20 janvier 2009
Un voyage blogosphérique : larguez les amarres et les aphorismes !
Voilà une aventure qui est issue de tout ce que j'aime dans internet : une sorte d'invitation à un voyage aphoristique, imaginé par un fondu des mots comme on en croise par ici, en guise de soubresaut à la lecture d'un Eric Chevillard, à la suite d'une rencontre cliquesque autant que bloguesque... Me voici bien mystérieuse, n'est-ce pas ?
bon je vous explique tout.
Franck Garot dont le blog "autour de minuit", au titre tellement theloniusien, cause littérature, est, tout comme moi, à la fois fasciné et intrigué par notre Eric National. Avec un autre garnement de son espèce, Xavier Garnerin qui défend "la littérature du vide" (grands dieux !), Franck a concocté un site autour d'Eric Chevillard. Plus précisément, autour d'un aphorisme d'Eric Chevillard, celui qui a inaguré le blog de l'"autofictif" (le livre paraît aujourd'hui en librairie, ahaha.)
Comme je me suis pas mal grattée la tête autour de l'alchimie chevillardesque, Franck m'a contactée pour participer, un peu en avant-première, histoire de tester quoi, à l'aventure. Il s'agit de rebondir sur l'aphorisme d'Eric Chevillard, de lui emboîter le pas en se jetant à l'eau soi-même. (ceci est une image, évidemment, inutile de savoir nager...)
Bref, il faut PARTICIPER !!! A savoir proposer un petit aphorisme à la manière d'Eric Chevillard, ou à votre propre manière, peu importe, mais qui contienne une référence au nombre mystérieux quoique non premier : le 807...
Je n'en dirai pas plus. Mais, pour les alléchés, voici le lien de l'aventure :
Et... un conseil : soyez-en !
Clopine
16 janvier 2009
Chic ! Une disputatio !!!
"Vous racontez absolument n'importe quoi madame. Appeau vert n'a rien d'un site écologiste. Quant à l'humour, il est vrai qu'on n'est pas chez gros sabots et vieilles ficelles. Rendez-vous seulement sur le site de françois matton.
Bâclé et mal torché : vous faites vraiment du sale boulot madame."
ALORS DEUX CHOSES AVANT TOUT : STAN, vous avez parfaitement raison. J'ai confondu le site "appeau vert" et le site " WILD PROJECT", qui n'ont effectivement rien en commun, à part être tous deux référencés par Eric Chevillard. Je meaculpe un maximum, mais si je me suis trompée, ce sont dans les notes hâtives prises à la lecture de ces sites et blogs. Une flèche mal placée, un mot "vert" un peu chargé de connotations, et voilà une erreur. Dont je suis désolée, que ceci soit bien dit et compris.
CEPENDANT, vous auriez pu me le dire gentiment, et d'une, et d'autre part, vous relevez cette unique erreur pour conclure, sans donner plus de précisions, que mon message est "bâclé et mal torché". Bon, il vous faudra aller un peu plus loin dans l'analyse et les arguments, citations ou autres, pour me convaincre, et par ailleurs, je vous préviens tout de suite que j'EXIGE, ben ouais jeune homme, j'EXIGE ici de la courtoisie, sinon, je sabre.
Tenez-vous le pour dit, jeune ami de François MATTON qui a effectivement un très beau site et du talent, ce qui, en plus, ne contredit en rien mon analyse d'hier sur l'univers générationnel de Chevillard. Votre réaction outrée et outragée est ainsi parfaitement déplacée ! Si vous aviez su lire, vous auriez constaté que mon "sale boulot" est plutôt élogieux envers cet univers, au grand dam de certains de mes visiteurs, comme GINA ou PAUL EDEL. Je m'en vais d'ailleurs, avec gourmandise, mener une "DISPUTATIO" avec eux à ce sujet.
Mais donc, avant de venir m'insulter Monsieur STAN, sur UNE seule faute, apprenez la politesse envers vos aînés (je ne doute pas de votre jeunesse, votre message sent le SMS à plein nez et vous ne mettez pas de majuscules aux noms propres...)
donc, je reprends : chic ! Une disputatio !!!
