Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

23 novembre 2009

Revenir au Havre : les regrets et Patrice Delbourg

Arriver au Havre de nuit, passer, devant Harfleur, par ce plat paysage où des fumées claires enveloppent les masses sombres de bâtiments indistincts, ponctués de centaines de lumières étoilées, c'est assez fantastique, je dois le reconnaître.

J'ai travaillé quatre ans de ma vie au Havre mais, faisant  l'aller et retour quotidiennement depuis Rouen,  par le train, je ne m'attardais  pas dans la ville. Je la traversais juste, d'un pas pressé... Je l'ai toujours trouvée  disons froide ;  ses habitants la trouvent, eux, aérée, ouverte, sous un grand pan de ciel : lumineuse.

Un Havrais (de vrai, comme dirait Patrice Delbourg se gourant dans la dédicace du dictionnaire des Papous en  me prenant pour une typique habitante de l'endroit) trouve les ciels rouennais étriqués, découpés chichement au travers des toits des maisons. IL ne respire bien que dans la grandeur quadrillée de la ville, dessinée par un Perret, près du bruit de la mer. Un Rouennais, lui, grelotte sur l'esplanade de la Mairie.

J'avais donc froid, d'autant que je sais d'expérience la déception du jour sur la nuit. Samedi soir,  la nuit d'automne faisait son office malgré les efforts des hommes pour l'anéantir : elle rendait l'endroit magique... Mais le jour, je suis bien placée pour savoir que les fumées des usines sont bien sales, l'activité industrielle d'une cruauté barbare pour son environnement naturel, et la ville du Havre aux mains d'une classe politique avant tout mue par la recherche du profit individuel.

Cela faisait si longtemps que je n'étais pas venue au Havre - mais j'avais justement relu, par hasard, les premières pages de Queneau  sur son enfance havraise, avec ses parents trépignant de joie à son arrivée au monde : et justement les Papous ont utilisé ce passage pour un de leurs jeux. le Théâtre de l'Hôtel de Ville avait la "bonne jauge" pour la séance d'enregistrement public. IL m'a cependant semblé apercevoir quelques Rouennais (comme l'ex-chanteur du groupe de la Familia) dans le public : sans eux, serait-il resté des places vides ? C'aurait été dommage, tant la soirée fut délicieuse.

J'aipensé à Cactus, et à Lavande, pendant la soirée. Cactus ferait son miel d'une fréquentation assidue de Patrice Delbourg, maître absolu du calembour, et Lavande devrait, d'après moi, s'affilier à l'OULIPO et participer à quelques uns de leurs stages et ateliers. (M'enfin, ce que j'en dis)

J'ai beaucoup ri, me suis forcée à aller voir les auteurs à la fin, pour la séance de dédicace. Je devrais en êtr pleinement contente, mais mon malheureux caractère m'emplit cependant de regrets. IL me semble aujourd'hui évident que je n'ai pas fait ce que j'aurais dû faire : entamer une vraie conversation avec Patrice Delbourg...

Par exemple, j'aurais pu  lui dire que je suis pleinement d'accord avec lui, sur son jugement littéraire sur Françoise Sagan. Quand il l'a exprimé, samedi soir, le public a un peu réagi : le récent film sur la vie de Sagan, si bien incarnée par Sylvie Testud, a en effet touché les coeurs. Mais en réalité, je suis d'accord avec Delbourg : Sagan a vécu sa vie comme un long dimanche, une cuiller d'argent dans la bouche, et bâclant bien souvent sa tâche d'écrivain. Le film a faussé l'image...

J'aurais pu aussi parler de Bertrand Jérôme avec Patrice Delbourg. IL y a des années, j'avais envoyé un jeu de mots à Jérôme, qui m'avait dit l'avoir transmis à Patrice Delbourg. J'aurais pu me servir de l'anecdote pour partager avec  l'écrivain  le chagrin encore vif, dû à la disparition du grand homme de radio qu'était BJ.

J'aurais pu aussi évoquer les livres de Delbourg. Cet homme écrit sous contrainte, mais en l'acceptant librement : je n'ai guère lu que deux livres de lui, et j'ai tort, il en a écrit beaucoup plus que cela.

J'aurais pu aussi lui parler de Beckett : nous  l'avons lu tous deux, et de la même manière... En savourant l'absurde cruauté distillée dans les pages de Watt ou de Murphy, par exemple...

J'aurais pu, j'aurais pu... Et je n'ai su que platement  mentionner Victor Hugo à propos de mon pseudo (j'ai fait dédicacer le livre des Papous à Clopine Trouillefou, parce qu'elle aime bien plus cela que Marie de Beaubec !) ou évoquer gauchement Toulouse Lautrec posant culotte sur la plage du Crotoy.

Bah, ce n'est pas bien grave. J'ai au moins salué Serge Joncour (je n'y étais pas arrivée au Festival d'Automne qui se déroulait il y a quelques années à Forges les Eaux) et revu Françoise Treussard.

Rien que pour cela, cela valait le coup de revenir au Havre, et de traverser sa banlieue étalée là comme l'écume un peu salie d'une vague océane s'étale sur le sable.   

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06 janvier 2009

l'Aristophane de la BD

Je n'aime guère (c'est un euphémisme) les magasins de fringue, les séances d'essayage et le regard bovin des vendeuses de prêt-à-porter - mais parfois, ô miracle ! La corvée s'allège et se met à sourire  :  c'est que j'ai, par hasard, enfilé un vêtement qui me va parfaitement, que je "sens" couler sur moi comme de l'eau, qui me sera d'un grand usage et qui me renvoie, en plus, dans la glace, une image valorisée, plutôt sympathique.

Notez que c'est rare, hein.

Eh bien, pour les livres, c'est pareil. Parfois,  vous entrez dans un livre comme dans un territoire inconnu, et tout  se met à vous sourire. Le style, le fond du propos, les (bonnes) surprises : vous ignorez tout de ce que l'on vous raconte, et pourtant vous êtes immédiatement "chez vous". Comme si le livre avait été écrit pour vous. Qu'il vous attendait, de toute éternité...

