Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

30 avril 2008

je vous dois un aveu

Bon, j'ai le choix. Soit je la joue classe, mystérieuse, réservée, et je déclare sobrement que l'écriture de "La recherche racontée" va, comme auparavant Blandine ou Amar, me demander plus de temps que prévu. Et que donc je n'aurais peut-être plus le loisir, pendant quelques jours, d'être aussi assidue ici, ni de répondre à vos pertinents commentaires mais bon, vous comprenez, l'Oeuvre avant tout...

Ca le fait, non ?

je pourrais dire aussi "bon, c'est pas le tout amis blogueurs, mais  j'ai la peinture de la salle de bains à refaire, alors comme c'est pas vous qui allez vous dévouer pour motiver Clopin (c'est le gros du boulot) ni  allez manier le pinceau (c'est le gros du rouleau) , je vais me faire rare par ici".

C'est un tantinet  moins classe, mais un peu vertueux quand même. La peinture, c'est âpre, c'est chiant, c'est technique. Bref, c'est du sérieux.

Evidemment, si je vous avoue : "oh là, camarades, je sais pas vous, mais moi le printemps ça me fait des frissons partout, et puis ce pont, oh  le joli petit pont, ça c'est du pont,  pon pon pon pon pon" vous allez commencer à entrapercevoir mon intention de glander sérieux...

Alors qu'en fait, ben la vérité, c'est tout ça à la fois...

( et ne vous en faites pas. J'ai tout dans la tête !)

à bientôt, à tout de suite. Je printanise et je reviens.

Clopine

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09 mars 2008

Vive la musique classique ! (ou comment ne pas être seule un dimanche matin)


Dans la série "truc et astuces", voici une recette pour réveiller une maison profondément endormie un dimanche matin.

Vous allez me dire : "mais quelle cruauté, quelle dictature, de vouloir réguler ainsi le (manque de) sommeil de ses proches ! Quel enfer cela doit-être, de vivre près de vous !"

Voire.

Est-ce ma faute, si, seule de ma demeure, je suis "du matin" ? J'ai bien pris le pli, vous savez, et vaque d'habitude, ne faisant pas plus de bruit qu'une souris ménagère, à mes occupations dominicales et ancillaires... Je ne peux même pas me plaindre d'une solitude de chien : celui-là est parfaitement réveillé, et m'accompagne fidèlement.... J'ai même vu, un jour, un salut collectif et animalier qui relevait directement de Versailles : il y avait là, autour de moi, postés sur le carrelage rouge de la cuisine et surveillant mes gestes, des fois que j'aille vers le Saint Graal, je veux dire la porte du frigo, quelques animaux. J'étais assise à la table, sirotant mon earl grey et ma solitude, puis me suis levée. Eh bien, je vous le jure, l'animalerie présente, à savoir le chien, le chat, et ceux du voisin, en tout 16 pattes, quatre têtes et huit oreilles, tous se sont levés au même moment, et, tout autour de moi, m'ont adressé une profonde révérence, effectuée dans les règles de l'art. Certes, on pouvait aussi interpréter leur geste comme étant un simple étirement des pattes avant, un discret signe pour souligner que, décidément, on était levés bien tôt pour un dimanche matin... Mais, au centre de cet abaissement simultané, je pouvais me croire Reine Soleil à son lever, parfaitement !

N'empêche que, une fois n'est pas coutume, j'avais envie ce dimanche-là de réveiller mon monde, et c'est là que j'ai trouvé LE truc infaillible, que je vous refile gratuitement.

Le Boléro de Ravel.

Il commence si doucement, n'est-ce pas, comme le halètement du chien dans son panier, et puis, inexorablement, il détruit le sommeil, lancinant, doucereux, martelé et invincible... Et à la fin, ah ! Comment prétendre encore être endormi, quand les coups de cymbale ont exactement le même effet qu'un bon jet d'eau froide, douchant le dormeur et l'emplissant d'énergie ! ?

Essayez, vous verrez, si vous n'êtes pas content du résultat, je vous autorise à écouter la cInquième de Beethoven à 23 h30, sisisi.