(disputatio :
A l'origine, la disputatio consistait en une discussion organisée selon un schéma dialectique sous la forme d'un débat oral entre plusieurs interlocuteurs, en général devant un auditoire et parfois en public. Le jour où une disputatio devait se tenir, les cours étaient suspendus. Les bacheliers de la faculté ainsi que les étudiants du maître devaient y assister.
selon Wikipédia).
Parce que, Gina et Paul Edel, vous exagérez. Et je crois (c'est ce dont je voudrais débattre avec vous) qu'il s'agit là encore d'une question de génération. Bon, Paul Edel, l'univers qui disons minimaliste (*) d'un Eric Chevillard peut vous laisser froid, son humour très particulier vous agacer même, quant à sa manière de se choisir des têtes de turc comme le pauvre Nisard ou Alexandre Jardin, je conçois qu'elle puisse faire hausser les épaules. Mais je crois que, derrière vos dénégations (on sent que les noms de Michaux, Beckett ou Sterne vous énervent à propos d'Eric Chevillard), un autre enjeu se dessine...
Tenez, en un mot. Prenez l'aphorisme d'hier, sur le site l'autofictif :
"Qui n’a point pressé entre ses doigts puis tété un tube de lait concentré à la saveur douceâtre et sucraillée, la nuit, dans le dortoir d’une institution religieuse, ne saura jamais ce que c’est que presser entre ses doigts puis téter un tube de lait concentré à la saveur douceâtre et sucraillée, la nuit, dans le dortoir d’une institution religieuse."
Bon, c'est un gag allez-vous me dire, en souriant j'espère. Certes, c'est une plaisanterie... Mais cette phrase vise aussi, enfin il me semble, tout une partie de la littérature moderne, ayant immédiatement précédé la génération Chevillard, et dont (pas taper, Paul, pas taper !) Le Clézio ou Modiano ne sont pas si loin. Même vous, Paul Edel, certains souvenirs d'enfance mis en ligne chez Assouline ne sont pas si loin de ce qui est gentiment moqué ici... Je ne veux pas dire que Chevillard "part en guerre" contre les générations qui l'ont précédé. Nous ne sommes pas dans une querelle des anciens et des modernes, ici. Je veux dire que derrière la forme courte, l'aphorisme, la phrase "décalée" et subtile, l'humour souriant, il y a une posture que nous (voyez, je me range à vos côtés), nous ne pouvons adopter vis-à-vis de l'écriture. Une distance ironique de ceux qui n'ont jamais, précisément, connu les "dortoirs des institutions religieuses", mai 68 ayant balayé cela (à part quelques exceptions du côté de Saint Nicolas du Chardonneret, bien sûr). Une réfutation qui repousse une certaine forme de littérature, la nôtre, quoi, celle de notre temps. En fait, tout simplement, la roue tourne.
(*) : ainsi, la forme "courte" utilisée par Chevillard, la "concision" qu'on rencontre sur les blogs référencés par lui, cette sobriété que je soulignais hier, n'ont sans doute pour fonction que de maîtriser l'ego. Et voilà comment une écriture absolument nombrilique (Chevillard nous parle de sa fille, et puise résolument ses sujets dans les menues péripéties de sa vie quotidienne) est bridée par la règle absolue de la concision. Paul, vous êtes un écrivain absolument formidable, et je suis à genoux devant vous. Mais ne croyez-vous pas qu'il y ait de la place POUR TOUS, pour les Eric Chevillard et pour les Paul Edel ? Votre courroux d'hier (je vous voyais vous étrangler d'indignation) ne provient-il pas de ce sentiment de roue qui tourne, tout simplement ?
(**) : on peut aussi associer cette sobriété, cette concision, ces formes éphémères (blogs, croquis) à l'utilisation du net, bien sûr. Les lectures sont devenues de plus en plus rapides, de plus en plus en diagonales. Une écriture ramassée à l'extrême et donnée d'un coup, comme une pierre qu'on jette et dont on se détourne tout aussitôt, ne serait en ce cas qu'une conséquence de ce "nouvel ordre de l'écriture" ? Bon, le fait que Chevillard continue à publier des livres papiers contredit quelque peu cette hypothèse...