C'est tout aussi rare, bien sûr, eh bien ! Les "petites leçons sur le grec ancien", de Jacqueline de  Romilly et Monique Trédié, m'ont immédiatement fait cet effet-là. Parce que, livre d'érudites,  ce n'est pourtant PAS un bouquin érudit. Parce que les citations grecques ne sont PAS en alphabet cyrillique, mais latin, et traduites à chaque fois. Parce que la langue employée ici, démonstrative par force (démontrer, c'est le propos du livre) est  pourtant d'une simplicité qui ajoute encore à sa grâce. Parce que j'y ai appris plein de choses, tout en acquérant l'envie d'en savoir plus. Parce que ce livre, bon sang de bonsoir, ce livre est écrit pour les gens comme moi, quoi : à la fois ignorants et curieux ! Suffisamment "lecteurs" pour avoir déjà rencontré les Thucydide, Euripide, Empèdocle ou  Aristophane, mais trop peu instruits pour entrer  d'emblée dans leur propos, et surtout apprécier leur langue. Ce "petit" livre est une merveille pédagogique, et son message : expliquer en quoi le grec ancien, langue-berceau de notre modernité, doit être apprécié à sa juste valeur et revendiqué - est parfaitement légitime. Olé.

Ma jubilation me portant, comme à chaque fois, à la reconnaissance, j'en suis sortie avec l'envie de témoigner à Jacqueline de Romilly mon admiration. Je lui aurais bien envoyé, en guise de remerciement, un petit pot de miel et mon petit livrounet à moi, mais j'ai craint d'être importune, ou, au moins, de l'embarrasser. Et puis, en y réfléchissant, je n'avais envie que d'une seule chose : lui présenter Fred.

Fred, tous mes copains le connaissent. C'est un de la bande, et quand je dis "la Bande", je parle évidemment de la seule qui vaille aux yeux de toute ma génération : la Dessinée. Quand j'étais jeune, et fourrée toute la journée dans les cases et les bulles, jusqu'à en déborder of course, je trouvais que le  dessin de Fred était moins fouillé, moins précis que celui d'un Gotlib. Moins porteur que le crayon rageur d'un Reiser. Moins fabuleux de maîtrise que celui d'un Moebius, ou d'un Druillet. Moins, quoi. Mais pourtant, plus le temps passe, plus ce sont les drôles de dessins crayonnés et charbonnés de Fred qui m'accompagnent. Le "petit cirque" ne me quitte pas. Les aventures du "Naufragé du A", non plus. Et c'est lui qui m'est revenu en mémoire, en lisant les mots de Jacqueline de Romilly, et lui que j'ai envie de lui offrir...

Quel rapport, mais quel rapport, allez-vous soupirer en levant les bras au ciel, entre le dessinateur moustachu et la Grande Dame du Grec ? Eh bien, celui-ci :

fred_philemon300

Vous souvenez-vous de cette image ?

Ce sont les critiques aquatiques de l'océan Atlantique qui assistent à une représentation, sur leurs fauteuils flottants. Une fois le rideau baissé, ils iront chacun de leur appréciation : "Cette pièce est squelettique ! Lyrique ! Esthétique ! Etique ! Etatique ! Poétique !  Prophétique !" (*) s'écrieront-ils tour à tour, jusqu'à ce que l'un d'eux  conclut : "Bref ! C'est toc !"

Eh bien, écoutez donc ce que Jacqueline nous dit de la capacité du grec à créer des mots "composés" ), et de l'ironie d'Aristophane  quant à la prolifération (au Ivè siècle avant JC) du suffixe "-ikos" ("ique" en français)  :

"Tout commence très modestement puisque ce suffixe sert essentiellement chez Homère à former des adjectifs dérivés de noms de peuple (...) . Sous l'influence des sophistes (...) le système des adjectifs en "-ikos" connaît un grand développement. Euripide a bien plus de mots en  "-ikos" que Sophocle et Eschyle, et Thucydide en compte trois fois plus qu'Hérodote. Aristophane nous confirme que ces dérivés font partie du vocabulaire des "intellectuels", puisqu'il y recourt systématiquement quand il parodie le langage des sophistes. ( suit un extrait des Cavaliers d'Aristophane) : l'accumulation de huit formes en -ikos en quatre vers pour parodier le langage de ces pseudo-intellectuels est d'un effet comique très sûr"

(plus loin) :

"On ne peut donc que sourire quand on entend un journaliste évoquer avec gravité "la problématique du dopage" dans les activités sportives ; il est clair qu'en l'occurrence le mot "problème" eût suffi pour exprimer l'idée, et que le choix d'un dérivé en "-ique" est un signe de pédantisme, une affectation inutile et vaine qui attend son Aristophane ou son Molière !"

Vous comprenez maintenant pourquoi je voudrais offrir les "naufragés du A" à Madame de Romilly, Fred à Jacqueline ? Fred, l'Aristophane de la BD, ne pourrait à mon sens que lui plaire... Et n'est-elle pas, cette grande dame, en notre époque sarkozyste et barbare, une sorte de "naufragée du Grec ?"

Ces deux-là, à mon humble avis, étaient faits pour s'entendre !

Clopine 

(*) : cité de mémoire, donc pas forcément exact au mot pour mot. 

Posté par ClopineT à 12:14 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [29] - Permalien [#]

06 décembre 2008

fierté, inquiétude, vagues envies...

Jean_ollivier m'a adressé, et je suis TRES FIERE d'être parmi la cinquantaine d'heureux bénéficiaires, son travail de compilation des textes de Milton, mis en vis-à-vis de la traduction de Chateaubriand. Je ne connais que scolairement l'histoire de Cromwell le Régicide, et l'espèce de culte qui entoure Milton me le fait comparer à un Montaigne chez nous. Mais je n'ai jamais abordé de tels textes, et du coup, je regarde JEAN OLLIVIER autrement. Un tel travail, un tel soin , le tout, comme il est dit dans la préface du "Chantre de Satan" (l'expression est de Chateaubriand, pour exprimer le rôle de Milton, sorte de Malraux près d'un De Gaulle, De Gaulle étant ici Satan, puisqu'il s'agit de Cromwell le Régicide), le tout RIGOUREUSEMENT HORS COMMERCE ! je ne peux m'empêcher que c'est dommage. Savez-vous, Jean Ollivier, que sur une boîte comme "IN Libro veritas", et pour peu que vous sachiez faire des fichiers PDF et disposer d'un infographiste généreux (j'en connais un...) pour une somme très raisonnable vous pourriez mettre à l'abri vos quatre recueils, plus la préface, sous la couverture d'un "vrai" livre ? Il me semble que votre travail le mérite...

