Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

22 mars 2008

petite grippe, grand week-end


temps pourri et nez bouché. Que faire ?

Ben tiens : visionner pour la quarante-troisième fois mon film préféré, celui qui raconte comme j'aimerais raconter, avec la musique de Nyman en plus.

Parce que je suis partageuse, deux minutes de bonheur si vous copiez-coller l'adresse ci-dessous dans Google.


http://fr.youtube.com/watch?v=PN7RbIF5S9o&feature=related

atchoum.

Clopine

à lundi

PS : j'aurais pu aller à Rome, rejoindre les autres... Pis non, je reste là.

Posté par ClopineT à 10:57 - Ah mon dieu que la vie est quotidienne - Commentaires [11] - Permalien [#]

20 mars 2008

nez bouché, fièvre, éternuements...


Tout vaut mieux que de rester à s'énerver dans ce lit, avec la peau moite et déplaisante, l'oreiller qui glisse, la gorge qui pique, les larmes aux yeux et le nez out of order. Rajoutez une voix de Rebroff enroué : un violon rouillé sur un toit moisi, et vous m'avez...

La nuit est fichue, alors, autant l'agrémenter quelque peu :

http://fr.youtube.com/watch?v=ekQZPozjCX8&feature=related

(je ne crois pas que cela soit la musique d'origine ? Si ???
Sami Frey, déjà la classe, et Brasseur très bien. Karina, c'est simple, j'ai la même jupe, les mêmes collants, le même pull : pourquoi ça ne fait pas pareil alors ? :>))

Bien, écrivons, écrivons, puisque nous sommes terrassés par l'insomnie...

Blandine ne sanglotait plus, et souriait vaguement. Je lui ai proposé un verre d'eau, un café, un thé : rien du tout. Nous sommes allées dans mon bureau, j'ai avancé pour la première fois la chaise visiteur vers quelqu'un, me suis assise derrière ma table, ça faisait tout de suite prof, psy, médecin... et juge... J'ai posé une première question, et puis je n'ai plus eu à en poser. Le déluge, aussitôt, avec cette voix qui, en une seule phrase, passait du suraïgue de douze ans maxi aux trente-cinq ans d'âge véritable de mon interlocutrice.

Elle ne demandait que ça, de raconter, et j'écoutais extrêmement attentivement. Bien sûr, plus tard dans ma carrière, je n'aurais eu ni cette prétention à "jouer au psy", ni la bêtise de devenir la confidente d'une collègue : dès que l'affectif entre dans une relation hiérarchique, autant aller jouer aux osselets que d'espérer maintenir une juste distance. Vous tombez implacablement sous le coup de l'accusation de favoritisme, êtes dans l'impossibilité de donner un ordre clair, et clairement respecté : les cartes sont irrémédiablement brouillées, quoi.

Deux heures après ma prise de fonctions, Blandine me donnait donc, sans le chercher, ma première et précieuse leçon de ce que les économistes appellent "le management" - qu'aucun manuel, aucun stage de formation, aucune coûteuse séance de psychodrame n'appellent par son nom : à savoir l'acceptation de la solitude inhérente au poste de "responsable". Ce qui représente le pire du travail, et n'est jamais apprécié à sa juste valeur : la position du contremaître, la plus difficile qui soit (mais quel panard quand enfin, tous les obstacles surmontés, le travail s'effectue au rythme précis que vous, et vous seule, insufflez...)

J'apprenais sur le tas, si j'ose dire sans insulter l'aspect physique de Blandine - mais c'était sa voix qui, chez elle, transcendait tout le reste, et la désignait d'office pour ce qu'elle était : nul doute qu'au moyen-âge, soeur dans un couvent, elle aurait été illuminée par la grâce ou envahie par le démon. Et soumise, pour Charcot, à de pathétiques séances d'hypnôse... Là, les pieds joints sous sa chaise, sur la moquette gris-bleu dont des mètres et des mètres furent vendus ces années-là, elle réussissait l'exploit de me parler de sa névrose, si évidente, sans jamais parler d'elle-même.