(***) : bon sang, si j'étais journaliste et obtenait une interview d'icelui, j'en aurai, des questions à poser à Eric Chevillard ! Ah, tiens, une idée germe, là...
Paul Edel et Gina, DONC, vous avez tort. (en dehors de toute coquetterie, hein, à propos des compliments à moi prodigués !!! ). Parce que, définitivement, je crois qu'un Eric Chevillard, l'exemple donné ci-dessus avec son aphorisme d'hier le prouve amplement, peut faire sans effort aucun de la "Clopine Trouillefou", ou quelques autres écritures contemporaines. Tandis que je ne SAIS PAS faire du Chevillard...
J'en ai rêvé cette nuit. Non du type en lui-même, mais de ses phrases. J'étais dans une sorte de café, je devais écrire un aphorisme à la manière de...Je reprenais une image que j'aime bien, fomentée il y a quelque temps déjà : une escrimeuse, dans son costume blanc, baisse lentement son masque et se met en position. Elle lève son bras comme un scorpion lève la queue, en une posture d'avertissement mortel. Dans mon rêve, je n'arrivais pas à finir mon aphorisme. Je disais piteusement : "son adversaire étant du signe, lui, du taureau, il ne tint aucun cas de ce venenum in cauda"; Et j'étais huée par les attablés du café, qui se levaient et me contournaient dédaigneusement; Heureusement, je me suis réveillée à ce moment-là, et le ciel était rose.
Clopine
ah oui, Mix la malice, mon "tic" d'écriture, dites-vous ? Hélas ! Si je n'en avais qu'un ! néanmoins, précisez-le moi, que je m'en corrige : je vous en serais infiniment reconnaissante
et au fait, Sapience Malivole, vous avez raison sur "classieux" : c'est une tournure familière, me dit le dictionnaire, pour affirmer l'élégance et la classe de quelqu'un. Et si je l'ai utilisé, c'est pour introduire, derrière la sincère admiration que j'ai pour Chevillard, le tout petit doute que la visite des ses liens a introduit en moi. A savoir que le sérieux de ces jeunes gens confine parfois à une légère prétention. Ou, pour parler net, certains d'entre eux auraient peut-être tendance à "se la péter un peu", comme dirait Clopinou. A tort ou à raison (et la réaction outrée d'un STAN ne me dément pas, je trouve). Mais il s'agit peut-être aussi, de la posture de jeunes gens point trop sûrs d'eux au fond, et qui en "rajoutent" dans la fausse assurance ?
15 janvier 2009
les résultats ! Dis-moi qui tu fréquentes...
Tout de suite, des faits, des faits bruts, n'est-ce pas, incontestables, solides comme le roc et inamovibles.
UN : Eric Chevillard est aussi négligent que les autres. Les mises à jour de ses liens sont aussi bien tenues que le contenu du frigo, quand c'est Clopin qui fait les courses. C'est dire. Vous avez là des sites ouvert fin juin 2007, fermés début juillet de la même année, (ah ! les vacances !), jamais repris et pourtant toujours indiqués et mis en ligne. Vous avez aussi la relation de telle ou telle manifestation, concert, performance, lecture publique, repas chez le cousin (non, j'exagère) qui nous font une belle jambe, vu que ça fait huit mois que c'est passé et que, de toute manière, on n'en a jamais rien su. Si jamais Eric C. tombe donc sur mon étude de troisième cycle concernant son site internet, qu'il rougisse, et file remettre un peu les pendules bloguesques à l'heure. Et l'argument comme quoi tous, du plus prestigieux façon Assouline ou du plus obscur façon Clopine, nous agissons de même, n'est pas recevable. Parce que Chevillard est bien plus jeune que les sus-dits, lui. Il est né avec un biberon d'internet dans la bouche. Pas d'excuse du genre "je ne sais même pas ce que c'est qu'un flux RSS", dans ces conditions...
