Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

25 février 2008

ENNUI

Bon sang de bonsoir, je m'ennuie de plus en plus. Et, pire encore, j'ai le sournois sentiment de devenir à mon tour ennuyeuse, grise comme un cumulus plombé, appétissante comme un vieux bout de pizza oublié au fond du frigo, divertissante comme une blague de Bigard (non, quand même pas ça. Disons comme le magazine Auto Moto).

La seule idée que j'ai eue depuis au moins trois jours, c'était d'écrire un texte en employant uniquement des comparaisons  animales. J'ai essayé : ça m'a fait baîller aussi fort que le lion de la Métro Goldwin Meyer (pauvre bête).

Questions blogs, même celui d'Assouline me tombe des yeux (on ne peut décemment pas dire "tomber des mains", s'agissant d'un blog). Chronolog ne m'arrache qu'un mince sourire. Soph' est en panne... Je ne vais plus sur "création littéraire" que pour vérifier si, oui ou non, il continue encore... Marco, le digne Marco, ou Pibole, ou Loïs, qui il y a 3 jours encore m'émoustillaient, me semblent désormais parler à la terre entière, sauf à moi.

J'ai zappé le fin de "la Chambre du fils", me suis endormie devant Redford en Afrique, n'ai soulevé ma paupière gauche  qu'à demi,  devant le triomphe Cotillard... Je me suis presque  forcée à m'indigner devant les insultes de Sarko, (de toute manière, ce type-là est une insulte à lui tout seul), ai soupiré en écoutant le prélude de la neuvième par Karajan (comme une enfant gavée à qui on présente "encore une cuillère" devant sa bouche fermée), et n'ai pas bronché quand l'excellent Ziegler, qui d'habitude nous épargne les fautes de goût, n'a pas arrêté de bavacher en surimpression de la première gymnopédie de Satie...

Je me sens molle comme un escargot sans coquille, déterminée comme un protozoaire, avec l'allant du mollusque et têtue comme une tête... de moule. C'est-à-dire peu.

Je ne suis même pas allée chercher un livre d'Ernaux pour ma copine Marie-Anne, qui a pourtant consacré vingt cinq minutes de notre  promenade dominicale (lénifiante et léthargique) sur l'avenue verte à écouter mes plaintes, récriminations diverses et jérémiades.

Je m'ennuie, comme je m'ennuie. Je ne supporterais que la vue d'Anna Karina serinant "qu'est-ce que je peux faire, j'sais pas quoi faire", et encore, l'ennui des autres m'ennuie tout autant que le mien...

Bon, allez, se secouer. Jouer à "Questions pour un champion". Traiter le mal par le mal, quoi.

Clopine

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24 février 2008

...

Mince ! dit la jeune fille bien élevée, en montant sur la balance. J'ai encore grossi !

Clo

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23 février 2008

Basta la pasta !

La Dame était enveloppée de drap prune, et il en avait fallu beaucoup, et elle était en colère. Très. Le Monsieur, lui, avait l'air surtout embêté. Mais il restait là, à tenter de supprimer son cou, à force de rentrer la tête dans les épaules...

la Dame sifflait : "j'ai épousé une nouille. Voilà ce que tu es : une nouille.."

(je décidai in petto de faire des macaronis le soir même)

Elle continuait, de plus en plus fort : "une véritable nouille, la nouille de nouille, voilà, c'est ça, c'est mon mari !"

(mais j'allais veiller, ça c'était sûr, à ce qu'ils ne soient pas trop cuits, quand même.)

Clopine

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21 février 2008

Envolissage...

En autres motifs illégitimes de fierté,  à part le fait de taper plus vite que mon ombre (mais pas comme Joey Starr ou Delarue, hein), je possède le don de n'avoir pas besoin de réveil.

J'ai découvert ça vers mes vingt-cinq ans, et, à part une petite dizaine de défaillances, d'ailleurs explicables mais sur lesquelles nous ne nous appesantirons pas, n'est-ce pas, cela a toujours marché.

IL me suffit, la veille au soir, quand le sommeil me prend, que le livre glisse doucement sur la couette, ou que l'écran bleuté, au bas de mon lit, me montre une scène non raccordée à la précédente (signe infaillible que je me suis légèrement assoupie), bref quand j'accepte de mourir un peu, il me suffit de regarder mon réveil et de me dire "demain, tu te réveilles à ...."

Et  tictac, ça marche. Dix minutes exactement avant l'heure dite, hop, j'ouvre les yeux, allume la loupiote, regarde le réveil : c'est bien ça... C'est tout bénef pour mes proches, qui n'ont pas les oreilles stridées par la sonnerie du réveil, qui est bien un des bruits les plus désagréables qui soient.