Cactus m'a envoyé un mail, et je suis INQUIETE pour lui, qui a l'air de souffrir. "Sois sage, ô ma douleur, tu réclamais le soir, il descend, le voici". Les mots sont si dérisoires, même ceux-là, pour exprimer la douleur, qui a un visage hideux et n'est JAMAIS nécessaire. La nature, me direz-vous, nous commande de souffrir ?. la nature a bon dos, et je n'accepte pas qu'on puisse simplement envisager de laisser souffrir un patient, si le soulagement existe. Cactus, je te fais une énorme bise, et souhaite que bientôt, tu puisses décrire tes souffrances qui seront passées, n'est-ce pas, pas de blague, avec les cent mille jeux de mots qui sont à ta disposition...

Je regarde mon blog, et j' ai de VAGUES ENVIES de tout changer. Bannière et surtout catégories. Rien ne convient plus, et j'ai même une légère nausée en pensant à toutes ces pages qui, depuis trois ans, s'accumulent ici. Seulement j'ai besoin d'aide, et mon infographiste préféré et favori croule de boulot...

Utopy est parti ce matin. Il m'a suivie, sans se rebeller ni aucunement trembler, dans la bétaillère aménagée pour son transport, grimpant à mes côtés comme s'il avait fait ça toute sa vie ! Il a mangé deux dernières pommes une fois dedans, , et semblait surtout curieux de l'expérience. Clopin va donc devoir traire, pendant quelques jours, Quenotte. Le lait d'ânesse est celui qui se rapproche le plus du lait de femme, et Clopin adore boire le verre quotidien. J'y mets plus de mesure, mais ne peux m'empêcher de penser à la belle Cléopâtre, qui la première a reconnu les bienfaits du lait d'ânesse, au point d'en prendre des bains - il lui fallait donc au moins 200 ânesses, et j'imagine les belles écuries que cela devait faire, et les ânesses alignées au pied des palais égyptiens...

Je suis bien loin des palais egyptiens, notez. Encore plus que les autres années, je subis le climat brayon, l'absolue désert de la vie rurale contemporaine, et pense avec nostalgie aux pubs irlandais et aux cafés bretons. Ici, à part les guirlandes électriques qui balisent les horribles maisons préfabriquées, en guise de prise de conscience écologique, et qui sont PRIMEES par les communes (un comble !), dès dix huit heures, plus personne ne vit...

Clopine, c'est là qu'il faut entrer dans l'hiver, comme on met un manteau. Ca alourdit la démarche, mais on peut encore, comme Anouk Aimée dans Chabadabada, enfouir son visage dans le col relevé, et continuer à sourire, en pensant au soleil...

Posté par ClopineT à 18:43 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [8] - Permalien [#]

21 novembre 2008

La S... à K... et les J...

CE BILLET VA FORCEMENT ETRE AUSSI DECOUSU QU'UNE COMBINAISON QUI DEPASSE.

Mais il faut dire que vous, mes visiteurs, me rudoyez passablement.

D'un côté, j'ai le coeur qui fond, quand je pense à mon mécène (au fait, s'il me lit, j'ai besoin de son adresse !), à mes deux acheteurs sur ILV,  aux Cactus et autres Lavande, Mentor, Annibal, etc. : JE VOUS REMERCIE TOUS, sans oublier la charmante conservatrice du Musée de la Tante Léonie (j'y ai fait allusion, hier, chez Assouline, ah je vous conseille de lui envoyer un mail pour demander les horaires d'ouverture par exemple, parce qu'écrire un mail à marcelproust@wanadoo.fr, ben mon colon ça fait  quèqueu chos" !) et même, plus étonnant, la Catherine Siné de Siné Hebdo qui "va faire circuler" - wouah !

De l'autre je vous trouve sévères et pinailleurs, ben oui je le dis. D'abord, l'un de vous s'est plaint du tarif du télé chargement PDF, remarquant que "télécharger tout Montaigne, c'est gratuit". Alors, je lui ferai remarquer, à ce pinailleur, que Montaigne, lui, n'a pas à rembourser d'avance sur recettes, et d'un. Et de deux, moi aussi je suis toute rouge quand je pense que Le Clézio vaut 18 euros (prix nobel de littérature) et ma petit  Recherche Racontée, 14. MAIS CE N'EST PAS SI SIMPLE QUE CA. Parce que n'oubliez pas que je n'y connais que dalle, que pouic, rien, nada. Et que mon livre est fabriqué sur commande, sans stock, sur mesure, quoi. Alors qu'est-ce que vous auriez fait à ma place ? Vous auriez arbitrairement fixé ça en référence au prix du lait et du paquet de clopes, multiplié par deux et aligné sur les marchés financiers chinois, ou bien vous auriez, en fermant les yeux, accepté le PRIX FORTEMENT CONSEILLE PAR L'EDITEUR ?

Je ne cherche pas à faire de l'argent avec mon livre, je le précise donc, et si je cherchais la gloire et la reconnaissance, ce ne serait certes pas sur un livre pareil que je tablerais. Déjà, Marcel Proust, bon, illustrissime certes, mais il ne fait pas péter l'audimat. Mais par là-dessus Clopine Trouillefou, sa vie, ses oeuvres, vingt dioux, vous voyez le topo, aucune chance que je fasse le 20 heures. Mon rêve le plus fou reste mesuré, non pas médiocre mais disons modeste : qu'un "vrai" éditeur se dise que mon écriture est plaisante. Ca ne veut pas dire que je n'ai pas d'ambition : j'ai parfois comparé mon envie d'écrire, de consoler ma mort, le sillon que je souhaite laisser, à la trace que fait, dans le ciel, le triangle d'oies sauvages migrant, ou à la ride laissée sur la mare par la poule d'eau suivie de ses petits. Si vous y réfléchissez bien, c'est vraiment très ambitieux, puisqu'il s'agit de beauté. Mais de pépètes et de plateaux télé, point...