DEUX : Madame Chevillard n'a aucun souci à se faire. Y'a que des mecs autour d'Eric. Cherchez, vous verrez. Sauf une, évidemment, mais ce n'est pas une fille, c'est une écrivaine, nuance. Et pas n'importe qui : Chloé Delaume. LA Chloé Delaume ? LA Chloé Delaume. Bon, son blog est... n'est pas... Enfin, le blog mis en lien ressemble, stricto sensu, à une sorte de gros agenda professionnel, dont le propriétaire parlerait beaucoup de ses ennuis quotidiens. Le vrai travail littéraire est ailleurs, sans aucun doute. Mais cela nous met déjà sur une piste...
TROIS : qui nous mène tout aussitôt à cette découverte étonnante. Eric CHEVILLARD est un écrivain générationnel !!! Je l'imaginais solitaire, unique, extra-ordinaire. En fait, il fait partie d'une sorte de bande, qui partage tout un tas de points communs (internet est le premier d'entre eux) et aussi, visiblement, de centres d'intérêt. Ce n'est pas parce que nous (enfin, moi) ne connaissons ni d'Eve ni d'Adam les noms indiqués sur les pancartes plantées chez Chevillard qu'ils n'existent pas fortement... Allez, je vous mâche le boulot. Lutz Bassman, Didier DA, Jean-François Paillard, François Monti, J. Bailey, un certain "Berlol"... Je reconnais ne point les connaître, certes, MAIS... pas recoupement et entrecroisement, tous ces noms coexistent avec ceux, déjà cités hier, de François BON ou Léo SCHEER, que les uns et les autres référencent à leur tour, à qui mieux mieux, sur leurs sites ou blogs. On en retire l'impression d'une sorte de nébuleuse, aux contours flous certes et à la destinée bien imprévisible, mais du coup voici notre Eric Chevillard amarré au même quai que tous ces bateaux en partance.
Le fait est qu'il est sans doute le plus "célèbre" de la bande, celui qui éveille le plus d'intérêt de tant d'horizons divers (puisque le voilà arrivé, par exemple, au fin fond de la campagne brayonne). Mais incontestablement, il y a là comme une "famille" littéraire et artistique, aux traits déjà démêlables. Le premier de ces traits étant donc l'âge. François Bon fait figure de doyen. Pourtant, ces jeunes hommes ne sont plus des jeunes gens. Je les situerais dans les 35-40-45 au maximum. Une génération montante, quoi. Mais la question demeure : montante vers quoi, exactement ?
QUATRE : Comme je l'ai déjà dit hier, et ce qui explique les références continues à François BON, tous ces jeunes gens (j'incorpore Delaume dedans, hein), ont l'azerty dans les pattes. Dans les papattes et dans les pâtes (de tube de peinture par exemple). A eux le graphisme internet, les infinies combinaisons entre le son, l'image, le texte... On les sent à la fois, tous autant qu'ils sont, parfaitement au fait de la technique, vivant avec, et en même temps décalés et distancés. Bon, Chevillard n'accepte pas les comm", par exemple, mais ses commensaux partagent tous une sorte de "concision" qui les place à part dans l'époque. Je veux dire, précisément, que les blogs et sites référencés chez Chevillard ont quelques traits communs remarquables (à part une ou deux exceptions) : une attirance vers la sobriété. Point de délires de blog surchargé, avec petites animations dans tous les coins et invite à cliquer ici ou là. Généralement, du blanc, du texte, et quelques croquis. Une ou deux photos illustrant les propos clairement exprimés, et basta.