(J'ai eu un frère qui raffinait, d'ailleurs. Travaillant dans une maison de la presse, obligé de se lever à 4 heures du matin, il plaçait son énorme réveil dans une assiette emplie de pièces : le bruit était ainsi décuplé. Il arrivait à l'heure, certes, mais le reste de la maison, les tympans déchirés, mettait un certain temps à se rendormir.  J'ai connu aussi le pire du pire. L'Horreur absolue.  Le radio réveil, indexé sur NRJ ou Europe 1, pour adolescent marmotte. Là, c'est carrément l'enfer,  d'autant que l'adolescent en question, pour être bien obligé de se lever ,   plaçait la Chose à l'autre bout de sa chambre. Et qu'il avait une capacité à se rendormir, même quand la pub hurlait que l'ami Ricoré allait arriver. J'ai encore dans les oreilles les interminables minutes (parfois jusqu'à 20, quand même) où je subissais ça, guettant la levée de l'animal somniphage, le maudissant silencieusement (moi)... )

Mais ce qu'il y a de plus agréable quand même, ce sont ces moments de "mini grasse matinée". Ce quart d'heure volé à la nuit et à la journée, où, dans un délicieux "entre-deux", vous vous autorisez à ne pas vivre encore complètement, et où vous dirigez plus ou moins votre rêverie.

Ce matin, je volais vers Neufchâtel en Bray, et rencontrais sur ma route tout un tas  d'autres humains, écartant les bras tels les personnages de Folon dans un ancien générique de télévision. Je me repaissais  de l'air sur ma figure (quelque part, loin, je me disais  qu'il faudrait bien  que j'aille vérifier la porte de la cave, n'est-ce pas, mais sur l'instant, je me laissais porter par le frais  alizé). Nous nous disions bonjour, tentions d'expliquer le phénomène. Une dépression lunaire  abattue sur le pays de Bray en provenance du cosmos, et enlevant la pesanteur me paraissait particulièrement plausible, et je défendais cette opinion raisonnable....

*Mon compagnon, qui, même en plein ciel, gardait les pieds sur terre,  prévoyait déjà une piste, devant la maison, à côté du potager, pour que nous puissions à l'avenir prendre  notre élan commodément, en courant vers le ciel . "Ce sera une piste d'envolissage", me disait-il en tournoyant au-dessus du marché aux volailles, et je trouvais ça très joli comme manière de dire, me demandant même pourquoi toutes les pistes ne s'appelaient pas comme cela...

Et puis, chute et boum. J'étais en retard.

Clopine, :>))

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20 février 2008

chat du matin chagrin ?

http://www.youtube.com/watch?v=FMXCuW9LDps&eurl=http://bulle-de-nature.com/forums/viewtopic.php?t=41884&highlight

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17 février 2008

Attente...

Dire que je me moquais des "vieilles personnes" qui allaient répétant, les dimanches de retour : "faites bien attention sur la route, hein. Je préfère que vous partiez de jour, quitte à me passer un peu de vous, plutôt que de vous savoir  dehors la nuit. Et téléphonez, n'est-ce pas, quand vous serez arrivés..." Je me moquais en silence, et retenais sur mes lèvres les statistiques des accidents (70 % sur des trajets quotidiens), les bons résultats des autoroutes et le "Famille, je vous hais", d'André Gide, qu'une sollicitude "exacerbée" me remémorait toujours. IL n'y avait pas plus de raison de trembler ce jour-là qu'un autre, et puis, quelle pusinamillité, n'est-ce pas,  et faire peser ainsi sur les épaules des voyageurs le souci de ceux qui restent, pouah! J'en haussais les épaules, et, rieuse, claquais la portière...

OUI, je  disais tout  cela. Mais j'étais DANS la voiture. En route. Again. En mouvement...

Et, pour comprendre et absoudre  les absurdes angoisses de celle qui est, finalement, partie la première, il fallait sans doute que j'apprenne l'occupation stérile de mains qui pensent à autre chose, pour ne pas être le front collé sur le carreau, à attendre ceux qui reviennent vers moi, certes, mais sur une route si dangereuse que mon coeur en devient inquiet, à force de craintes.

Clopine Trouillefou

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14 février 2008

Clopin Clopant

Pourquoi je pleure Salvador ? Oh, c'est tout simple : parce que sa belle voix r ne résonne jamais seule à mes oreilles. "Syracuse" était une des, voire "la"  chanson préférée de ma mère, qui la chantait souvent, en soupirant et en regardant par la fenêtre de la cuisine, les mains dans la vaisselle... Mes frères m'ont longtemps taquinée avec "la cantatrice", qu'ils me serinaient en tirant sur mes nattes, et hurlaient Zorro dans le jardin. Je berçais mes poupées de la Chanson Douce,  mêlant ma voix aigüe et parfois fausse au velouté créole. Et, en choeur, nous boïngbohosions la mort du lion...