Clopine (cruelle, moi ? Allons, voyons, pédagogique, c'est tout...)

:>))

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11 février 2008

Où èbes-tu ?

La gloire, sur le ouèbe, ce n'est pas le nombre de visiteurs, ou le fait d'en sortir par la grande porte ("j'aime beaucoup  ce que vous faites, je voudrais travailler avec vous, voici un contrat, vous signez là"). Non. La gloire absolue, c'est d'être référencée.

Perso, mon rêve bleu c'est, plus précisément, d'être référencée sur le blog d'Assouline, "la République des Livres". Là, c'est carrément LA classe. le Goncourt des blogueurs. Que dis-je ? L'académie française. L'équivalent blogueur de la publication chez Gallimard.  Le haut du panier de crabes, si j'ose dire...:>))

Ils ne sont que 17 à avoir cet honneur, soit pour des sites perso non interactifs, soit pour de "vrais" blogs, avec possibilité de commenter. (dont une seule femme, bon,  prix nobel de littérature néanmoins : Jelinek). Sinon, entre Michel de Castillo, l'alter ego de l'hôte, Didier Jacob ou la quinzaine littéraire, allez vérifier les noms référencés :  que du beau linge. Des incongrus pourtant : que fiche là  Houellebecq, qu'Assouline ne peut décidément pas saquer ? C'est compensé par la présence d'un Mabanckou, histoire d'aider les jeunes, ou d'un JFK, érudit passionné et si bavard qu'il est souvent emporté par son sujet.

Une constatation cependant : Assouline ne remet jamais sa liste à jour, que les sites changent ou non, qu'ils ferment ou ressuscitent. Et ce sont tous des sites atypiques, ayant une relation particulière à l'écrit. Ne rentrant donc pas dans la définition habituelle du blog. En tout cas, les référencés d'Assouline ont tous un point commun : une célébrité (relative peut-être, mais néanmoins réelle, voir le délicieux Chevillard) déjà assise.

Ce ne peut donc être un but, mais une conséquence de la reconnaissance d'un travail, et mon propos est inepte. Donc, je mourrai très certainement avant de réaliser ce rêve bleu. Bah, rêver c'est déjà bien...

Notez que je mourrai aussi avant qu'une Sophie, la Soph' des toujours ouvrables, ne rajoute les clopineries à sa liste de liens. Mais là, je sais pourquoi. Je ne fais pas partie des "blogs de filles", et je ne sais pas dessiner les petits mickeys... Non, là c'est l'amertume qui me fait parle, of course. Je donnerai ma vie pour être adoptée par Soph', parce qu'elle me fait rire et est capable, d'un coup de crayon, d'exprimer plus que moi en vingt pages. Elle a tout d'une Brétécher, et il faut être aussi con qu'un éditeur de bd pour ne pas s'en rendre compte. Enfin. Je l'ai référencée, moi...

:<))

Clopine

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05 février 2008

évidence hospitalière

Consultations ophtalmologiques.

Une grande pièce plongée dans une semi-obscurité,  une dizaine de  patients patients (minimum deux heures d'attente pour franchir la porte, et trois mois d'attente pour le rendez-vous),  une nuée de blouses blanches, des postes d'examen un peu partout, et ces charmants tableaux de lettres, qui donnent toujours un côté poétique à la médecine de l'oeil,  projetés directement sur les murs, en diapos lumineuses. 

La blouse blanche qui m'est dévolue contient une toute jeune femme charmante, mais diablement sérieuse, et nous sommes dans un petit coin retiré, bien à l'aise. Ce doit être sa jeunesse qui lui fait raffermir la voix, pendant qu'elle me demande de bien appuyer mon menton dans l'appareil ou de regarder en haut, puis en bas... Mais la voilà qui se trouble, et "va demander  un conseil" , m'informe-t-elle avant de me laisser là, l'oeil dégoulinant...