Bon, que les trolls se déchaînent, je m'y attendais un peu. Je crois que c'est Annibal qui a suggéré que je parle de la Recherche sur la Rdl : le malheureux ! Les trolls font déjà semblant de croire que je raccole là-bas, alors que je n'y ai pas dit un seul mot du livre. Ils attendent la première allusion pour me couvrir de merde. J'aurai beau répéter que je n'aurais jamais pensé à éditer ce livre, sans mon généreux et adorable mécène, vous verrez que rien n'y fera : je serai à la fois moquée et vilipendée, soupçonnée de motifs superficiels comme de courir après la reconnaissance pipole, accusée à la fois de médiocrité et de dérisoire prétention.

Notez par ailleurs que personne n'a encore avancé le moindre reproche sur le CONTENU du livre, les thèses qu'il renferme (car il en renferme, surtout une, de taille en plus). J'avance des opinions sur le style et le dessein de Marcel, je tente de dégager, à travers des descriptions, le chemin obstiné qu'il suit... j'analyse la métaphore proustienne et le traitement des personnages, que je qualifie d'"allégorique", presque. Pas le plus petit sursaut d'indignation sur mon propos, (faut dire que je l'ai bétonné, et que j'ai pas mal bouquiné, autour de Proust, les bouquins universitaires et les thèses des chercheurs, ahaha).

Bon d'accord, je suis fâchée avec Paul Edel (ce n'est pas grave, parce qu'il s'en remettra, il s'en est d'ailleurs déjà remis cet homme), qui était peut-être, parmi  mes connaissances internautiques celui   qui aurait pu, le mieux, pointer les faiblesses de mes diverses thèses. Ou au moins qui les aurait décelées,  dégagées de la futilité revendiquée  de mon propos (même si elle n'est qu'apparente, c'est voulu mon lulu), de la légéreté proclamée de ce modeste essai. Mais de toute manière Paul Edel, même avant notre brouille, m'avait prévenue :  pas question de dire un mot sur quelque chose qui ne peut l'intéresser. Pourquoi cela ne peut-il l'intéresser ? Si je suis mauvaise, je dis : "parce qu'il est un pro, et qu'il ne s'abaisse pas à discuter avec des amateurs". Si je suis gentille, je dis : "parce qu'il est trop courtois pour avoir envie de dégommer une cible trop facile". Si je suis objective, je dis : "parce qu'il s'en fout". Mais quelle que soit la vraie raison, personne, donc, ne m'a encore accusée de manquer de pertinence dans ce petit livre. Ca va peut être venir, notez,  et seule l'indulgence de mes lecteurs m'a peut-être préservée jusque là. j'adorerais discuter vraiment de ça : Ca, c'est un VRAI enjeu, plutôt que le chiffre des ventes..

Non que je méprise ce dernier. Il est exact que je n'ai pas, de moi-même, suscité cette parution. Mais maintenant que j'y suis, j'y reste, nom de dieu, et ferai tout pour que mon petit livre à quatorze euros rencontre quelques lecteurs, et si possible les rende heureux. Vous voilà prévenus, ô mes sourcilleux amis.

Car vous êtes diablement sourcilleux, à voir votre réaction quant à la S... à K... de J... Je précise tout de suite que j'ai été bien plus surprise que fâchée, (je ne suis pas du tout fâchée, Jean Ollivier, et j'ai bien compris que c'était monsieur Court et non vous qui m'accusait de snobisme). En fait, ce petit incident m'a fait réfléchir : pourquoi croyais-je donc, naïvement, que la S à K de J était un morceau très connu ? Pourquoi est-ce que je connais mieux cette S à K -là que celle de Beethoven ?

(tout ceux qui ont lu les commentaires du billet d'avant-hier comprendront ma soudaine prudence ; dorénavant, pour ne point courir le risque d'être quelqu'un qui se la tape, je n'écrirai plus certains noms propres que par leurs initiales. Ainsi, au lieu de dire, ce qui risque de faire des envieux, que j'ai dîné hier au soir avec notre pote Norbert  Sénéchal, je raconterai avoir vu N... S... : plus de danger de faire de l'esbrouffe ainsi !)

En fait, c'est très simple. Je n'ai reçu, dans mon milieu familial, que l'éducation musicale en vigueur à l'époque, à savoir celle dispensée par Maritie et Gilbert Carpentier. Mais j'ai vécu huit ans avec Jim, qui écoutait de la musique, toutes sortes de musiques mais aussi la plus "ardue", la plus "classique" ou "contemporaine" qui soit, vingt heures sur vingt quatre. Je n'y connaissais rien de rien, donc, mais me suis lentement imbibée comme une éponge. C'est ainsi que, naïvement, je suis passée de Claude François à la S à K de J. J'ai écouté aussi Mickael Nyman ou Steve Reich, tout aussi naïvement... c'est Proust qui note aussi cela, à propos d'Albertine. Qu'elle évoluait en intégrant ce que ses amants lui apportaient.

Si Jim était encore lui-même, je sauterais sur mon téléphone et, pour le faire rire, je lui raconterai l'anecdote. Se faire engueuler parce qu'on ose citer la S à K sans parler de Beethoven ! Mais Jim ne peut plus guère apprécier l'incident - et moi, cela me replonge dans tout ce que j'ai partagé avec lui, toutes ces discussions.
La S à K de J à propos de Proust, ou plus précisément de la "phrase" proustienne  nous l'avions évoqué lui et moi, dans une de nos discussions autour de Debussy (et de la "phrase" de Vinteuil , qui n'a rien à voir avec la phrase proustienne) . Jim "testait" en effet souvent, sur moi, des musiques ou des livres : il était comme un gros chat épiant la réaction de sa souris... Je me souviens d'une discussion passionnante (enfin, pour moi) sur la musique du tournant des deux derniers siècles. Plus précisément, de Debussy et de Wagner ! heureusement que vous n'étiez pas là, mes tendres et sévères visiteurs : pour le coup, vous auriez trouvé que j'exagérais dans l'élitisme la complaisance ou l'outrecuidance : oser parler de ça, alors qu'on ne sait même pas ses notes ! Mais nous étions seuls tous deux, Jim et moi : ahaha !