C'est pour cela que nous serons si nombreux à célébrer Salvador. En tout cas c'est pour cela que je le pleure  : sa voix, qui ressuscitait  les autres, celles qui m'ont été si chères, vient de les rejoindre, et je les entends toutes ensembles  dans ces inflexions  tendres, au parfum d'enfance, qui hélas se sont tues.

CLopine

ps : j'ai ajouté un épilogue  à la petite fable express et moderne à la fois. Voir page suivante.

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08 février 2008

Judas, le jazz et moi

Au début, je n'y comprenais rien, au jazz, et pourtant, j'assistais aux concerts. Il faut dire qu'à  Rouen, une rermarquable association faisait venir, dès la fin des années 70, les grands noms du moment. Rouen Jazz Action était animée par un passionné, fondu total, nourri par l'éducation nationale et les mathématiques qu'il professait, mais passant  le plus clair de son temps à organiser les concerts. On pouvait le croiser, les affiches sous son bras gauche et le pot de colle dans les mains, dans les rues matinales du centre ville. Je ne me souviens pas l'avoir vu autrement que marchant le dos courbé, un peu à la manière du tellurique Miles Davis, démon noir, embouchant sa trompette en regardant le sol...

Comme tant d'autres choses, le goût m'est venu petit à petit, pendant que mon oreille, familiarisée, commençait à pouvoir "situer" ce qu'elle entendait, se repérer (bien modestement mais suffisamment pour trouver plaisir à ce que j'entendais) entre les différents courants et styles, goûter le son de tel instrumentiste (ah ! La trompette de Chet Baker, aussi suave que sa voix !) et accéder à l'infinie liberté des compositeurs de génie (que celui qui n'a jamais entendu Thelonius Monk jouer "round about midnight" au piano  se mette instantanément à genoux, à pleurer et regretter son ignorance).

Mais il est très difficile d'écouter du jazz à la radio, par exemple, quand on habite à la campagne. Oh, bien sûr, Jean-Christophe Averty, qui en vaut deux, passait boogies-woogies et 78 tours de collection sur France Culture, mais bon, ce n'était pas ce que je cherchais. Et  ailleurs...

France MU, allez-vous me dire ? Ouais, bof, bof. Faites le test : allumez, à plusieurs moments de la journée, votre poste de radio sur radio france musique. Trois fois sur quatre, vous entendez... des voix qui bavardent là autour. Et le jazz n'y a pas grand'place.

Sauf que, et c'est là où je voulais en venir, j'ai depuis quelques jours une divine surprise. Figurez-vous qu'en ouvrant ma radio sur France Musique, j'ai entendu une voix un peu rauque parler. J'ai écouté en baîllant par avance, mais là c'était différent. On aurait dit le journal intime d'un vieux  jazzman des années trente, tout entier empli de quotidien - un pull chaud pour l'hiver, une babiole achetée à la chérie, la dureté des temps et la vie on the road - et dit par son auteur. Mais ça décollait sans arrêt, jusqu'à des réflexions philosophiques "intenses", dirais-je, et c'était entrecoupé de programmes de jazz  qui, pour ne pas appartenir  à ma période préférée, étaient néanmoins tout emplis de musique noire.

J'étais ainsi servie de deux côtés à la fois : musicalement, j'entendais incontestablement du jazz, et du meilleur. Et littérairement, les mots qui m'arrivaient illustraient si parfaitement la vie des musiciens, étaient si justes et si pertinents, qu'ils me scotchaient littéralement.

Hier au soir, "mon" vieux jazzman parlait de fatuité, de sentiment-de-soi et de Judas. Il ne fallait jamais, d'après lui, descendre au-dessous de ce qu'on estimait valoir, dévaluer l'opinion des autres sur vous. Qu'importait les accusations de "pétage plus haut que son cul", le persiflage sur votre vanité  ou l'étiquette d'arrogance qu'on vous collait. L'essentiel était de ne pas déchoir de son propre sentiment-de-soi, quitte à crever la dalle mais au moins, être à la hauteur de ses propres ambitions. La voix du vieux concluait que si on haïssait tant Judas, c'était certes parce qu'il avait trahi jésus, mais aussi, mais surtout,  parce qu'il avait, en se passant ensuite la corde au cou, trahi Judas lui-même...