Visiblement, (si j'ose dire en pareille circonstance) pas à n'importe qui. La grande blouse blanche qui s'avance doit appartenir à un ponte, car notre coin tranquille devient la destination de silhouettes discrètes qui éprouvent le besoin urgent et soudain de s'y promener.

Autour du poste d'examen, nous sommes donc trois désormais, et comme d'habitude à l'hôpital,  le ponte ne s'adresse pas à moi, mais à la jeune interne, pour poser des questions auxquelles je pourrais parfaitement répondre, vu que je suis ici pour mes yeux, pas pour mes cordes vocales, et placée précisément sous son nez, n'est-ce pas. Mais c'est pourtant la jeune femme qui dira mon âge, ma profession, et répétera ce que je viens de lui dire. Manière de lui apprendre le métier ?

Le ponte a une manière de parler vite, à mi-voix, qui s'accorde bien avec l'obscurité et les silhouettes furtives dans nos dos. J'ai l'impression de ne pas être vraiment là,  tant je ne suis que l'objet de l'examen et de la conversation entre mes blouses.  Mais cette "elle" que j'entends flotter, c'est pourtant moi, et je me force à tendre l'oreille, pour tenter de comprendre de quoi il s'agit, parce que, précisément, ce dont il s'agit, ce sont MES yeux, quand même.

J'en ai soudain assez, qu'on parle de moi en ma présence, comme si je n'étais qu'un sac. Je pose une question à haute voix. J'ai l'impression d'avoir fait sursauter tout le monde, là-dedans...

Le ponte abandonne du coup la médiation de la jeune interne, et s'occupe de moi directement. L'interrogatoire est précis, à la limite du brutal, rapide, et c'est comme si j'entendais son cerveau cliqueter, et les engrenages se mettre en place. Je me rends compte que j'ai une absolue confiance dans cet homme. Je serais bien incapable de dire pourquoi. Cette autorité acceptée et affirmée ? La certitude que cet homme-là  prendra les décisions nécessaires, et avec le minimum de trémolos et de doutes ? Toujours est-il que, pendant le long examen minutieux qu'il me fait subir, sans aucun autre lien entre lui et moi que cette machine qui m'éblouit et le son de sa voix, sans que je distingue ni ses traits, ni ses mains, la conviction grandit que, s'il y a quelque chose à faire pour mes pauvres yeux, ce type-là le fera, et sans barguigner, n'est-ce pas; je lui pardonne du coup sa relative brutalité; nous sommes si nombreux dans la salle, et le temps lui est si évidemment compté !

Le verdict va tomber, et d'abord, avec des mots techniques, dans l'oreille de la jeune interne, qui tressaille un peu, on sent qu'elle voudrait prendre des notes, que cela va trop vite pour elle. Puis la grande blouse se retourne vers moi. J'ai les yeux encore pleins de produit, je dégouline,  et il est écrit que, décidément, je ne  distinguerai pas ses traits.

"Eh bien, Madame, nous allons faire ceci, et puis cela. Mais il va vous falloir de la patience, car nous allons procéder par tests, n'est-ce pas. En réalité, vous êtes un cas. Vous avez ce que nous appelons une pathologie déviante"

Ouh là là comme il y va. Une pathologie déviante ? Quelque chose comme.. une perversion, ou un truc un peu dingue, comme ça ?

"C'est à dire", m'explique patiemment  la grande blouse blanche,  dans une tentative pour me rassurer, "que vous êtes déviante par rapport à la norme, évidemment".

Je pense que j'avais compris. Ce type-là est en train de me dire que je ne suis pas comme tout le monde. Avais-je vraiment besoin de lui pour le savoir ? Pour dire la vérité, je ne suis pas étonnée du tout. Il me semble que je l'ai toujours su. Pourquoi mes yeux, seuls de tout le reste, n'en feraient-ils pas qu'à leur tête, hein ?

Il est content pour moi que je le prenne comme ça, et du coup, me regarde autrement, va jusqu'à s'intéresser à ce que je suis, quitte sa voix brusquée, s'attarde un peu...  Jusqu'à la jeune fille, qui se met à sourire, franchement. C'est moi qui me lèverai et mettrai fin à la consultation. Tant de patients l'attendent...