Mais de tous les autres, oui.

J'eus ainsi un panorama complet de chaque collègue, analysé uniquement sous l'angle affectif. Je sus qui couchait avec qui, qui mangeait avec qui, qui était gentil et qui était à redouter, et pourquoi mon arrivée mettait tout simplement en péril le paradis terrestre...

(à suivre, là je vais aller boire du thé brûlant avec du miel dedans, des fois que ça dégage un peu l'appendice proboscidien qui me sert de nez. Bouché.)

Posté par ClopineT à 03:42 - Ah mon dieu que la vie est quotidienne - Commentaires [3] - Permalien [#]

17 mars 2008

Suite dans la couleur...

Ce fut Claudine, l’exilée du premier bureau, qui vint me prévenir, et encore, en s’exprimant d’une tournure un peu hésitante : « je crois que vous devriez venir ». Elle avait déjà tourné les talons, avant même que je puisse lui demander de faire l’effort de me tutoyer, et je la suivis : les bureaux étaient désertés, les chaises repoussées sous l’effet de l’urgence… J’étais la dernière à arriver dans le couloir où donnait la porte des toilettes. IL y avait là Monique, les deux cadres masculins chargés des Etudes Economiques, et  Annie qui avait une particularité : son nom de famille était attribué aussi à l’avenue qui menait à la tour.Elle appartenait ainsi à la Ville, intimement…

Les visages étaient perplexes, les corps étaient nerveux, le couloir encombré… Annie tapotait doucement la porte des toilettes, et la voix d’une petite fille s’en échappait ; une voix qui devait correspondre à un corps d’au maximum trente-cinq kilos, et qui geignait un peu en avouant « je suis coincée… je suis coincée… »

Je me retournais vers Claudine pour avoir des explications à  cette scène. J’ai surpris un sourire mauvais, que j’ai noté sans plus. Et j’ai appris que c’était Blandine, la jeune femme obèse, qui était coincée dans la petite fenêtre des toilettes. Elle avait voulu se jeter par la seule fenêtre qui s’ouvrait entièrement, de tout le neuvième étage. Mais elle n’avait pas bien estimé la largeur de l’encadrement, d’une part, et ses propres mesures, d’autre part.

On était parti chercher le passe du concierge, pour ouvrir de l’extérieur la porte des toilettes.

J’étais à la fois interloquée et complètement désarmée. Enfin, je venais d’arriver, soi-disant pour encadrer le travail de trois personnes, et l’une d’entre elles, deux heures après mon arrivée, tentait de se jeter par une fenêtre trop petite. Tout la situation me paraissait sinistrement grotesque, et cela n’allait pas s’arranger.

Pendant que le concierge montait par l’ascenseur, Monique, la personne un peu sèche qui travaillait en face de Blandine, assise à la même table, répondit aux quelques questions que j’hasardais, la bouche plus pincée que jamais. J’appris ainsi que si Blandine avait voulu se jeter par la fenêtre, c’était à cause de moi. Enfin, à cause de mon arrivée dans le service, qui marquait la fin d’une époque bénie, dont Blandine ne pouvait faire le deuil. Monique eut le tact de me rassurer : mon arrivée avait été tout à fait « normale », et la réaction de Blandine était bien entendu totalement exagérée. Mais néanmoins, cela faisait des jours et des jours que Blandine redoutait anxieusement ma prise de poste. Elle était si fragile psychologiquement qu’à  l’idée d’avoir une « chef » extérieure à son monde, (et qui ne buvait pas de café !!) elle avait craqué…