Que ça fait mal, quand même, de ne pouvoir partager tout ceci avec lui, qui,  je m'en rends bien compte, m'a bien plus apporté, m'a bien plus donné que je ne lui ai jamais rendu.

Bon sang, la vie ne fait pas de cadeaux.

Clopine

PS, tiens, d'abord, hop ! http://www.ilv-edition.com/librairie/la_recherche_racontee_a_mes_potes.html   

Posté par ClopineT à 12:25 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [10] - Permalien [#]
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20 novembre 2008

AU PIED DU MUR !!!

D'abord et avant tout, dire que je suis entièrement solidaire avec les personnels de l'éducation nationale qui sont au pied du mur et vont donc battre le pavé aujourd'hui. Ils sont en effet tellement méprisés, vilipendés, insultés... Et ce sont pourtant nos seuls remparts pour assurer une éducation  qui ne soit pas uniquement  "utilitaire", tournée vers l'acquisition de savoir-faire visant à assurer du boulot et du pognon, dans le culte de l'intérêt individuel. Eux seuls peuvent chercher à transmettre ces valeurs qui consistent à tenter d'APPRENDRE et de COMPRENDRE. Comme je ne peux rien faire d'autre, j'ai gardé Clopinou à la maison,  na !

C'est donc, pour moi, de bon augure d'être également, aujourd'hui, AU PIED DU MUR. Car c'est aujourd'hui que "la RECHERCHE RACONTEE" est publiée. A savoir un modeste opuscule sur la Recherche du Temps perdu de Marcel Proust, et aussi , oui je peux le dire comme cela, MON PREMIER LIVRE !

EXPLICATION :

Vous pouvez à partir d'aujourd'hui acquérir ce livre, en cliquant sur ce lien-ci :

où vous tomberez sur cette page-là :

Clopine Trouillefou

La Recherche Racontée (...à mes potes)

Essais / Critiques

Couverture J'ai remarqué un phénomène curieux, à propos de Marcel Proust et de son livre-cathédrale " A la Recherche du Temps Perdu" ; c'est que, dès qu'on en parlait, les langues se déliaient, et mes interlocuteurs me racontaient pourquoi ils avaient lu la Recherche (les moins nombreux d'entre eux) et surtout pourquoi ils ne l'avaient pas lue (les plus nombreux). Comme si ce livre, et tout ce qu'il représente pour la littérature, posait une question à chacun d'entre nous, et que tous, lecteurs ou non, tentions d'y répondre...Je pense sincèrement que la Recherche de Marcel Proust est ainsi NOTRE recherche, à nous tous. On peut être sceptique sur le genre humain, et avoir quelques doutes sur le bien-fondé de notre rapport au monde. Mais il y a pourtant quelques oeuvres humaines, très humaines, qui contiennent quelque beauté, et sauvent l'ensemble ! Du Taj mahal au Don Quichotte de Cervantès, certaines oeuvre majeures méritent l'effort qu'on s'y intéresse, et la Recherche en fait partie : tout simplement parce qu'en poussant la porte, la Beauté surgit, immédiate et intemporelle. Je ne suis humblement, dans ce petit ouvrage, que le bedeau de la cathédrale proustienne. Et vous invite à m'y suivre, et même à vous y perdre, pour mieux goûter in fine, au moins je l'espère, un "temps retrouvé" !

L'AUTEUR

portrait auteur Clopine Trouillefou ? Ce pseudo est tout entier sorti d'un des plus beaux livres de Victor Hugo, "Notre Dame de Paris". C'est que la Clopine que je suis, voyez-vous, aime beaucop la littérature.

Synopsis

partiellement autobiographique, ce modeste essai tente de donner le goût à chacun, même le plus loin apparemment de l'univers de Marcel Proust, de la Recherche du Temps Perdu. C'est aussi l'occasion d'exprimer une certaine reconnaissance au hasard de la vie.

Vous pouvez également découvrir un extrait de ce livre...

Format papier : 14.00 € TTC, Ajouter à votre panier

Format PDF : 7.00 € TTC, Ajouter à votre panier

 

Licence : Creative Commons by-nc-nd
ISBN : 978-2-35209-188-2
Catégorie : Essais / Critiques
151 pages au format 140x225mm (Papier 80g)

Je pourrai en rester là pour aujourd'hui, bien sûr, mais en fait, c'est un peu trop d'émotion, de doute, de scrupules et d'espoir qui m'agitent... Je vais donc m'autoriser (après tout, je suis chez moi ici...) à vous en parler. 

LISTES :

Ce n'est pas une édition "classique", mais une sorte de "compte d'auteur" ; une sorte, parce que cette édition m'a été offerte !!! Un compte d'auteur, parce que je ne peux compter que sur moi (et sur vous !) pour le vendre.

Et c'est là, évidemment, que cela se corse. Clopin, sans doute aveuglé par sa confiance en moi, "me voit déjà en haut de l'affiche". Je suis bien plus mesurée. En fait, outre les doutes qui, je crois, tenaillent tous ceux qui tentent d'écrire ("est-ce que cela n'est pas trop médiocre ?" "Mais qui cela peut-il intéresser ?" "Mais pourquoi ne pas plutôt faire du yoga, ou du macramé ?", etc.) , je ne me crois tout simplement pas DOUEE POUR LE COMMERCE; Or, si je veux "jouer le jeu" de cette publication tombée du ciel, et qui nécessite déjà, en premier lieu, quelques efforts de communication, il va bien falloir que je m'y mette.

C'est là, d'ailleurs, qu'on apprécie à sa juste valeur le travail d'un Georges FLIPO, qui n'hésite pas à "mettre ses mains dans le cambouis" pour faire connaître son oeuvre, et qui le fait avec humour, élégance et distance. Mais c'est là aussi que la solitude et l'obscurité pèsent sur vos épaules. Au moins, les "vrais" édités ont une structure derrière eux, des participations à des salons ou des manifestations, le savoir-faire d'un éditeur.

