Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

10 décembre 2007

Du commerce caché dans la littérature ouèbesque

Les sites littéraires foisonnent sur le ouèbe. Plusieurs genres s'y côtoient, j'allais écrire s'y bousculent, et parfois c'est assez obscur; allons, essayons de mettre un peu d'ordre dans tout cela.

Je commencerai par les sites de lectures  et de critiques. Ce n'est pas tout à fait la même chose : une ANNA, par exemple, donne des compte rendus fidèles de ses lectures, mais n'opère pas (enfin, pas vraiment) de travail critique. Un JLK ou une Michèle Gazier sur le site de télérama.fr, eux , vont  opérer un travail critique sur le texte.  ILs  donneront, comme Anna,  leur opinion dessus (j'aime/j'aime pas), mais le replaceront  dans un contexte, ou démonteront  les ressorts de l'oeuvre. Soit en adoptant une démarche "structuraliste" (faisant appel à la linguistique, la psychanalyse, etc;), soit en utilisant une démarche plus classique (l'auteur dans son contexte historique, biographique...).

Là-dessus, un critique littéraire comme Pierre Assouline bousculera joyeusement le propos, mêlant compte rendus de lectures personnelles, travail critique proprement dit et autre chose encore, difficile à définir. Il s'agit de remettre l'oeuvre dans son contexte historique, incluant la contemporéanité d'ailleurs, mais aussi de donner des nouvelles de tout ce qui touche à l'écrit : ses transformations du fait des nouvelles techniques (ce que change le web sur la pratique de l'écrit et de la lecture), les procès en cours  (plagiat psychique, caillassage d'auteurs comme Jourde, règlements de comtpe entre maisons d'éditions et auteurs, etc;), commentaires sur l'attribution des prix littéraires, anecdotes diverses concernant tel festival, telle manifestation culturelle, tel fait divers... Un joyeux fourrre-tout désigné par la bannière "La république des lires", et où la liberté de l'hôte, comme chez Anna, est totale, où  l' érudition, comme chez Gazier, est remarquable, mais où, en plus, les derniers potins du sérail sont livrés et commentés. Bien entendu, il faut être un minimum intéressé pour suivre et survivre sur ce blog/forum, d'autant que les commentateurs, généralement dotés de BAC + 5, 6 ou 7, rivalisent d'érudition.

Viendront s'adjoindre à ces sites les blogs de maison d'édition (Héloïse d'Ormesson, décontracté car jeune et nouvelle maison, ou Gallimard, rébarbatif à souhait) ou de revues culturelles, littéraires. Souvent, ces blogs s'écrivent à plusieurs mains, comme "blogauteurs", ou le blog du"Magazine des Livres". Une ligne éditoriale s''en dégage, et parfois même des concours de nouvelles ou de romans sont organisés.

Les sites officiels de bibliothèques municipales, de centre culturels, se spécialisent aussi, bien souvent, dans l'organisation de concours qui leur permettent un rayonnement (je ne suis pas vache, je ne vais écrire "de la pub"') à peu de frais et qui font parfois émerger tel ou tel auteur.

Les blogs d'auteur, pour rebondir, existent aussi. Certains interactifs (ou simplement ouvert aux commentaires)? D'autres, souvent ceux d'auteurs les plus reconnus, sans aucune interactivité. Le pionnier du premier genre, interactif par essence, est François BON; Houellebecq est l'exemple type de l'autre. Entre deux, de jeunes auteurs comme Emmanuelle Pagano ou Emmanuelle Urien oscillent entre ouverture interactive et posture initimiste...

Les blogs d'aspirants à  la publication existent aussi (les "wannabe"). Le plus célèbre est sans doute celui de Wrath, mais d'autres aussi éclosent, s'épanouissent... et parfois meurent (comme celui du "Journal d'une aspirante à la publication - les affres du premier roman);

Et les blogs d'auteurs écrits à plusieurs mains, (un peu comme blogauteurs, mais purement littéraires) sont brillament représentés par Françoise GUERIN et ses chroniqueurs, tous écrivains ou aspirants écrivains (lauréats de concours de nouvelles par exemple, éditions confidentielles et autres).