CINQ . Ils partagent tous, me semble-t-il, un parti pris revendiqué de "contrepied". L'un des blogs est ainsi absolument illisible : il est entièrement crayonné, façon graffiti dans les ouatères ou cahier de maths dans un cours où l'on s'ennuie, et les onglets sont volontairement bavants, mal fichus, désinvoltes. C'est un des blogs les plus intéressants graphiquement, en plus (zut, j'ai pas noté le nom, va falloir que j'y retourne, oh, et puis, vous avez qu'à y aller vous-mêmes, na). Rien qu'en l'ouvrant, et par la simple force du contraste, il envoie se rhabiller tous ces blogs bavards et surchargés qu'on trouve d'habitude... Ces jeunes gens privilégient ainsi la simplicité de l'habillage, le fin croquis et la concision au roccoco habituel des blogs (parfois, on a l'impression que les propriétaires actuels sont atteints de la même maladie que James Stewart dans Vertigo, et que c'est cette peur du vide de leur propos qui leur fait surcharger leurs blogs de dessins trop bavards et de montages photo, audio, etc. Une chose sûre : Chevillard et cie ne chavirent pas comme ça ! ). S'il y a donc un style ou un parti pris dans le petit groupe autour de Chevillard, ce sera donc, évidemment, celui de la simplicité. de la ligne claire...
j'y ai vu, parce que je suis incorrigible, comme une réaction de ces aimables jeunes gens contre la génération immédiatement précédente, ces "soixante-huitards" qui furent leur parents. Comme un rejet définitif des papiers peints psychédéliques, à grosses fleurs tremblantes, qui ont tant marqué l'esthétique de la fin du vingtième (et que la pub contemporaine, au passage, n'en finit pas de récupérer). Deux heures chez les amis d'Eric, et une impression presque "japonaise" à la sortie...
CINQ; Vous avez dit "génération" ? Ces jeunes écrivains, artistes, etc, ont tous le pied levé et font le tour de la planète en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. En fait, ils ne voyagent plus, se déplaçant bien trop vite pour cela. Remarquable ubiquité, et empreintes écologiques désastreuses, of course. Mais Eric Chevillard, au moins (je ne sais pas pour ses amis artistes) possède une conscience écologique certaine; Pas moins de deux blogs (dont l'un "appeau vert" je crois, semble solide) consacrés à la défense de la planète. j'ai bien dit "planète", hein. La conscience de Chevillard en matière d'environnement est planètaire. Encore une fois, un trait générationnel à mon avis. M'enfin c'est tout à son honneur, et du coup, je le sens un tout petit peu plus proche de moi, malgré les différences. Bon, je ne le crois pas un instant prêt à inscrire ces préoccupations dans un ancrage quotidien. Pas le genre à aller traire des chèvres, quoi. Mais c''est cependant un habitant du monde, visiblement. Alors, la déplorable empreinte écologique n'est que paradoxale, à mon sens...
SIX : si vous avez lu ce qui précède, vous savez donc que Chevillard et Cie sont plutôt discrets et concis. Je ne sais si c'est, là encore, une question d'âge, mais ils sont remarquablement muets sur leurs influences, leurs parcours de formation ou leurs goûts. peut-être sont-ils tous trop happés par l'intérêt de leurs créations contemporaines pour avoir le loisir de remercier leurs "fournisseurs", indiquer qui, dans la génération précédente, les a marqués ? En tout cas, ce sont quasiment tous des créatifs. Fort sérieux...
SEPT ET FIN : c'est là le seul reproche que je ferai aux blogs indiqués par Eric Chevillard. Le sérieux, bon sang. Ces jeunes gens rigoleraient-ils en se brûlant seulement ? Chevillard, qui à mon avis est absolument impayable, c'est vrai un peu comme un Beckett mais aussi par certains côtés comme un Kafka, détonne un peu parmi ses camarades. On les sent, comment dire ? On les sent se dégageant d'une gangue, quoi. S'auto-définissant. Repoussant, méfiants, les distractions du siècle. Oh, je dis "sérieux", mais c'est peut-être juste de la timidité...
parce qu'enfin, les liens d'Eric Chevillard sont quand même très intéressants et très particuliers. ON sent qu'il y a là comme une pépinière d'intellectuels par la formation, et de créateurs par goût. Combien d'entre eux laisseront-ils leur empreinte ? Je ne sais pas. Mais j'ai eu l'impression bizarre de voir une sorte, comment dire ? Une sorte d'"école", en plein dans la tradition française, quoi, une sorte d'école mise en place. les travaux sont en cours, donc le public n'est pas encore trop invité à entrer. Mais on sent déjà comme un frémissement d'intérêt. Et puis ils arrivent tous à un tournant, la prime jeunesse derrière, la vie d'adulte, avec bébés et liens plus étroits à l'appui arrivant et s'installant... N'empêche que, timides, discrets, classieux et réfléchis, les amis d'Eric Chevillard disent tous quelque chose de lui...