Je me sens, une fois de plus dans ma vie, décidément cela devient une manie en ce moment chez moi, à la fois "mise en avant" et "obscure". Obscurément brillante, en quelque sorte !

Bon, Clopin me regardant en soupirant, je cherche à prouver ma bonne volonté. Ma boîte e-mail déborde d'adresses (je ne l'ai pas gérée du tout, elle contient pêle mêle un nombre invraisemblable de contacts, certains prestigieux : journalistes de télérama, personnalités du monde culturel, écrivains..., d'autres plus amicaux, d'autres totalement obsolètes ou qui n'éveillent plus rien chez moi). Je vais utiliser ce moyen-là pour annoncer la parution. Mais que puis-je faire d'autre ?

je suis si novice, je ne sais ce qu'il convient de faire, ou non. Tenez, un exemple d'atermoiement. A un moment, j'ai échangé quelques mails avec quelqu'un comme Gilles Cohen-Solal, qui est éditeur. J'ai son e-mail dans ma boîte. Est-ce que "cela se fait", d'envoyer à quelqu'un comme ça la pub pour un livre comme le mien ?

Est-ce que je ne vais pas être associée à ces "spams", qui proposent du viagra et de fabuleuses affaires financières ? est-ce que je ne vais pas êtres considérée comme gênante, comme ces publicités qui encombrent les boîtes à lettres, et totalement à côté de la plaque ?

SCRUPULES, DOUTES, ATERMOIEMENTS :

Et puis il y a mon blog... Je dispose là aussi, via les adresses e-mails jointes aux commentaires, d'un répertoire assez impressionnant (au moins pour moi). IL n'y a aucune honte à parler de mon livre, à proposer de le vendre. Mais cela me fait si drôle, j'ai le rouge aux joues.

Bien sûr, je crois pouvoir compter sur quelques uns pour battre le tam-tam à ma place. Ma grande soeur, ainsi, d'ores et déjà... en prend VINGT DEUX ! ah là là !!

Il faut dire que  je peux acheter un certain nombre d'exemplaires "en mon nom", et les expédier moi-même, avec dédicace. Je vais faire ainsi pour ma famille, et pour ceux qui, me connaissant assez, m'en feront la demande. (d'ailleurs, s'il y en a parmi vous, merci de se faire connaître sur le mail suivant : mariedebeaubec@aol.com, en joignant vos coordonnées).

N'empêche que c'est le grand brouillard. Vais-je en vendre, et combien ? Est-ce que cela va éveiller un peu de curiosité ? Les trolls (qui ont déjà commencé) vont-ils faire tout leur possible pour m'humilier, à cette occasion ?

Bon, mettons de côté les doutes, les atermoiements. Après tout, il y a seulement 8 ans, je me promenais sous les peupliers, en pensant au bonheur immense qui consisterait à capter l'attention d'UN SEUL lecteur...

ESPOIRS FOUS

Bien entendu, il y a aussi cette petite voix, qui est en chacun de nous comme une petite sonnerie de trompette, et qu'il est bien difficile de faire taire : l'espoir... Mon livre carbure du tonnerre, il est "remarqué", un "vrai" éditeur renifle là-dessous une affaire, et me contacte...

Mais tout de suite, je me refroidis ! Je me méfie de moi, et de ma tête rêveuse. Adolescente, je rêvais d'être un jour attendue à la sortie du lycée par un garçon en moto, qui m'enlèverait devant mes camarades et serait beau comme Bob Dylan.

Je suis toujours rentrée à pied.

S'il m'arrive la même chose aujourd'hui, tant pis ! Un beau rêve, c'est déjà ça...

MERCI A VOUS TOUS. CEUX QUI EVENTUELLEMENT VOUDRAIT UN ENVOI PAR MES SOINS DOIVENT ME LE DEMANDER (ou me le redemander) VIA MON E-MAIL.

Clopine, clopin, clopant.

http://www.ilv-edition.com/librairie/la_recherche_racontee_a_mes_potes.html

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10 octobre 2008

HORREUR (je tente de réparer en mettant cela sur le blog, là j'ai quand même trop honte)

BON, ben j'ai envoyé ça à "Bibiothèque pour tous", j'espère sincèrement qu'is vont le recevoir, je me sens un peu mal, là.

Bonjour à tous, excusez ce message mais vous allez tout de suite comprendre.


Ce matin, je décide de nettoyer ma boîte e-mail. Plus précisément de vider la corbeille du répertoire « messages supprimés ». Et là, que vois-je ? Non pas un mais deux mails que je croyais vous avoir envoyés me narguaient, narquois, de leurs petites adresses…

Mon sang n’a fait qu’un tour.

Ces deux messages vous remerciaient, le plus chaleureusement que je pouvais, d’avoir retenu une de mes  nouvelles comme une des dix finalistes du concours de nouvelles 2008. Le second tentait d’excuser mon absence à Nancy (trop loin de chez moi). Les deux ensemble insistaient sur mon plaisir, et vous en remerciaient.

Vous n’avez donc rien reçu de tout ça (à moins d’un miracle ?). Moi j’ai reçu un chèque de 50 euros, un magazine, bref, tout bien…

J’ai le rouge aux joues rien qu’à l’idée de l’image que vous vous faites de moi. Quelqu’un qui ne remercie même pas. Sachez que c’est donc fortuitement, à l’insu de mon plein gré, à cause de circonstances indépendants de ma volonté, à cause de cette c… de b…. de m…. de boite e-mail de mes deux (et comment ai-je pu taper sur la touche « supprimer » au lieu de la touche « envoi » ? ah, quel C … de B… de M… d’acte manqué réussi, oui !) que je ne vous ai pas exprimé ma profonde reconnaissance. J’imagine l’investissement, la patience du jury, le réseau entier des bibliothèques, enfin, bref, je m’aplatis à vos pieds en vous priant d’excuser l’impolitesse caractérisée mais non revendiquée, grands dieux, de

CLOPINE TROUILLEFOU 

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30 avril 2008

je vous dois un aveu

Bon, j'ai le choix. Soit je la joue classe, mystérieuse, réservée, et je déclare sobrement que l'écriture de "La recherche racontée" va, comme auparavant Blandine ou Amar, me demander plus de temps que prévu. Et que donc je n'aurais peut-être plus le loisir, pendant quelques jours, d'être aussi assidue ici, ni de répondre à vos pertinents commentaires mais bon, vous comprenez, l'Oeuvre avant tout...