Et là-dessus la musique attaquait.

Ah, j'adorais ça.

C'était pourtant, à la réflexion, un propos typiquement masculin. En tout cas, c'est à ma féminité que j'attribue le manque absolue de cette ambition dont parlait le jazzman, dans le poste. Il me semble que, chez les filles, on apprend tout simplement pas ça, à l'école : nous ne pouvons trahir Judas, parce que ce n'est pas à l'aune de son collier de chanvre que nous nous mesurons. Mais aux simples regards des autres, et ceux-ci ne vous assignent pas une place, à peine une valeur, et (dans mon cas au moins) pas le moindre sentiment-de-soi, qu'il m'a fallu construire ailleurs que dans la bienheureuse fatuité revendiquée par mon jazzman méconnu... 

Autrement dit, j'ai plutôt une tendance (nette) à me sous-évaluer. C'est sans doute pourquoi je ne jouerai jamais de jazz !

Ah oui, renseignement pris, l'émission formidable se passe tous les jours de 18 à 19 h, sur France Musique. Le "journal" du cornettiste Joseph King Oliver, dit "oeil de craie", est évidemment apocryphe.

Et ça ne m'étonne pas que cette émission m'enchante. Elle s'appelle "le jazz est un roman", et est réalisée par Alain Gerber. A vos cazszettes, comme disait Jean-Christophe...

Clopine

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07 février 2008

Le solitaire est un diamant qui brille comme une larme

Bon, je l'avoue. A chaque fois que j'apprends que je vais être seule (et que je choisis de l'être) , j'ai d'abord un tressaillement de plaisir. Cela remonte loin, de mon enfance empilée parmi 5 frères et soeurs, d'une mère omniprésente et d'un espace compté. A l'époque, la solitude ne durait jamais plus que quelques minutes, ou quelques heures. Je m'y abreuvais avec aussi peu de retenue qu'un jeune veau cherchant la mamelle. Je n'ai quitté la maison que pour être enfin seule avec moi-même, et ce goût a perduré.

Donc, une semaine solitaire en vue, dès demain soir. Cette fois-ci, aussi complète qu'un jambon-oeuf-fromage, hein. Non seulement l'homme et l'enfant vont au ski avec nos meilleurs amis, mais nos voisins-copropriétaires-amis s'en vont, eux, en voyage humanitaire à Madagascar (non ! Pas en arche !)

je resterai seule à Beaubec, avec les animaux, bien sûr, et les corvées quotidiennes (bois, cendres à évacuer, relevée des oeufs, tour des bâtiments) à effectuer, qui ne souffrent pas d'abstention. Une heure environ par jour, d'expérience, tous les soirs, rien que pour nourrir tout le monde. Plus mon boulot, peu exigeant, c'est le moins qu'on puisse dire,  mais qui me retient loin, plus mes beaux-parents, dont l'état de santé exige que quelqu'un, tous les deux jours, vienne les voir et fasse leurs courses. En réalité, il me restera les nuits, et 3 jours entiers. Cet espace de solitude brille à mes yeux, aussi fort que pour l'héroïne de la "Route de Madison", à cause de la liberté qu'il implique : pouvoir, si j'en ai envie, passer "my solitude, o sweetest choice " de Purcell par Durrell à deux heures du matin, et à fond la caisse. Lire en mangeant. ne pas salir d'assiette, et décommander la femme de ménage. Ne pas avoir à partager la salle de bains, ni remettre les serviettes trempées sur le séchoir, après le passage de l'enfant...

Et pouvoir écrire, comme si j'avais une chambre à moi. Obéir enfin aux injonctions de Virginia Woolf !

Certes, mais je sais aussi que je n'ai pas assez vu l'Homme ces derniers temps. trop d'occupations, des emplois du temps compliqués, notre différence ontologique qui fait qu'il est "du soir", quand je suis "du matin". Nous avons cohabité, et voilà que nous sommes à la veille du départ, et que nous nous sommes si peu vus... Cela va peser sur notre séparation, comme va peser, pour lui, l'intégration dans la famille des potes, et la présence continuelle de trois enfants, comme va peser, pour moi, le regard du chien, qui ne comprendra pas le soudain vide du domaine...

J'ai donc le coeur un peu serré. Je sais, bien sûr, que je saurai faire face, et que la mésaventure des "Roses du printemps"ne m'arrivera pas.

Mais, chose que j'ignorais dans ma jeunesse, la solitude a un goût particulier, quand elle est mélangée à de l'attente. Car d'expérience,  je ne vais pas pouvoir m'empêcher de les attendre, tous. Je sais que dès le cinquième jour,  je donnerai Purcell, et Durrell, et toute la liberté du monde, pour les voir revenir près de moi...