En fait, je suis assez contente de moi. Bon, mes pauvres yeux sont ce qu'ils sont, c'est entendu. Mais j'ai réussi à bousculer un peu les codes de l'évidence hospitalière. J'ai existé en tant qu'individu, et ce n'est pas une mince affaire, à l'hôpital.   

Un individu déviant, peut-être, mais présent, nom de Zeus. Et relativement irréductible, par toutatis.

Clopine

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03 février 2008

ERRATUM OUPS ET QUIPROQUO

Alors, voilà, une faute de frappe et je suis accusée de légèreté coupable, d'inconscience, d'ignorance de la valeur des choses et de contre-information...

Donc, reprenons :

le film de PHILIPPE HENRY "Paradis en Herbe" peut parfaitement s'obtenir en version DVD, sur demande. Il vous en coûtera.... euh...voir ci-dessous les explications du réalisateur.

Mais il est bien sûr préférable d'organiser une soirée débat avec sa présence plus celle d'un agriculteur (si l'on ne tombe pas en plein vêlage, comme jeudi dernier). Dans ce cas, compter de 300 à 500 euros de frais de déplacement, plus frais annexes -affiches, tracts, inivitations etc. : c'est donc une soirée à 1000 euros environ qu'il faut compter, subventionnable de tas de côtés différents, en plus.

Mea culpa.

voici les renseignements :

dossier de presse http://www.grainecentre.org/actufilmparadisenherbe.htm

Tarifs (fournis par Philippe Henry) : " - 1 séance publique avec présence de l'auteur et de l'éleveur:
- Ma prestation: 300 euros HT à TVA 5,5%. Ajouter les frais de déplacement à 0,3 euros/km. J'apporte tout le matériel de proj pour une salle de 300 places maxi. Présentation à partir de photos aériennes: 10 mn, projection 49 ou 52 mn, discussion.
- Droits Sacem de diffusion publique de la musique, à payer directement à la Sacem, pour toute séance publique autre que projection scolaire en lycée agricole, dispensée de droits Sacem (de mémoire: 23,85 euro par séance. Déclaration à faire 15 jours avant la séance, je serai là pour guider).
- L'éleveur ne demande rien d'autre que le remboursement de ses frais de déplacement. Nous avons l'habitude de voyager dans la même voiture pour limiter au mieux le coût des frais.
Je pourrai vous faire un devis quand tous les détails seront précisés.

Location du film pour une séance publique sans ma présence
- A partir d'un DVD: Achat d'un DVD à 22 euros + 100 euros par séance. Droits Sacem à payer directement à la Sacem après déclaration de chaque séance

Achat du film
- L'ordre de grandeur: 3000 euros, pour un usage public non commercial, sur un territoire donné et éventuellement une durée à préciser. A négocier suivant l'exploitation désirée."

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18 janvier 2008

On en a du mal...

Si tout va bien, je devrais finir ma nouvelle aujourd'hui. Mais pour la seconde fois, je me heurte à une difficulté. (enfin, vous me direz, si ce n'est qu'UNE difficulté, faut que je m'estime contente !), je veux dire une "nouvelle" difficulté : je suis en train de ramer entre ce qu'il faut "expliquer" pour que la nouvelle tienne debout, même s'il n'est pas question de réalisme  : je ne veux pas que le lecteur "sorte" de la lecture pour vérifier que tel truc  est vraisemblable et cohérent : expliciter, quoi, et  et c'est très chiant mais inévitable à faire. Et puis tout d'un coup c'est comme si les petits personnages créés se mettaient à se révolter, à me dire "bon on s'en fout que ton héroïne monte ou non un escalier, là, l'important bon sang c'est autre chose, arrête de pignoter comme ça", ils se mettent à avoir des exigences, me presser : et ils me flanquent des remords. J'en ai déjà abandonné tant, de mes héros de papier, dans des situations parfois si inconfortables !