Clopine
14 janvier 2009
Sonder Chevillard au plus profond ?
J'ai décidé d'approfondir Chevillard, pour me débarrasser de l'insistante fascination que son écriture exerce sur moi. Oh, je sais pourquoi je suis ainsi attirée, n'est-ce pas. Eric Chevillard fait partie de ces très rares écrivains dont je ne sais JAMAIS comment les phrases vont se terminer. (voire comment elles vont commencer !) ce qui est plutôt rare ! Par exemple (au hasard), je sais toujours parfaitement comment MES phrases vont se terminer. Je m'ennuie presque en les commençant, tant je suis prévisible et attendue.
Chevillard, par contre...
J'ai entendu citer "Michaux" à son sujet. Je ne connais pas Michaux, n'ai jamais osé le lire, comme étant quelqu'un hors de ma portée, quoi. Michaux est associé à tous mes échecs de lecture "savante". Peut-être ai-je tort, à voir le délicieux plaisir que je prends à lire les petits aphorisme acides et doux, profonds et aigrelets d'Eric C.
Bref, j'ai décidé de prendre le taureau par les cornes et Chevillard par tous les bouts possibles. Après avoir avalé "démolir Nisard" et "mourir m'enrhume", je vais tous les jours sur son blog. Toujours enchantée, notez, mais encore infoutue de savoir "comment c'est fait". Cela m'intrigue et m'irrite. Je vois bien le rapprochement de zones hétérogènes, d'où surgit l'idée... Le côté profondément graphique de cette écriture. Je veux dire que Chevillard associe généralement une notation visuelle, graphique, pictorale, (ça existe, ça, pictorale ? PictUrale !!! ) à un registre radicalement différent. La rencontre, sur une table d'opération, entre une machine à coudre et un parapluie ? Non, c'est encore autre chose, je n'ai pas trouvé quoi. C'est justement pourquoi je veux creuser, d'abord. Peut-être est-ce foutu, en fait, comme la musique chez Bach : avec trois plans, trois lignes de mire qui s'entrecroisent ?
A force de scruter, les yeux s'embrouillent, et je me suis donc dit : "et si tu commençais par le commencement ?" Pour comprendre quelqu'un, voir qui il fréquente, ben tiens ! C'était si simple que je m'en suis voulue de n'y avoir pas pensé plus tôt .
J'ai donc consciencieusement ouvert tous les "liens" du blog d'Eric Chevillard. N'allez pas chercher de quoi il retourne : il y en a 40 ! Ca fait beaucoup !! Et, sur ces 40 liens, les plus "célèbres" de la blogosphère littéraire, comme l'incontournable "République des Livres" de Pierre Assouline ou les carnets littéraires de JFK, sont absents. Quelle hauteur, chez Chevillard : être référencé par Pierre Assouline, et négliger de "rendre" un pareil lien... Mais ce n'est peut-être pas de la hauteur ?
Bon, je vous rassure tout de suite : sur les 40 liens en questions, il y en a au moins une bonne moitié qui font partie de l'autopromotion de l'auteur. Je veux dire qu'un certain nombre sont là parce qu'ils sont les sites des éditeurs de Chevillard, ou bien de revues qui ont consacré un article sur notre auteur, ou qui l'ont interviewé etc. C'est de bonne guerre, personnellement, (moi qui n'ai même pas été foutue de mettre dans la marge de ce blog la couverture de mon petit livre sur Proust), je trouve qu'il est parfaitement légitime de profiter de l'ouverture d'internet pour se présenter. Un Georges Flipo, qui le fait à la fois sérieusement, légitimement, avec humour et sens des opportunités, (sans jamais s'abaisser à la triste flagornerie qu'on trouve sur certains sites...) est une sorte de modèle . La plupart des écrivains sont d'ailleurs d'une grande sobriété dans le genre. Chevillard ne fait pas exception à la règle.