OUi, la solitude est un diamant, qui brille comme une larme.

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06 février 2008

je bois du thé

Je trouve une parenté, une concordance, entre les héroïnes de la littérature féminine anglaise, voire anglo-saxonne, disons d'Austen à Anita Brookner, en passant par Woolf et Lessing.

Ces  trois  derniers noms, ainsi accolés, devraient faire froncer les sourcils à quelques uns des visiteurs, et surtout des visiteuses, régulier(e)s de ce blog (*) . Parce que les écritures sont si différentes, si le propos (la peinture des femmes de leurs temps) est le même : c'est presque un sacrilège que de les accoler ainsi. Et pourtant...

Prenons le traitement des corps.

COmme  l'écriture de Woolf est toute elliptique, stylisée à l'extrême, donnée "de l'intérieur", les descriptions physiques de ses héroïnes, comme Mrs Dalloway, seront volontairement estompées, à la manière des impressionnistes. Nous nous doutons bien que telle dame à l'ombrelle et à la robe blanche, dans tel tableau de Monet, est jolie et élégante. Mais la peinture ne nous le dit pas expressément, n'est-ce pas... Chez Lessing, par contre, toutes les héroïnes sont solidement ancrées dans leur temps,  et si elles sont élégantes, cette élégance signe avant tout leur appartenance sociale. Même si  la lutte pour garder le contrôle de ces corps soignés sera parfois bien plus âpre que la mélancolie suicidaire des femmes trop victoriennes de Woolf.  Enfin, chez Brookner, les modernes mais pourtant désuètes héroïnes sont généralement habillées par d'autres, ou sous influence. Leurs corps, comme leurs destinées, leur échappent doucement. Champs des pulsions refoulées, anorexiques, ils seront pourtant, in fine, le seul recours des héroïnes... Brookner n'a pas la poigne d'une Lessing, ni le génie absolu d'une Woolf. Ses livres se répètent trop, dans les schémas psychologiques dessinés et dans les trahisons des hommes, pour qu'elle sorte de ces "recettes littéraires" qui limitent un peu son talent. Néanmoins, ses héroïnes nous ressemblent tant, nous en avons forcément croisées : une soeur, à l'évidence. Le côté volontairement désuet des schémas brookneriens  n'est qu'un leurre, pour regretter la bonne vieille époque où, vingt dioux ! on se faisait empoigner par des hommes plein d'appétit, et plus vite que ça !

Mais, chez les trois, je vois une concordance que je ne saurais mieux exprimer qu'ainsi : ce sont des buveuses de thé. Qu'importe si les héroïnes de Lessing, germinant leurs révoltes, lui ajoutent une  lichée  de rhum. Le fait est là : le thé les imprègne de ses porcelaines aussi fragiles qu'elles, de son parfum léger, de sa subtile et si maîtrisée excitation. Le thé les résume, et, réchauffant leurs corps par trop meurtris par le climat anglais, exprime en un nuage leurs aspirations...

C'est pour cela, sans doute, que la robuste terrienne que je suis apprécie tant ces jeunes femmes intellectuelles, pensives et solitaires : malgré les apparences, malgré mes poules, mes ânes et mon homme, tous assez  rustiques dirons-nous, moi aussi, comme mes soeurs, moi aussi je bois du thé...

Clopine

PS :

(*) : ah oui. Un mot sur mes stats. Je ne les regarde pas régulièrement, disons une fois par semaine peut-être,  suis toujours agréablement surprise par le nombre de visites (une centaine par jour dorénavant) , et le temps passé  à lire mes légères divagations (trois pages vues en moyenne) , je vous en remercie sincèrement d'ailleurs, et en suis toujours émue ! Merci !

J'actionne aussi, de temps en temps, la fonction "mots-clés", qui m'indique quels sont les mots tapés sur google pour accéder ici; oh, bien sûr, j'ai droit comme tout le monde aux inévitables recherches pornographiques. Il semble qu'ici, les culottes de ma grande soeur éveillent particulièrement la curiosité de certains internautes (ils doivent être déçus !). Les animaux aussi, poules, ânes, grenouilles ou autres, peuvent bizarrement mener tout droit à "clopineries"...

Mais je voudrais m'adresser à la personne qui a tapé sur google : "la vie est insupportable pour moi", et est arrivée ici. Je n'ose espérer qu'elle ait  pu y trouver un quelconque réconfort, mais qu'elle sache, cette personne inconnue, qu'elle est ici la bienvenue, et que, si elle le souhaite, la porte lui sera toujours ouverte chez

Clopine Trouillefou

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