A côté, il y a les sites où l'on peut écrire, déposer des textes, etc. Là encore, plusieurs styles se côtoient.

Les sites comme "paroles plurielles" ou "atelier d'écriture" : il s'agit de répondre à une invitation, en commentant une image, un dessin, et en étant commenté ou noté par l'hôte et les commensaux. IL faut admirer l'abnégation des animateurs ! Il y aurait d'ailleurs à dire sur ces sites, où évidemment tout vrai travail critique est banni !

Les sites de "mise en ligne", qui se rapprochent beaucoup des maisons d'édition, en ce sens que leur but est avant tout commercial. Le site que je pratique "in libro veritas", fait ainsi partie de cette catégorie. Ouvertement, les propositions commerciales (édition papier à compte d'auteur, téléchargement de classiques à titre payant, propositions de "mettre vos textes en avant" contre rémunération, etc;) s'affichent. Mais le jeu est clair, et vous pouvez parfaitement utiliser ces sites comme plate forme expérimentale, si cela vous chante. Personnellement, j'ai un texte sur libro veritas qui a ainsi dépassé les 750 lecteurs... ce qui est quand même inespéré , si le web n'existait pas aucune chance de toucher l'un quelconque de ces lecteurs !

Un autre site de mise en ligne, bien mystérieux celui-là, vient de me contacter. Il s'agit de "mytexte", et rien, ni sur le site ni sur l'e-mail de proposition, n'est personnalisé. Endroit parfaitement neutre, et tout nouveau, on subodore qu'il y a là une tentative de détournement de catalogue (comment ont-"ils" eu mon adresse e-mail ?) et une démarche commerciale là-dessous ? Mais pour l'instant, c'est assez mystérieux comme démarche. D'autant que rien ne vient indiquer une quelconque ligne éditoriale, le site semble absolument libre d'accès à tous...

Pour mémoire, un seul blog d'auteur a tenté de ne parler que  "boutique", droit d'auteurs, ou autre. Il s'agissait de "La littérature", mais dorénavant, le site est devenu un blog d'auteur comme un autre. Dommage : il y avait là comme une atmosphère de panneau syndical que j'aimais bien...

Voilà, je crois qu'on a fait le tour provisoire de la question. Comme on le voit, un foisonnement de sites, certes, mais peu de nouveautés sous le soleil. Et, pour une démarche intéressante comme celle de Bon ou de Guérin, pour une personnalité du gratin parisien comme Assouline, combien de pseudo-sites, tout occupés à glaner quelques sous, ou de blogs-journaux extimes (dont le mien !) dont l'intérêt n'est certes pas universel ?

Il n'empêche que j'aimerais bien en savoir un peu plus sur mytexte... Un indice ; les fautes d'orthographe y sautent aux yeux "chacun peut publier Ces textes"  (par exemple), ce qui me conduit à soupçonner du commerce  qui ne dit pas son nom. Bah, on verra toujours à l'usage !

Clopine

Posté par ClopineT à 16:25 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [4] - Permalien [#]

03 décembre 2007

tenir ses promesses

J'ai plongé dans le théâtre du seigneur du Pradel (voir photo dans l'album ci-contre). Je m'étais surtout attardée à la préface de Pierre Lieutaghi, dont la langue forte et souple est un vrai plaisir à lire. Mais Olivier de Serres aussi ! Bon, au début, des phrases écrites comme celle-ci :

"Les terres donques ainsi recognues, doivent estre cultivées par art et diligence, pour en tirer service : mais avant qu'en venir là, il les faut préparer au labourage  : afin que souffrans le maniment, avec facilité, puissent estre utilement gouvernées"

ça surprend, d'accord. On soupire un peu, on se redresse dans le lit, on arrange l'oreiller et la lampe, on prend une goulée d'air et on plonge...