Le concierge était arrivé, et tigonnait la serrure, pendant que j’essayais d’ingurgiter les éléments d’information qu’on venait de me livrer, et que de l’autre côté de la porte, la petite fille gémissait toujours. Mais ce bruit devint particulièrement irréel quand la porte fut ouverte, et qu’on vit, hissés par la pointe sur la lunette de la cuvette des chiottes, les pieds de Blandine, puis ses jambes, sa jupe retroussée sur un panty rose, et le haut de son corps coincé, au niveau des hanches, dans l’embrasement du vasistas. Vision assez dantesque, car les jambes en question remuaient alternativement, et qu’il allait falloir deux hommes arc-boutés le long de la paroi pour tirer vers l’intérieur du local, et la sécurité, le corps de la malheureuse secrétaire…

Je crois bien que j’ai gardé la bouche ouverte pendant toute la scène. Annie me conseilla bien de ne pas me mêler de cela, et m’indiqua que personne ne m’en voudrait si je retournais dans mon bureau, mais je ne pouvais tout bonnement pas quitter les lieux. L’idée d’avoir être la cause, même indirecte, d’une telle tentative me remplissait d’un effroi rétrospectif. Je voulais absolument parler à la malheureuse Blandine, et dissiper toute ambiguïté sur mes fonctions et la relation que nous allions avoir. Tout ceci relevait d’une telle absurdité… Mais je commençais vraiment à flipper et me sentir pleinement « responsable » : n’était-ce pas écrit, en toutes lettres, sur ma fiche de poste ?

(à suivre)

Posté par ClopineT à 12:34 - Ah mon dieu que la vie est quotidienne - Commentaires [1] - Permalien [#]

14 mars 2008

Suite, non en sous-sol, mais au neuvième étage de la Tour

La partie est bien entendu absolument inégale, lors des prises de fonctions. Les personnes que vous rencontrez sont dans leur environnement quotidien, et n’ont souvent même plus besoin de lever la tête quand un collègue entre dans leur bureau : elles le reconnaissent rien qu’au pas. Une nouvelle arrivée s’appréhende donc dans la tranquille sécurité du quotidien. Le cerveau est disponible pour distiller, tout de suite, une première appréciation.

Mais vous….Pauvre de vous. A peine sortie du piège des itinéraires, portes à trouver, boutons de lumière ou d’ascenseur à repérer, sans compter les doutes inévitables sur le choix de votre tenue, votre coiffure, votre accent parfois, vous voilà catapultée devant une série de visages, de noms, de fonctions que vous ne pouvez évidemment mémoriser. Au mieux, vous pouvez faire face en arborant un sourire niaiseux, le plus consensuel possible, et en gardant un silence élémentairement prudent. Au pire, vous tentez l’impossible, écorchez le nom du chef, ouvrez la porte des toilettes en faisant mine, avec assurance, d’entrer dans le local du photocopieur, trébuchez sur les fils (rappelant désagréablement au-dit chef le problème d’intendance qu’il n’a visiblement pas sur encore régler…), et vous prenez la secrétaire de

la Cadre

Sup

  pour sa supérieure…

Ce jour-là, j’ai serré des mains, entendu un certain nombre de noms et prénoms, et je n’ai pas compris grand’chose à ce qui se passait. Mais enfin, on me ficha la paix, en m’attribuant un bureau et la liberté de l’aménager à ma guise. Ce qui voulait dire que j’avais le choix entre mettre le bureau droit, face à la porte, ou de travers, le long de la vitre. Faut dire que j’étais sensée faire partie des cadres : le petit peuple, lui, n’a pas ces privilèges…

J’avais quand même mémorisé les prénoms des trois personnes dont je devais organiser et coordonner les tâches : Claudine, placée toute seule, dans le bureau du bout, qui avait la haute main sur le courrier et était la secrétaire  personnelle du chef, Monique et Blandine, affectées elles au service documentation. Elles semblaient toutes deux Doublepatte et Patachon : autant Monique était anguleuse, sèche, vêtue de gris et les cheveux tirés, autant Blandine dégoulinait de partout. De graisse, d’abord : elle devait peser dans les 100  kilos. De fleurs roses sur fond bleu, ensuite. Et d’une sorte de murmure larmoyant qui sortait d’une bouche un peu trop souriante…