J'essaie de finir aujourd'hui, et si j'y arrive, je m'accorde des loisirs ce week-end. Une sortie solitaire et rouennaise, je retournerai voir mon petit singe du Palais de Justice et irai au cinéma, na...

Clopine, allez, zou.

 

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13 janvier 2008

paraît qu'il ne faut pas le faire, mais je n'ai jamais suivi les bons conseils

Donc, voici le tout début de ma nouvelle nouvelle, je n'arrive à penser qu'à elle ce week-end :

"
Le mail était formel : il fallait que j’y aille, le plus vite possible. Ce n’était pas d’arriver ainsi, avec le cœur débraillé, auprès de la personne qui m’avait donné la vie, certes, mais qui s’était, aussitôt après, employée à me la pourrir, qui m’embêtait. Non, c’était les autres que j’aurais voulu éviter, ces frères que je ressentais si différents et qui à chaque fois me dévisageaient avec une fausse amabilité.

Néanmoins, il n’est pas d’exemple de civilisation sans rites funéraires : s’il fallait me rendre au chevet de ma mère, à son dernier souffle, je le ferais sans défaillir. Elle m’avait donné ce genre de courage, d’affronter de face, in fine, l’inéluctable. Je n’en tirais pas gloriole : après tout, nous partageons ce trait avec le rat commun.

Mais, j’eus beau faire, j’habitais trop loin. Malgré la valise bourrée à toute vitesse de vêtements inopportuns, le TGV et le taxi hélé aussitôt la sortie de la gare, je suis arrivée trop tard.

Ma mère était morte, quand j’ai sonné à la porte de la maison.

Je n’ai pas envie de me souvenir de la semaine passée là, à cette funèbre occasion. Comme d’habitude, j’étais, non pas maltraitée, mais différenciée, avec un régime particulier. Seule d’entre mes frères, je dormis sur place, occupant une chambre dans la maison de ma mère, plutôt qu’à l’hôtel où les autres se retrouvèrent tous. Seul d’entre tous, mon nom n’apparut pas sur le faire-part, une « regrettable erreur », m’apprit-on. Je n’y fis guère attention : personnellement, je ne le regrettais pas. .

Je dus insister pour avoir à payer ma quote-part de couronne.

Le rendez-vous chez le notaire était fixé la veille de mon départ. J’avais dû mal comprendre l’horaire, car j’y arrivais bonne dernière : toutes les chaises étaient prises, j’eus droit à une sorte de petit fauteuil crapaud qui semblait vissé dans un coin. Je pus ainsi me raccrocher aux accoudoirs, devant l’énoncé des dernières volontés de ma mère. Parce que derrière la vox basse du notaire, qui détaillait lentement le testament, j’entendais la sienne, claironnante, avec ce timbre si particulier, métallique et triomphant… Mes doigts s’en crispaient d’eux-mêmes.

Ma part était réduite, non à la portion congrue, mais à un dispositif financier qui effaçait ma présence physique. L’usine, les ateliers, tout allait en priorité à mes deux frères aînés, qui seuls pourraient en assurer la gestion, perpétuer l’activité qui avait nourri la famille, l’inscrire dans la durée. Les maisons, les appartements de rapport, revenaient à mon frère cadet. Ma part légale, du moins me le proposait-on ainsi, consisterait en un équivalent financier, fixé d’après des calculs savants mais, m’assurait-on, parfaitement équitables. Ainsi l’exposé, qui dura longtemps, pouvait être résumé. Je crois que je dis « oui », non pas tant pour abréger la séance, mais pour permettre à mes frères de ramener leurs têtes vers le bureau derrière lequel était assis le notaire, plutôt que de les maintenir tordues curieusement, vers la place que j’occupais au fond de la pièce.

Le notaire pris note de mon accord, et tout le monde se levait, dans ce brouhaha qui permet aux familles éplorées d’enfin tourner la page, de se remettre à vivre, quand un dernier détail requit notre attention. Mon accord avait une ultime conséquence : la remise entre mes mains d’un document, remis à cet effet par ma défunte mère. Le document était sous enveloppe. Les yeux de mes frères s’en détournèrent, dès qu’ils eurent constaté qu’ils ne pourraient rien en apercevoir, et que je ne semblais pas disposée à ouvrir le pli devant eux.