Ca le fait, non ?

je pourrais dire aussi "bon, c'est pas le tout amis blogueurs, mais  j'ai la peinture de la salle de bains à refaire, alors comme c'est pas vous qui allez vous dévouer pour motiver Clopin (c'est le gros du boulot) ni  allez manier le pinceau (c'est le gros du rouleau) , je vais me faire rare par ici".

C'est un tantinet  moins classe, mais un peu vertueux quand même. La peinture, c'est âpre, c'est chiant, c'est technique. Bref, c'est du sérieux.

Evidemment, si je vous avoue : "oh là, camarades, je sais pas vous, mais moi le printemps ça me fait des frissons partout, et puis ce pont, oh  le joli petit pont, ça c'est du pont,  pon pon pon pon pon" vous allez commencer à entrapercevoir mon intention de glander sérieux...

Alors qu'en fait, ben la vérité, c'est tout ça à la fois...

( et ne vous en faites pas. J'ai tout dans la tête !)

à bientôt, à tout de suite. Je printanise et je reviens.

Clopine

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09 mars 2008

Vive la musique classique ! (ou comment ne pas être seule un dimanche matin)

Dans la série "truc et astuces", voici une recette pour réveiller une maison profondément endormie un dimanche matin.

Vous allez me dire : "mais quelle cruauté, quelle dictature, de vouloir réguler ainsi le (manque de) sommeil de ses proches ! Quel enfer cela doit-être, de vivre près de vous !"

Voire.

Est-ce ma faute, si, seule de ma demeure, je suis "du matin" ? J'ai bien pris le pli, vous savez, et vaque d'habitude, ne faisant pas plus de bruit qu'une souris ménagère, à mes occupations dominicales et ancillaires... Je ne peux même pas me plaindre d'une solitude de chien : celui-là est parfaitement réveillé, et m'accompagne fidèlement.... J'ai même vu, un jour, un salut collectif et animalier qui relevait directement de Versailles : il y avait là, autour de moi, postés sur le carrelage rouge de la cuisine et surveillant mes gestes, des fois que j'aille vers le Saint Graal, je veux dire la porte du frigo, quelques animaux. J'étais assise à la table, sirotant mon earl grey et ma solitude, puis me suis levée. Eh bien, je vous le jure, l'animalerie présente, à savoir le chien, le chat, et ceux du voisin, en tout 16 pattes, quatre têtes et huit oreilles, tous se sont levés au même moment, et, tout autour de moi, m'ont adressé une profonde révérence, effectuée dans les règles de l'art. Certes, on pouvait aussi interpréter leur geste comme étant un simple étirement des pattes avant, un discret signe pour souligner que, décidément, on était levés bien tôt pour un dimanche matin... Mais, au centre de cet abaissement simultané, je pouvais me croire Reine Soleil à son lever, parfaitement !

N'empêche que, une fois n'est pas coutume, j'avais envie ce dimanche-là de réveiller mon monde, et c'est là que j'ai trouvé LE truc infaillible, que je vous refile gratuitement.

Le Boléro de Ravel.

Il commence si doucement, n'est-ce pas, comme le halètement du chien dans son panier, et puis, inexorablement, il détruit le sommeil, lancinant, doucereux, martelé et invincible... Et à la fin, ah ! Comment prétendre encore être endormi, quand les coups de cymbale ont exactement le même effet qu'un bon jet d'eau froide, douchant le dormeur et l'emplissant d'énergie ! ?

Essayez, vous verrez, si vous n'êtes pas content du résultat, je vous autorise à écouter la cInquième de Beethoven à 23 h30, sisisi.

Clopine (cruelle, moi ? Allons, voyons, pédagogique, c'est tout...)

:>))


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11 février 2008

Où èbes-tu ?

La gloire, sur le ouèbe, ce n'est pas le nombre de visiteurs, ou le fait d'en sortir par la grande porte ("j'aime beaucoup  ce que vous faites, je voudrais travailler avec vous, voici un contrat, vous signez là"). Non. La gloire absolue, c'est d'être référencée.

Perso, mon rêve bleu c'est, plus précisément, d'être référencée sur le blog d'Assouline, "la République des Livres". Là, c'est carrément LA classe. le Goncourt des blogueurs. Que dis-je ? L'académie française. L'équivalent blogueur de la publication chez Gallimard.  Le haut du panier de crabes, si j'ose dire...:>))

Ils ne sont que 17 à avoir cet honneur, soit pour des sites perso non interactifs, soit pour de "vrais" blogs, avec possibilité de commenter. (dont une seule femme, bon,  prix nobel de littérature néanmoins : Jelinek). Sinon, entre Michel de Castillo, l'alter ego de l'hôte, Didier Jacob ou la quinzaine littéraire, allez vérifier les noms référencés :  que du beau linge. Des incongrus pourtant : que fiche là  Houellebecq, qu'Assouline ne peut décidément pas saquer ? C'est compensé par la présence d'un Mabanckou, histoire d'aider les jeunes, ou d'un JFK, érudit passionné et si bavard qu'il est souvent emporté par son sujet.

Une constatation cependant : Assouline ne remet jamais sa liste à jour, que les sites changent ou non, qu'ils ferment ou ressuscitent. Et ce sont tous des sites atypiques, ayant une relation particulière à l'écrit. Ne rentrant donc pas dans la définition habituelle du blog. En tout cas, les référencés d'Assouline ont tous un point commun : une célébrité (relative peut-être, mais néanmoins réelle, voir le délicieux Chevillard) déjà assise.

Ce ne peut donc être un but, mais une conséquence de la reconnaissance d'un travail, et mon propos est inepte. Donc, je mourrai très certainement avant de réaliser ce rêve bleu. Bah, rêver c'est déjà bien...