Elle fut la première à craquer, et à m’apporter une tasse de café fumante à mon bureau, deux heures après mon arrivée. Elle apprit que je n’en buvais jamais, ce qui lui ficha instantanément un coup au moral. Elle s’apprêtait en effet à m’expliquer le fonctionnement de la machine à café, la longueur des pauses et la collecte des subsides l’alimentant. Je la revois encore, écarquillant des yeux, m’inspectant, moi, mes vingt cinq ans, mon mètre soixante-sept, mes cinquante huit kilos, mes cheveux bruns serrés dans une pince, ma tenue particulièrement neutre et  mon visage, que j’essayais désespérement de rendre aimable, souriant, consensuel, complice même.

Elle tourna les talons avec le mazagran encore à la main, et alla se rasseoir près de Monique. Leur conversation reprit, pendant que leurs doigts s’activaient. Elles découpaient, collaient, classaient des articles de journaux économiques.

Je ne comprenais toujours pas ce que j’étais sensée organiser. Tout me paraissait déjà établi, les bureaux étaient tièdes, les piles de revues correctement épluchées, les cadres au boulot et le chef au téléphone…

Ce fut vers onze heures que le drame arriva, que bien entendu je n’avais pas vu venir.

(à suivre)

Posté par ClopineT à 16:10 - Ah mon dieu que la vie est quotidienne - Commentaires [1] - Permalien [#]

13 mars 2008

TROP DE CHOSES A RACONTER

Je me suis embarquée sur une simple anecdote, et me voici voguant vers les récifs, les hauts-fonds, la grande mer... Excusez-moi d'avance (ou bien ne lisez pas) mais je me retrouve avec trop de choses à raconter, trop de commentaires à faire, d'explications à donner. J'ai hésité, et puis l'envie est trop forte. J'ai mis mon chapeau de capitaine, fait lever l'ancre, baissé le grand foc et le petit cacatois, et... vogue la galère !

Comme je suis sur un blog, je vais respecter le minimum syndical. Un petit peu chaque jour, ou tous les deux jours. ON verra bien où ça nous mènera, hisse et ho !

allez, on y va, on y va...

J’ai toujours associé le rapport au travail à l’image de la balance : comme les nutritionnistes qui nous expliquent notre « indice de masse corporelle », nous possédons chacun, chacune, de manière très individualisée, bien qu’entièrement soumise à la pression sociale et aux nécessités alimentaires, un « indice de masse laborieuse »…

Je me le représente comme une petite aiguille qui oscille entre la part de nous-mêmes que nous sommes prêts à mettre dans la balance, et notre salaire de l’autre côté, et qui tient compte de multiples facteurs. Ce n’est pas un rapport unilatéral : nos propres talents, notre capacité, ou non, à jouer correctement le jeu social, notre déontologie et notre égoïsme entrent en ligne de compte, comme les mécanismes d’exploitation, la pénibilité des tâches, le degré de technicité requis, etc. Sans compter, n’est-ce pas, les ambiances pourries. Quand l’aiguille se déporte trop longtemps dans le rouge, tant pis pour la peur du chômage, l’angoisse de la fin de mois et les remontrances du banquier. A l’impossible, nul n’est tenu…

Pour ma part, j’ai longtemps travaillé dans de multiples lieux, tous publics, et qui pourraient se résumer à cette appellation : « les bureaux », et suis une sorte d’experte en cette matière balancée entre l’outrage et le soupir : l’administration.