Nous nous dîmes au revoir sur le pas de porte du notaire, dans une sorte de cordialité forcée, de convenance admise par tous, et d’abord par moi. Je passais la nuit seule, dans la chambre qui appartenait désormais à mon frère cadet, et repris le train le lendemain. J’attendis de ne plus apercevoir, par la fenêtre, que des champs et des villages inconnus, pendant que le train acquérait sa vitesse de croisière, pour ouvrir l’enveloppe que ma mère m’avait destinée. "

Bon, ben y'a pu ka...écrire la suite

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05 janvier 2008

Guy Pépin et Gustave Louvet

Sur France Cul, ce matin, émission sur les noms de rue, par le précieux Jean-Noël (un vrai cadeau) Jeanneney - et me voici soupirant d'un regret ancien: je n'ai jamais été domiciliée, en effet, que dans des rues banales, aux noms peu évocateurs, attribués en souvenirs d'obscurs personnages, adjoints au Maires méritants ou vieux professeurs oubliés.

Tenez, même Google ignore absolument qui peut bien être, bon sang, Guy Pépin, natif de Bernay dans l'Eure et qui a loupé la gloire et la machine à vapeur à une voyelle près... Quant à Gustave, ah ! Mon courrier ne parlait ni d'Eiffel et encore moins de Courbet, mais d'un Louvet dont j'ignore les mérites : là encore, à une lettre près, j'aurais pu me raccrocher à quelque chose de consistant, genre Présidence de la République (quand cette fonction n'était pas encore toute soumise au clinquant people), mais... que pouic ! Deux rues pourtant, l'une à Sotteville-lès-Rouen, l'autre à Rouen même, glorifient, encore de nos jours, l'Illustre Inconnu.


Mais je dois l'avouer : j'aurais bien aimé connaitre, au cours de ma vie, des adresses plus brillantes. Pas d'erreur, hein : non pas pour désigner ainsi l'endroit (cher) dont le seul nom équivaut à un compte en banque bien garni. Neuilly m'indiffère, euphoniquement c'est nouille et basta. Mais tant qu'à faire qu'à payer une taxe d'habitation, pourquoi ne pas la motiver par la gloire d'un Pasteur, le mérite d'un Ambroise Croizat ou le souvenir républicain d'un Jean Jaurès ? Vous me direz qu'à ce train-là, on peut aussi avoir à s'acquitter d'un impôt en souvenir de Jean Lecanuet, et je ne parle même pas des innombrables rues du Général de Gaulle ! Mais je suis bonne fille, et aurait pu, sans broncher et quoiqu'athée, trouver du plaisir à une rue "de l'évêché", ou "du presbytère".

Tant il est vrai que les noms de rue peuvent déclencher la rêverie, et la divagation. Je suis assez douée pour ça, je crois : tenez, à Rouen, la proximité de la Place des Emmurées et de la rue des Martyrs de la Résistance (avant que je comprenne qu'il s'agissait là de la seconde guerre mondiale) m'a longtemps conduite à imaginer je ne sais quel couvent pris d'assaut, avec nonnettes à genoux devant des soldats brutaux, se débattant pour échapper aux viols ignominieux et recevant, pour prix de leur héroïque combat, une peine d'enfermement au fond d'un noir tombeau - j'avais un peu abusé du "Moine" de Lewis, je crois...


N'empêche que je n'ai jamais eu la chance d'habiter rue Apollinaire, snif, ni une de ces rues étroites, sombres, jaillies tout droit du moyen-âge - Rouen en a plusieurs, qui m'ont toujours donné envie, comme cette "Rue du Pont à Dame Renaude", boyau infâme mais quel titre hugolien !

Bah, je me rattrape avec mon trajet quotidien, qui fourmille de noms charmants... Mais ce sera pour une autre fois, promis.

