui avait composé le programme, qui écrivait une pièce avec les participants, qui avait établi l'échange avec l'Université Populaire et invité "Michel", n'est-ce pas. En échange de la projection du film et de la présence du grand homme (tous deux bénévoles, bien qu'elle n'aimât pas le mot) elle irait présenter son travail à Argentan, en juillet. Elle utilisa bien entendu la métaphore jardinière pour le qualifier. On en était en semis, la pièce allait lever. J'ai déjà, par le passé, vu des gens de théâtre, des actrices, mimer les semailles pour décrire leur travail. Leur geste est rarement "juste", parce que la métaphore, si jolie soit-elle ne remplace pas l'expérience. Déjà, sur les anciennes pièces de monnaie, Marianne semait à contrevent...
Bon, on allait regarder le film, et puis boire un coup biologique après, voilà.
Mes semelles réagirent aussitôt, de façon formelle et décidée. Leur verdict tomba : j'étais déplacée, irrémédiablement (j'ai un peu l'habitude, notez.) L'initiative de tous ces gens, leur implication, leur travail, étaient bien entendu dignes de tous les éloges : mais ils n'avaient certes pas besoin des miens, étant en autosuffisance à ce sujet. Et j'avais déjà vu le film. Comme, en plus, il était évident que je n'oserais jamais approcher Michel Onfray, ça, je n'avais pas besoin de Clopin pour le savoir... mes semelles avaient parfaitement raison : allez hop, foutre le camp.
Le film commença vers 20h, à 02 j'étais dehors. Parée pour une virée d'une heure trente de trajet retour...
Ca, c'était de la soirée, Coco.
J'ai écouté de la musique klezmer dans la voiture. La clarinette ricanait un peu, ce qui m'allait très bien. Comment pouvais-je régulièrement me tendre à moi-même de tels pièges ? Oui, j'avais "vu" Michel Onfray. IL était un peu plus grand que je ne l'avais imaginé, avec une indéniable grâce physique (encore plus palpable qu'à l'image). Et un costume du genre noir froissé. Voilà. La belle affaire. Cela me donnait quoi ?
J'essayai de me souvenir pourquoi j'avais eu envie de cette soirée, au point d'y consacrer, mon temps, mon essence (!), de mobiliser mes maigres ressources pour affronter la solitude dans un endroit public. Je ne me sens pas une âme de "groupie", pas à ce point en tout cas. Mes admirations ne me font pas prendre de carte de fan club...
Mais divaguer, ça oui. M'imaginer lançant, avec une aisance que je n'ai évidemment jamais eue de près ou de loin, une question brillante et drôle, du style "Votre chronique du mois de juin conclut que l'agrégation est une affaire de moule. Votre doctorat de philosophie vous classe-t-il chez les bigorneaux ?" , sensée faire sourire le philosophe.
Ahahah.
Ah.
Ce n'est qu'arrivée sous les falaises d'Igoville, bordées d'une nappe verte et douce qui s'arrête net au droit du rebord crayeux, que j'ai repéré ce qui véritablement m'avait amenée là, alors même que, après la campagne présidentielle, je m'étais éloignée des positions du philosophe, que je ne partageais pas... Je voulais parler à Michel Onfray des accusations que j'avais subies "à sa place", sur la république des livres. Je voulais lui demander quelle était sa réaction à lui, quand on le traitait, comme on le faisait depuis de longs mois chez Pierre Assouline, d'"antisémite", en m'englobant sous l'insulte. J'avais l'impression que, s'il savait que j'avais été victime, à travers lui, de cette calomnie infâmante, cela tisserait un "lien" entre lui et moi. Je crois bien que j'étais venue me "réparer", si l'on peut dire, en tout cas échanger quelque chose à partir de cette insulte partagée entre lui et moi.
Je n'avais pas plus de réflexion qu'un étourneau.
Bon, ma soirée n'était pas tout à fait perdue, n'est-ce pas, puisqu'elle m'avait permis d'éclaircir ce point. Et aussi qu'elle démontrait la pertinence de mes instincts semelliers !
05 juin 2008
Pour Miette et tous les autres mollusques de ce blog :))
Je n'ai pas le temps hélas de répondre point par point aux commentaires du billet d'hier, passionnants et porteurs de discussions. Sachez, ô vous toutes les moules, bigorneaux, simple plancton ou méduses, QUE JE VAIS VOUS RELIRE ATTENTIVEMENT, parce que moi itou j'ai des choses à dire sur le sujet.
par exemple, je crois qu'il ne faut pas oublier que les religions ont pu constituer un PROGRES, une AVANCEE pour l'humanité, EN LEUR TEMPS. Substituer le sacrifice animal au sacrifice humain (Abraham), ça n'a l'air de rien mais c'était aussi révolutionnaire qu'une théorie de Condorcet au 18è. Les 10 commandements aussi c'était porteur comme concept (waourf)
JE CROIS DE PLUS EN PLUS QU'IL S'AGIT DE TEMPORALITE. Nietzsche nous situe la mort de Dieu approximativement vers 1903, le 3 mai à grosso modo 10 h 32 (bé non, je plaisante là), mais en fait il faudrait voir ça à l'échelle du lent mouvement de l'humanité vers la maîtrise du monde. De son seul monde fini, quoi.
MERDE juste le jour où je voudrais reprendre un par un vos comms, et ben vlan faut que je perde ma vie à la gagner, zut.
FAUT PAS QUE J'OUBLIE NON PLUS DE REMERCIER SOPH' (pour ceux que ça intéresse, Soph' est une dessinatrice genre Brétecher. Sauf qu'elle n'a pas encore percé. Son blog qui décrit son quotidien de prof de collège est en lien à droite) MES STATS ONT PETE LE PLAFOND HIER AU SOIR J'AI UNE BOSSE AU FRONT CE MATIN VINGT DIOU.... (sans, pour autant, avoir la grosse tête n'est-ce pas)
A DEMAIN je vous raconterai la soirée ONFRAY du VAUDREUIL promis, juré.
Clopine, message à Annibal : je crois bien que mes carottes sont râpées (*). Merci à vous quand même, je ne sais comment vous le dire, ah si : MERCI !
(*) : j'adore ce genre de phrase, ça fait BBC 1942...
04 juin 2008
et, en passant...
La chronique du mois de juin de MIchel ONfray,ici :http://pagesperso-orange.fr/michel.onfray/Chronique_juin08.htm
parle de vin, de goût et de l'instinct grégaire, ce que le philosophe appelle le sens "agrégatif" et qu'il fustige d'une phrase à mon avis destinée à devenir célèbre, que voici :
"Il faut une mentalité de moule pour vouloir l’agrégation"
Or, or, notre MIchel national ne l'a-t-il pas, précisément, et une des plus prestigieuses : celle de philosophie ?
waourf...
Clopine
Beauté Fatale !
j'avais commis, sur l'atelier "votre corps en six mots" de télérama, le texte suivant :
"Souffir pour être belle ? Non, merci".
Et une certaine Nicole Garreau répond : "faut s'ouvrir pour être belle"...
Eh bien, j'adore ça !
je file mais je reviens...
Clo