Et on est bien récompensé...

tenez, un exemple, à propos des Jardins, bien sûr , puisque "ce sont les jardinages qui fournissent à l'ornement utile de notre ménage d'innombrables espèces de racines, d'herbes, de fleurs, de fruits, avec beaucoup de merveille".

(bon là, je vous ai traduit, mais en fait c'est vraiment mieux de faire l'effort de lire "tel quel". De toute manière, ce qui m'épate chez de Serres, c'est la proximité structurelle de sa langue avec le latin. Et ça, même en modernisant la graphie des mots qu'il emploie, ça reste).

Encore un passage, rien que pour le plaisir :

"les Grecs ausi avoient en grande réputation les jardins, du fruict desquels, superstitieusement, chacun an faisoient présent à Apollo de Delphes, assavoir, la raifort d'or, la poirée d'argent, et la rave de plomb : en quoi aussi peut on recognoistre, en quel degré ils tenoient ces fruicts-là;"

Aaaahhhh... Imaginez-vous cela ? Des grecs portant au temple d'Apollon à Delphes

temple_d_apollon

La Raifort d'or

raifort    

la Poirée d'argent

Poir_e

et la Rave de Plomb

images

?

Sans compter ce genre de notes, dont le livre surabonde :

"toutes sortes de gens ont honoré les jardinages. (...) Nous lisons (leurs noms) en l'herbe dite lysimachie, du roi Lysimachus : en la gentiane, de Gentius, roi d'llyrie : en l'armoise, d'Artemisia, roine de Carie : en l'Achilea, d'Achilles : en l'eupatoire, du roi Eupator : au scordium, autrement dicte l'herbe mithridates, de Mithridates, roi de Pont et de Bithinie, et en plusieurs autres;"

(si vous voulez les images de toutes ces plantes-là , tapez 1. des herbes, tapez 2, etc) Non, allez, je vous les mets :

lysimachiegentianearmoiseachileaeupatoirescordium

(lysimachie, gentiane, armoise, achilea,eupatoire et scordium)

qui correspondent donc à :

LysimachusIllyrieArt_miseAchilles__euh__green_card_obtenue__l__EupatorMithridate

(euh, bon je vous l'accorde, on voit bien qu'Achilles vient d'obtenir sa green card, là. Quant à Gentius, roi d'Illyrie, pas dimage...), toutes nobles gens n'ayant pas dédaigné de cultiver eux-mêmes leur jardin !)

Quant au vin... sur les 1430 pages du Théâtre d'Agriculture, le "troisiesme lieu" en son entier lui est consacré. à croire que le réalisateur de mondovino l'a lu "à la manière du pays auquel l'on est, se plantera la vigne"... enfin bref.

bref, le livre  est un enchantement. Ce n'est pourtant, me direz-vous, que l'oeuvre d'un jardinier. Oui, mais l'homme dans son entier est là. Dans l'ordonnancement du monde,  à son besoin. Au temps d'Olivier de Serres, cet ordonnancement, dans son plein épanouissement, ne se retournait pas encore contre son créateur. C'est pourquoi la lecture du Théâtre est forcément poignante : l'homme n'y creusait pas sa fosse, mais un avenir possible.

Me voilà mélancolique, bon, une bonne tisane et je me remettrai... D'autant que je voulais vous parler aussi des Rita Mitsouko.

Mais  ce sera pour plus tard.

Clopine

Posté par ClopineT à 10:43 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [2] - Permalien [#]

30 novembre 2007

Dix, treize

Hier bonne journée : ma déficience notoire à porter attention à ce qui ne m'intéresse pas n'a perturbé que modérément ma vie.

Je n'ai oublié que les produits dont la femme de ménage a besoin. Je ne me souvenais que de "crème à récurer", mais devait y avoir deux-trois trucs en plus, quoi.  En fait, j'ai oublié le papier où Madame Sanchez, consciencieusement malgré plusieurs échecs précédents, (c'est une femme optimiste)   avait dressé sa liste. Madame Sanchez la laisse généralement bien en vue, sur la table. Sauf que j'ai oublié la liste. Et puis après j'ai oublié que je l'avais oubliée, si vous me suivez...