Clopine


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19 décembre 2007

Soljenitsyne, Primo Levi, Hanna Arendt

J'ai lu et relu 'la journée d'Ivan Denissovitch", les thèses d'Hanna Arendt (notamment les notes prises à l'issue du procès Eichmann). Et voici que j'ai ouvert et fermé, hier au soir, "Si c'est un homme", de Primo Lévi;je croyais le connaître.  Mais voilà :je ne l'avais pas lu.

Oh, bien sûr, j'y ai retrouvé les mêmes détails que chez Soljé : les spéculations sur l'épaisseur de la soupe, par exemple. La survie dans la concentration de toutes les forces vitales sur l'immédiat. Le transport des tinettes. Le poids de la ration de pain...

Mais pourtant, il y a là autre chose, de bien plus terrible encore. Va-t-il me falloir, comme je l'ai fait à une époque avec "la Journée"... apprendre quasiment par coeur "Si c'est un homme", afin de permettre à ma raison de prendre le dessus ?

Il me semble ainsi déceler comme une contradiction entre les conclusions de 1976 de Primo Levi et les positions d'Arendt, sur le sujet du nazisme. L'un  avance  la spécificité de l'histoire allemande, comme explicaiton de l'adhésion d'un peuple à la folie de son dicateur.L'autre explique patiemment la banalité du mal, la revendique comme universellement humaine (un peu comme, en filigrane, Littell le proclame à travers les propos de Max Aue ).

Avant de commencer à réfléchir, il me faudra cependant faire taire les soubresauts de mon émotion, que les mots si simples, si "terre-à-terre" de Lévi ont déclenché. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Je regarde mon fils, et de tout coeur, je lui souhaite de ne jamais connaître cela. Et s'il faut commencer par une vigilance accrue, obstinée, quotidienne et méticuleuse, par la tenue d'un répertoire sur les dérives possibles des bons vieux racismes "à la papa" que notre pays connaît, j'en passerai par là, c'est sûr.

Clopine, secouée.

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13 décembre 2007

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la métaphore, sans jamais oser le demander

J'ai reçu un mail d' un correspondant (qui se reconnaîtra),  qui me demande des précisions sur l'usage de la  métaphore en général, et de la mienne en particulier.

Alors là....

Je tiens tout d'abord à souligner que ce correspondant ne me connaît ni d'Eve ni d'Adam. IL ignore donc ma date de naissance, ne cherche pas à fêter mon anniversaire, et n'a donc pas pour but de m'offrir  un cadeau.  Et pourtant, c'est tout comme.

J'adore ça. 

Ce n'est pas la peine de hausser les épaules. Je sais parfaitement que la métaphore est morte et enterrée, depuis le 18 novembre 1922, exactement. On l'a entendue soupirer "Marcel m'a tuer", et puis, plouf, plus rien.

Oh, son fantôme traîne bien encore un peu, mais il n'est plus  qu'une ombre .... Et  encore. Dans les années  60 et après , sous les coups de boutoir du nouveau roman, du structuralisme, de Marguerite Duras et d'Annie Ernaux, ce n'était plus qu'un pâle reflet anorexique qui traînait dans les couloirs de la littérature... Mais rien à voir avec "avant",  au temps de Marcel Proust. Car entre la métaphore et Marcel, c'était une vraie histoire d'amour. IL l'empoignait, en faisait littéralement ce qu'il voulait. Elle se pâmait telle une danseuse de tango, pliait,  se cambrait, pirouettait. Jouissait, en un mot,  par tous les bouts : sacré Marcel.

Comment voulez-vous passer après ?

Pourtant, quiconque veut écrire doit connaître les secrets et les ressorts de la métaphore. Sinon, à mon sens, autant peindre avec un bandeau sur les yeux ou diriger un orchestre avec des boules quiès aux oreilles. Ca peut toujours se concevoir, notez. Mais on ne m'ôtera pas l'idée que, même si  vous utilisez un scalpel pour couper le plus épais des mille-feuilles, même si vous êtes au plus près de l'émotion avec un sujet, un verbe et un complément, vous devez possédez le goût et le savoir-faire métaphorique, quitte à le dédaigner, à le laisser superbement choir. Vous ne pouvez écrire que si vous prenez, d'abord,  plaisir à lire. Et supprimez la métaphore, vous supprimez 99 % de la littérature. De l'oeil unique de Polyphème au Plat à Barbe de l'Homme de la Manche, de la pomme du Jardin d'Eden à la Madeleine de Tante Léonie, l'écriture est métaphore, ou n'est pas...