Ah ! L’administration ! C’ est l’ennemi public numéro 1, aussi catastrophique qu’un cyclone, chargée de tous les péchés du monde, Hydre de Lerne, éléphantesque et lourdingue, à réformer de toute urgence depuis cinquante ans au moins, mais surtout à abattre, responsable de tout le malheur de notre société. Bon, personne ne souligne jamais que, dans les pays où l’administration est inexistante, ou bien gangrenée par les pots-de-vin, ou encore soumise à l’arbitraire de la dictature (au lieu d’appliquer des lois), la famine, la guerre, le fanatisme, la maladie et la mort règnent en maîtres absolus. Personne ne réfléchit jamais, quand un scandale éclate, qu’il met aussi en lumière l’efficacité globale des dispositifs : à savoir que l’argent récolté va, à 99 %, là où il doit aller. Que l’on soit d’accord ou non, suivant nos convictions, sur la destination de l’argent public, le fait est néanmoins là : les rouages fonctionnent, quand l'administration est efficace. Les professeurs sont payés, les routes entretenues, les hôpitaux (encore) ouverts, les naissances déclarées, les droits acquis et exercés… grâce à notre administration. Quand les concours de recrutement (ridicules et dépassés) cèdent la place au clientélisme le plus outré, quand les paies des fonctionnaires (ces privilégiés qui devraient avoir honte) doivent être complétées par des bakchichs, quand l’organisation d’un pays croit pouvoir faire l’impasse sur les circuits administratifs, le chaos n’est jamais loin. Mais qui connaît, en France, le principe de la séparation de l’ordonnateur et du comptable, par exemple, principe qui n’ »a l’air de rien » mais qui est le garant de la bonne gestion de l’argent public ? Ceux qui crient haro sur le baudet trouvent tout naturel de foncer à

la Mairie

, à la moindre difficulté…et  souhaiteraient d’ailleurs que les services soient ouverts la nuit, le dimanche, les jours fériés et pendant les réveillons… Salauds de fonctionnaires, va !

(Je suis assez contente du paragraphe ci-dessus. Les lecteurs attentifs auront apprécié ma  mesure consensuelle, et mon effort constructif : défendre en une vingtaine de lignes les fonctionnaires et l’administration, sans jamais évoquer la notion de « service public », c’est un exploit qui prouve mon adaptation à l’ère sarkozienne… :>))

Pour l’anecdote du jour, j’étais encore loin d’avoir apprécié tous les tenants et aboutissants de la vie de Bureau. Je me contentais d’avoir une frousse immense, d’être encombrée de moi-même pire que le jour du baccalauréat, d’avoir un goût amer dans ma bouche : ma jeunesse, pensais-je, était finie. J’allais passer le reste de mes jours dans ce Bureau, ne rencontrerais plus que des vieux et des vieilles, serais moi aussi desséchée et finirais ma vie à attendre l’heure de la sortie. Mon seul et unique rêve serait de participer à « questions pour un champion », et même là, ma qualité de fonctionnaire ne me faciliterait pas le passage ! Bref, je ne me sentais pas très bien.

Pourtant, comme j’ai commencé à le raconter hier, ça partait plutôt bien, question environnement. Un étage entier pour un seul service, 7 personnes (8 avec moi) se partageant une dizaine de bureaux, une moquette épaisse et des meubles cossus. Une ambiance feutrée et personne qui ne court, ne crie, ne gesticule ou s’agite dans un coin ; ça sentait son « bureau d’études », et la sueur qui coulait ici provenait des méninges, non des muscles…

Le Chef de service me fit faire le tour de "la boîte", pendant que je me demandais à quoi j’allais bien pouvoir servir là-dedans, tant les tâches à effectuer semblaient simples. Bien entendu, ma vraie mission ne m’était pas dite. Un peu plus tard dans ma carrière, j’aurais sans doute deviné, dès les premiers instants, de quoi il retournait. Parce qu’un chef recrutant quelqu’un comme moi pour « gérer le pool secrétariat », qui ne se composait que de trois personnes, avouait par là même une incapacité, soit à asseoir son autorité, soit à organiser son travail, soit à résoudre les conflits. Mais j’étais jeune, et je crus simplement que ce chef, ubaniste et ingénieur conseil, ne devait pas être très sûr de ses capacités rédactionnelles et de son orthographe. Il était plutôt petit, nerveux, maigre et breton. Colérique, cela se sentait, sec et surtout solitaire. Comme tous les chefs !