J'ai oublié aussi l'endroit où j'ai collé les étiquettes du laboratoire d'analyses. Enfin, quand je dis "j'ai collé', je m'entends. Les trucs importants, comme ça, je choisis un endroit spécifique, pour ne pas avoir à retourner tout le paquet de papiers ordinaires avant de les retrouver. Je me dis "ah,ça, faut pas que je le perde". Donc, suivant l'inspiration du moment, je choisis un endroit censé être à la fois particulier et accessible. Sauf évidemment qu'après, faut s'en souvenir. Voilàvoilàvoilà...

J'ai oublié aussi de sortir les poubelles. Enfin, là, c'est plus compliqué. Allez, je vous explique :

Les poubelles se déposent en bas du chemin. L'Homme place donc le sac bien ficelé dans ma bagnole, pour qu'une fois arrivée en bas,  j'ouvre la vitre, balance le sac au travers et hop ! il tombe sur le talus, à l'endroit exact où de diligents rippeurs viendront le récupérer. Ca, c'est le scénario de l'homme. Dans la réalité,  il est bien entendu hors de question que je balance un sac poubelle à travers une vitre  : d'abord, je risque d'oublier d'ouvrir la vitre avant, ce qui pourrait me causer des désagréments. Ensuite, il me semble évident que si j'attrape le sac dans la voiture, il va se déchirer et que  le contenu va se répandre sur mes beaux vêtements de travail délicatement parfumés au vétyver pour ne pas incommoder mes collègues, en deux. Enfin, même si j'arrivais à franchir les deux premiers obstacles, la probabilité pour que le sac tombe pile poil à la bonne place est bien entendu négative. N'oublions pas qu'il y a un rétroviseur où il peut rester pendu, un talus tout mouillé  qu'il peut descendre, un ruisseau qu'il peut atteindre, une route où il peut rouler, des arbres où il peut rester accroché, bref, même pas en rêve je ne m'y risquerais... Donc, déposer la poubelle signifie arrêter la bagnole, sortir, attraper l'objet en tentant de ne pas se salir, et le placer à l'endroit idoine. Il ne suffira plus, après, que d'aérer en grand la voiture (bonjour les rhumes) pour enlever l'odeur d'ordures...

Mais en novembre, les déchets ne puent pas trop, en fait; grave erreur de leur part. Parce ce que si je ne sens rien, j'oublie le sac. Et donc je l'emmène au boulot. Oh, il est bien sage sur son siège avant. IL ne remue pas, apprécie la balade... Mais après, quand je m'aperçois qu'il est resté là,vers les midi,  je me retrouve face à un problème aigu : comment désormais s'en débarrasser , hein ?

Bah, ce n'est rien. J'ai déjà fait bien pire, dans ma vie. J'ai déjà enfilé un pull, un petit matin, descendu dans la rue, pris un bus, puis arrivée à la gare, rejoint mon quai, monté dans mon wagon, et enfin, assise, senti quelque chose de dur dans mon  dos, le long de mon cou  : c'était le cintre que j'avais oublié d'enlever, et dont le crochet dépassait élégamment du col de ma veste (il me semblait bien aussi que les gens me regardaient curieusement, mais j'avais mis ça sur le compte de ma parano ).

Mon problème, c'est d'arriver à m'intéresser suffisamment à eux. Aux objets, je veux dire. Ils sont tellement sournois, faut dire... Je me souviens d'un parking, où ma bagnole m'avait comme ça bien énervée, en refusant d'ouvrir son coffre arrière; j'avais fini par lui donner des coups de pieds, tiens, prends ça dans ta gueule enfoirée de bagnole....avant de me rendre compte que ce n'était PAS ma bagnole, mais sa soeur jumelle. Turlulululu... heureusement que son maître ne m'avait pas vue la brutaliser...

Clopine, turlulue

Posté par ClopineT à 09:46 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [2] - Permalien [#]



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