Ce qui pourrait vous effrayer, mais non, voyons. Il en est de la métaphore comme d'une équation au second degré : elle possède des joies intimes, de la musicalité dans sa résolution, de la jouissance en un mot. Surtout que la liberté est de mise ! Vous pouvez surjouer de la métaphore (métaphorer une métaphore déjà existante, ben tiens, on va pas s'en priver, le meilleur fromage au monde s'appelle bien le "double crème" !), vous ne risquez rien : souvenez-vous que Marcel est déjà passé par là. Vous avez les pleins pouvoirs...

Allons, jouons un peu, voulez-vous, pour illustrer mon propos, et répondre à l'interrogation. 

Vous voulez raconter votre rencontre avec une personne à la voix forte, qui vous a fait sursauter dans le couloir du métro (par exemple). Comme vous aimez les mots, vous avez lu pas mal d'ouvrages. Les expressions "voix de stentor", ou "voix martiale", vous trottent dans la tête, et vous vous demandez "mais qu'écrirait Clopine ?" (ahhh, quel délicieux petit frisson de plaisir dans l'échine, à ces mots... Freddydi, vous êtes décidément un amour !)

Eh bien je tournerai autour de cette expression "voix martiale", un peu comme un chat autour d'un bol de lait chaud. J'attendrai que ça refroidisse un peu, j'irai voir à droite à gauche... "Martiale" : cela fait référence au Dieu Mars, à la Guerre.... Quels étaient les attributs du Dieu Mars ? La lance, le bouclier, le casque... On voit rutiler l'acier, se cuivrer les parures...

Je peux aussi me laisser aller à divaguer sur le mois de mars, n'est-ce pas. Le vent qui saute, affolé, les giboulés, l'imprévisible souffle des nuages... On sent que ça vient, que mars a beau sursauter, il ne pourra bientôt rien contre l'afflux de sève..

La voix, je pourrai faire un jeu de mots, bien sûr, et suivre la mienne. Mais il me faudrait surtout écouter, écouter les mots de cette voix. Sont-ils articulés, ou bien, sous le coup de la colère guerrière, s'apparentent-ils aux cris ?

Est-ce que je souhaite que le lecteur sursaute, comme un être assailli par un Dieu guerrier, imprévisible comme un vent froid, incompréhensible comme un arrêt du destin ?

Ma voix martiale, si je ne veux pas employer cette expression bateau, je peux donc, à minimum de frais et d'effort, la métaphorer d'adjectifs guerriers. Je peux parler ainsi :

"... Et, dans le couloir sombre au bout duquel attendait, haletante, la sombre bête qui avait le pouvoir de m'emporter vers l'ombre lumineuse et verdoyante de la femme espérée, il me fallut, comme un guerrier payant un tribut au vainqueur, me heurter d'abord  à la voix cuivrée, métallique, criarde et étouffée de Charlie, qui m'empoignait de ses imprécations "

ce qui, vous l'avouerez,  a définitivement une autre gueule que de parler de la "voix martiale de votre pote Charlot résonnant dans le couloir de la ligne 13"...

Bon demain, un nouvel exercice, si vous le voulez bien. La métaphore chez  Nothomb (ou comment mettre le lecteur dans sa poche en se fichant gentiment du monde).

Pour ce soir, vous me réécrirez la dernière déclaration de Nicolas Sarkozy, uniquement en métaphores proustiennes....

Allez, zou.

:>))

Clopine, (aurais-je abusé de pastis, et de mélanges ?)

Posté par ClopineT à 17:48 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [1] - Permalien [#]
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