(à suivre)

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11 mars 2008

Anecdotes

La première "ambiance de bureau" à laquelle j'ai été confrontée a relevé du fantastique. Dans le genre gore....mais si j'ai envie de raconter cette anecdote, cela va pourtant me demander du temps, parce que si difficilement croyable, bien qu'authentique, que je ne sais comment la rendre.

Sachez cependant qu'à l'époque, j'ai du mettre toute ma raison dans la balance pour ne pas croire à ma responsabilité. Ma déficience notoire à faire partie d'un groupe aurait très bien pu, en effet,  expliquer le désastre de mon arrivée dans le service. Mais j'ai lutté contre cette sournoise conviction !  Et voici (enfin, un peu plus tard, je dois mettre au point, là) le résultat de mes efforts de compréhension....

Mais d'abord, les faits.

C'était au neuvième étage d'une tour, au milieu d'une cité portuaire et laborieuse. Le service auquel j'étais affectée occupait tous les bureaux de l'étage, et seul l'ascenseur servait de cordon ombilical avec le reste de la boîte. Les fenêtres ne s'ouvraient qu'à moitié, sauf celle des toilettes, assez exigüe. Les pas s'enfonçaient dans de la moquette épaisse, le service, qui s'occupait de "relations économiques", devant recevoir du gratin, à savoir des patrons de grosse boîte. L'ambiance était donc feutrée, et le mobilier huppé.

Je "prenais mon poste", comme on dit, point trop rassurée.

J'étais censée rédiger des comptes-rendus de réunions, et organiser le travail de trois secrétaires.

Mais ça, c'était ce qui était écrit sur ma fiche de poste....

(la suite à demain).

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06 mars 2008

Enchantements

Je voulais raconter que la lecture de "mourir m'enrhume" d'Eric Chevillard m'enchante, et puis ce dernier mot m'a replongée illico dans mon enfance... et ses "enchantements" :

Vers les 6-7 ans, n'étant pas encore bien sûre des limites de  la réalité qui m'entourait, je découvrais avec passion la lecture, les contes de fées surtout. La Belle au Bois Dormant, Riquet à la Houppe, Cendrillon, Poucette et le Chat Botté, tant d'autres, jusqu'aux Mille et Une nuits, que m'avait offerts ma grande soeur. J'en farcissais ma tête lunettée de fillette malingre, plus attirée par les pages imprimées que par les jeux physiques. Rien de plus banal,  sauf que   je  m'étais imaginée  que ces contes étaient écrits, tout à fait littéralement n'est-ce pas, par des fées et des enchanteurs. Les écrivains étaient ainsi, pour moi, faits de la même étoffe  irréelle  que leurs personnages...

Je tenais ainsi les noms sur le couvertures comme absolument magiques : Charles Perrault avait les même pouvoirs que l'enchanteur Merlin, et Madame de Beaumont était une marraine-fée tout à fait plausible.

Avec le recul, cette croyance provenait sûrement d'un gentil mélange entre ce que je commençais d'apprendre au catéchisme, sur le côté sacré de la Bible, livre écrit par Dieu n'est-ce pas, et le merveilleux des contes de fées. Pas si éloignés que cela, ces deux univers : un bon miracle ne différe pas vraiment d'un enchantement... Et les plaies d'Egypte ne  mentionnent-elles pas les crapauds, ceux-là même  qui sortent de la bouche des  méchantes soeurs de  mes contes ?

J'ai mis quelque temps à comprendre mon erreur, et à réviser mon jugement sur les écrivains. Pourtant, il m'en est resté quelque chose :  celui qui est capable d'écrire  une histoire m'est toujours fabuleux, et savoir que, comme moi, il a parfois mal aux pieds ou n'aime pas les choux de Bruxelles, me remplit toujours d'une stupéfaction un peu scandalisée. Il me semble ainsi déchoir de sa vraie nature, impalpable, magique et bienveillante !