Je désespérais cependant d'avoir quelque chose d'un peu plus personnel à me mettre sous la dent, des liens qui me permettent de connaître un peu mieux les vrais goûts de notre homme, son environnement, ses préférences. J'y suis arrivée, notez, mais il m'a fallu de la persévérance. d'autant que c'est assez le boxon, je veux dire que c'est assez éclectique ! Mais deux noms reviennent et se croisent sur les différents liens, assez souvent pour qu'il ne soit pas question de simple coïncidence : François Bon (le tiers-livre et tout ça), et Léo Scheer.
Soit des univers mêlant littérature ET internet. Des pionners du genre. Des sortes d'expérimentateurs, résolument entrés dans cette nouvelle phase littéraire qui ne se conçoit qu'en mêlant intimement la technologie à l'écriture.
Ce qui me plaît sur le site de Chevillard, c'est pourtant, a contrario, qu'on n'est pas happé par une vidéo à droite, un album photos à gauche, des endroits où devoir cliquer et recliquer, une image scannée par ci ou des montages graphiques par là..; pas de "mise en page" trop élaborée visuellement : trois aphorismes, du texte, point.
Pourtant, il met en lien un site comme "Hobokop", au graphisme lourd et (enfin, à mon goût) mettant trop en avant la technique, le contenant au détriment du contenu. Comme certaines de ces cuisines ultra modernes, vous voyez, où les plaques chauffantes en vitro-céramique auto-nettoyantes ne servent cependant pas à grand'chose (réchauffer une boîte de raviolis, au mieux).
Bon, en me promenant et en fouillant, j'ai quand même repéré des lignes de force dans les liens d'Eric Chevillard. Ca vous intéresse ? (de toute manière, même si ça ne vous intéresse pas, vu que c'est MON blog et qu'en ce moment il ne faut pas trop me contrarier, vous n'avez pas le choix...)
Je peaufine et reviens bientôt pour les résultats de notre grande enquête : "dis-moi qui sont tes liens, je te dirai qui tu es"...
16 décembre 2008
de l'art de Chevillard
Encore émue, trois jours après, par cette formule de Chevillard : "Je touche du bois. Mon cadavre aussi.", je me mets à divaguer sur l'art de cet écrivain, dont le blog, fermé, ne permet pas les commentaires.
J'en suis frustrée. Nul doute, pourtant, qu'une ouverture signifierait une ruée, comme chez Assouline. On ne s'entendrait plus commenter, et, dans l'espoir d'une réaction du Maître des lieux, on rivaliserait d'esprit, enfin, façon Sandgirl n'est-ce pas (ce qui n'est pas tout à fait la même chose), ... Le pauvre Chevillard ne saurait plus où donner du tenon, pour combler toutes ces mortaises : on comprend qu'il s'en protège.
Néanmoins, si le blog d'Eric Chevillard était ouvert, je pourrais lui faire connaître ma sincère admiration vis-à-vis de ses formules étincelantes et quotidiennes. Mais en y réfléchissant, tout le travail d'Eric Chevillard n'est peut-être tendu que vers une dernière phrase. Celle qu'on grave dans le marbre des tombeaux. L'épitaphe.
Ah ! L'épitaphe d'Eric Chevillard ! Quand on va, comme moi, tous les jours chez lui, on ne peut que rêver à ce qu'elle sera. Condensant en elle seule toutes les précédentes formules. Clôturant l'écrivain en un aboutissement funèbre et génial. Forcément, comment dire ? Forcément définitive !!!
J'en ai déjà l'eau à la bouche, et l'attend avec impatience. Allez, allez, Monsieur Chevillard, ne me faites pas trop languir, s'il vous plaît...
(Comment cela, je suis choquante ? Bah, compte tenu de notre différence d'âge et malgré les réserves que m'octroie ma condition féminine, il me semble probable qu'en réalité, je n'aurai pas le regret de la lire, cette épitaphe)
Clopine