Notez que je mourrai aussi avant qu'une Sophie, la Soph' des toujours ouvrables, ne rajoute les clopineries à sa liste de liens. Mais là, je sais pourquoi. Je ne fais pas partie des "blogs de filles", et je ne sais pas dessiner les petits mickeys... Non, là c'est l'amertume qui me fait parle, of course. Je donnerai ma vie pour être adoptée par Soph', parce qu'elle me fait rire et est capable, d'un coup de crayon, d'exprimer plus que moi en vingt pages. Elle a tout d'une Brétécher, et il faut être aussi con qu'un éditeur de bd pour ne pas s'en rendre compte. Enfin. Je l'ai référencée, moi...

:<))

Clopine

Posté par ClopineT à 09:32 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [20] - Permalien [#]

05 février 2008

évidence hospitalière

Consultations ophtalmologiques.

Une grande pièce plongée dans une semi-obscurité,  une dizaine de  patients patients (minimum deux heures d'attente pour franchir la porte, et trois mois d'attente pour le rendez-vous),  une nuée de blouses blanches, des postes d'examen un peu partout, et ces charmants tableaux de lettres, qui donnent toujours un côté poétique à la médecine de l'oeil,  projetés directement sur les murs, en diapos lumineuses. 

La blouse blanche qui m'est dévolue contient une toute jeune femme charmante, mais diablement sérieuse, et nous sommes dans un petit coin retiré, bien à l'aise. Ce doit être sa jeunesse qui lui fait raffermir la voix, pendant qu'elle me demande de bien appuyer mon menton dans l'appareil ou de regarder en haut, puis en bas... Mais la voilà qui se trouble, et "va demander  un conseil" , m'informe-t-elle avant de me laisser là, l'oeil dégoulinant...

Visiblement, (si j'ose dire en pareille circonstance) pas à n'importe qui. La grande blouse blanche qui s'avance doit appartenir à un ponte, car notre coin tranquille devient la destination de silhouettes discrètes qui éprouvent le besoin urgent et soudain de s'y promener.

Autour du poste d'examen, nous sommes donc trois désormais, et comme d'habitude à l'hôpital,  le ponte ne s'adresse pas à moi, mais à la jeune interne, pour poser des questions auxquelles je pourrais parfaitement répondre, vu que je suis ici pour mes yeux, pas pour mes cordes vocales, et placée précisément sous son nez, n'est-ce pas. Mais c'est pourtant la jeune femme qui dira mon âge, ma profession, et répétera ce que je viens de lui dire. Manière de lui apprendre le métier ?

Le ponte a une manière de parler vite, à mi-voix, qui s'accorde bien avec l'obscurité et les silhouettes furtives dans nos dos. J'ai l'impression de ne pas être vraiment là,  tant je ne suis que l'objet de l'examen et de la conversation entre mes blouses.  Mais cette "elle" que j'entends flotter, c'est pourtant moi, et je me force à tendre l'oreille, pour tenter de comprendre de quoi il s'agit, parce que, précisément, ce dont il s'agit, ce sont MES yeux, quand même.

J'en ai soudain assez, qu'on parle de moi en ma présence, comme si je n'étais qu'un sac. Je pose une question à haute voix. J'ai l'impression d'avoir fait sursauter tout le monde, là-dedans...

Le ponte abandonne du coup la médiation de la jeune interne, et s'occupe de moi directement. L'interrogatoire est précis, à la limite du brutal, rapide, et c'est comme si j'entendais son cerveau cliqueter, et les engrenages se mettre en place. Je me rends compte que j'ai une absolue confiance dans cet homme. Je serais bien incapable de dire pourquoi. Cette autorité acceptée et affirmée ? La certitude que cet homme-là  prendra les décisions nécessaires, et avec le minimum de trémolos et de doutes ? Toujours est-il que, pendant le long examen minutieux qu'il me fait subir, sans aucun autre lien entre lui et moi que cette machine qui m'éblouit et le son de sa voix, sans que je distingue ni ses traits, ni ses mains, la conviction grandit que, s'il y a quelque chose à faire pour mes pauvres yeux, ce type-là le fera, et sans barguigner, n'est-ce pas; je lui pardonne du coup sa relative brutalité; nous sommes si nombreux dans la salle, et le temps lui est si évidemment compté !

Le verdict va tomber, et d'abord, avec des mots techniques, dans l'oreille de la jeune interne, qui tressaille un peu, on sent qu'elle voudrait prendre des notes, que cela va trop vite pour elle. Puis la grande blouse se retourne vers moi. J'ai les yeux encore pleins de produit, je dégouline,  et il est écrit que, décidément, je ne  distinguerai pas ses traits.

"Eh bien, Madame, nous allons faire ceci, et puis cela. Mais il va vous falloir de la patience, car nous allons procéder par tests, n'est-ce pas. En réalité, vous êtes un cas. Vous avez ce que nous appelons une pathologie déviante"

Ouh là là comme il y va. Une pathologie déviante ? Quelque chose comme.. une perversion, ou un truc un peu dingue, comme ça ?

"C'est à dire", m'explique patiemment  la grande blouse blanche,  dans une tentative pour me rassurer, "que vous êtes déviante par rapport à la norme, évidemment".

Je pense que j'avais compris. Ce type-là est en train de me dire que je ne suis pas comme tout le monde. Avais-je vraiment besoin de lui pour le savoir ? Pour dire la vérité, je ne suis pas étonnée du tout. Il me semble que je l'ai toujours su. Pourquoi mes yeux, seuls de tout le reste, n'en feraient-ils pas qu'à leur tête, hein ?

Il est content pour moi que je le prenne comme ça, et du coup, me regarde autrement, va jusqu'à s'intéresser à ce que je suis, quitte sa voix brusquée, s'attarde un peu...  Jusqu'à la jeune fille, qui se met à sourire, franchement. C'est moi qui me lèverai et mettrai fin à la consultation. Tant de patients l'attendent...

En fait, je suis assez contente de moi. Bon, mes pauvres yeux sont ce qu'ils sont, c'est entendu. Mais j'ai réussi à bousculer un peu les codes de l'évidence hospitalière. J'ai existé en tant qu'individu, et ce n'est pas une mince affaire, à l'hôpital.   

Un individu déviant, peut-être, mais présent, nom de Zeus. Et relativement irréductible, par toutatis.

Clopine

Posté par ClopineT à 10:25 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [3] - Permalien [#]
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