Clopine

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02 mars 2008

De Gaulle est chocolat


Hier après-midi, j'achète des chocolats. Le nom "ganache amère" qui désigne un palet carré, légèrement bombé, lisse comme un galet dieppois et noir comme une crotte de bique, m'attire invinciblement - je pense à De Gaulle en 1969 : quelqu'un a-t-il eu la cruauté de lui en offrir une boîte entière ?

Mais le mot de la fin, c'est la chienne du voisin, une sorte de tonneau obèse et quelque peu secouée, qui l'a eu. Entrée dans la maison, ni une ni deux, d'un coup de langue, hop ! Elle a avalé tout rond, et sans même y goûter, l'imbécile, toutes les ganaches, profitant d'un moment d'inattention...

Les noms auraient-ils, comme tous le pensaient au Moyen-Age (où il fallait avant tout trouver, et surtout dire à haute voix, le nom des démons, si l'on voulait s'en débarrasser) une influence directe sur les choses ????

Amères ganaches, va.

Clopine

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29 février 2008

frondaisons

Aujourd'hui, cela fait quinze jours exactement que j'ai entendu le premier oiseau chanter, à la levée du jour.

Je guettais ce moment : le mois de janvier avait été si silencieusement interminable...

Je sais, d'expérience, que les oiseaux rechantent quand les toutes premières lueurs de ce jaune franc, inimitable et printanier, le jaune jonquille,  s'échappent des tiges  bien vertes et sortant hardiment de terre...  Et que les premières jonquilles cohabitent avec les derniers perce-neige, qui me font toujours penser à de minuscules lanternes japonaises, balancées le long d'enterrements hivernaux. Les dernières roses de Noël, qui m'émerveillaient en janvier, et qui fleurissent encore le long des poteaux EDF,  me semblent aussi, par constraste, blafardes, maladives, exténuées.

Tous les signes du renouveau sont là, jusqu'à la clarté du jour, plus vigoureuse.

Pendant des années, toute mon enfance d'abord, je ne voyais rien, je ne sentais rien  : j'étais une buse. Au  beau milieu du monde sensible, j'optais pour la place du  caillou. Mais au fur et à mesure que le temps qui m 'est  imparti rétrécissait, se condensait, devenait palpable, ma sensibilité à la nature augmentait, se dilatait, prenait possession de moi. Je ne peux plus, maintenant, aborder l'hiver avec l'indifférence de mes douze ans, qui se fichaient bien de l'interruption de la poussée des plantes. Je me sens à mon tour devenir végétale, tournée vers le soleil et la chaleur, humant les brises et cherchant, de mes racines que j'ai si souvent, comme à loisir, coupées,  cherchant au fond de la terre, du bout de mes orteils, la poussée tellurique du printemps.

Clopine

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26 février 2008

Passe ton Bach d'abord.

Je n'aime pas beaucoup les portraits chinois, questionnaires de Proust et autres tests psychos de Elle... Mais cependant, en ce moment, quand je me regarde dans la glace, c'est la variation Goldberg de Bach, , la  n° 4 of course,  que j'entends, juste derrière ma tête, émergeant, précise, gaie et concise, de derrière la vapeur matinale.

Attention, hein. Pas dans la version Gould (trop rapide). Mais celle de Bruno Canino, bien moins joli garçon que Glenn, et qui cache ses mains sur la photo du cd, tape fort précisément et sur les cordes de mes sentiments, et sur celles de ma raison...

Oh, et puis, deux minutes, ce n'est rien. Ajoutons la variation suivante, l'immédiate n° 5, et signons ainsi notre autoportrait.

Clopine, là je frime un peu mais en ce moment, j'en ai besoin, d'abord.

Posté par ClopineT à 10:47 - Ah mon dieu que la vie est quotidienne - Commentaires [6] - Permalien [#]



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