28 mai 2008
La nuit zébrée...
Ca a commencé par un craquement. Sinistre, évidemment : la maison recevait un coup de fouet, et il était minuit. Et puis la danse a commencé.
J'étais au premier, avec l'enfant, et j'ai pensé à l'homme, resté en bas. Je sais que si je fais partie de sa vie, si ses enfants en sont au coeur, sa maison, elle, en est la colonne vertébrale. Son temps, ses mains, son énergie, toute son habileté - et ses idées sont inscrits ici. Ce n'est pas un hasard si le potager s'étale juste devant la porte, comme une déclaration. Si une centrale photovoltaïque produit l'électricité et un chauffe-eau solaire la chaleur de l'eau sanitaire. Si, petit à petit, l'humble masure, logement d'un ouvrier agricole, est devenu la coquette longère brayonne, aux volets soigneusement peints et au sol de carreaux rouges. Et si les bâtiments brayons (torchis traditionnel, toitures d'ardoise, intégration au site) sont restaurés ou construits, au fil des années : une vie...La violence des éléments, autour de la Maison, devait le tourmenter salement. Je suis allée le voir..
Je suis descendue, de toutes les fenêtres les flashes se succédaient, presque continûment. Jusqu'au chat qui ne me lâchait pas et miaulait, tant le tonnerre, la pluie tambourinante, le tumulte, affolaient la maison.
Mais l'homme, qui tournait en cage, n'était pas d'humeur à jouer les protecteurs et me tapoter le dos, ni à échanger des considérations générales sur la violence des phénomènes climatiques, leurs conséquences économiques et sociales ou le devenir de l'humanité. Il pensait à la terre (ça allait être du propre), à la toiture et... au bac dégraisseur. Dans le ruissellement de l'eau sur les carreaux, seule sa voix était sèche, et pas prête à rigoler. IL voulait être seul, pour affronter la tourmente : je suis remontée, mes jambes dans l'escalier étaient blanches dans la lumière bleue qui crépitait depuis les fenêtres, je n'en menais pas large.
Les éclairs surchargeaient l'air d'électricté, et l'enfant avait eu sa part de secousses. Pendant que le père grondait en bas, le fils exalté, courait partout, d'une fenêtre à l'autre, prétendait ouvrir les fenêtres et s'offrir à la pluie, dansait, échevelé, sur le lit.
Il était minuit et les choses commençaient sérieusement à m'échapper, sans compter l'inquiétude qui montait. Certes, un orage est un orage. Mais celui-ci, décidément, se la pétait grandiose. Pas la peine d'essayer de calmer l'enfant. Celui-ci, bourré d'adrénaline jusqu'à plus soif, trépignant d' insouciance excitée (mais comment le lui reprocher ?) vivait pleinement l'extraordinaire du moment.
Bah, ça ne servait à rien que je joue les grandes personnes à mon tour. Tout le monde sait que je ne suis qu'un adulte canada dry. J'en ai l'apparence, le langage, l'allure, mais il suffit de gratter un peu et.. J'appelle ça (pour me consoler) légèreté, là où de barbants barbons stigmatisent doctement mon "infantilisme". Et puis, que faire d'autre ? Il valait mieux jouer, que de rester là à se tordre les mains. Mon inquiétude ne retiendrait pas une seule tuile du toit, si le vent décidait de l'arracher.
Et puis l'enfant devenait aussi extraordinaire que la tempête, au-dehors. Je le voyais se dresser en face de la tempête, et chercher, chercher. Je connais bien ce sentiment-là : désirer trouver en vous le moyen d'appréhender ce qui vous met précisément hors de vous. Etre si présent au moment fugace que vous vivez, qu'il vous faut le capturer. Attraper l'air du temps. Garder trace de votre vie, pour un instant démultipliée... Je connaissais si bien cette pulsion d'appropriation, ce besoin de régurgitation.
L'enfant cherchait désespérément "quelque chose". IL attrapait son appareil photo, allait chercher la caméra, s'irritait des piles déchargées (un comble, une nuit pareille...) n'arrivait pas à ce qu'il voulait. Il allumait la lampe (nous avions, par précaution, éteint les lumières, ce qui rendait plus éblouissant encore le ballet incessant des éclairs bleus, dehors) attrapait une feuille, essayait de dessiner rapidement : ça n'allait pas non plus, ça n'était pas encore ça. J'essayais de lui parler, de décrire avec des mots ce qui nous arrivait - ça ne le satisfaisait pas non plus. IL remuait, sautait partout, et puis, eurêka !
Il avait enfin trouvé.
Il a pris des objets, le fauteuil , la pile de livres, qu'il poussait le long de la fenêtre. IL me plaçait aussi, comme un metteur en scène, me demandait de lever les bras, de prendre une pose, puis une autre. Jusqu'au chat était mobilisé. Et, exalté et hors de lui, il semblait un minuscule démiurge blond, un apprenti réalisateur qui transposait le terrible de la nuit en des scènes de théâtre, instantanées et imagées. Chaque éclair découpait les silhouettes-ombres chinoises qu'il disposait dans la pièce, devant les fenêtres. Chaque coup de tonnerre modifiait ces scènes et , chef d'orchestre petit, frêle et troubillonnant, le gamin recréait, profitant de la nuit, de la tempête et des lueurs sinistres, tout un univers de film d'horreur...
J'étais entrée dans le jeu, le laissais faire, prenais docilement les poses, comprenais à chaque fois où il voulait en venir, quel effet précis il recherchait. Oh, certes, la nuit au-dehors était toujours aussi terrible, et un adulte digne de ce nom avait tout à fait raison de ne penser... qu'au bac dégraisseur... Mais je vivais intensément ce que mon garçon était en train de faire, et j'en étais émue.
Bien sûr, les chemins de la vie sont comme les ruisseaux nés des orages. On ne peut prédire leurs cours, ni les modifier. On les subit si souvent. Mais la réaction du garçon ne présentait aucun doute : à sa manière à lui, il avait essayé d'appréhender l'événement par une sorte de création. Dérisoire et géniale, comme l'enfance dont il garde encore quelques miettes (il n'a QUE quatorze ans), mais création quand même ! Je ne peux prétendre savoir ce que l'avenir lui réserve, et ma qualité de mère enlève de la pertinence à mes paroles, bien sûr. Mais je vous jure bien que j'ai parfaitement compris ce qui s'est passé, pendant la nuit dernière, une nuit fameusement zébrée. C'est que, pour exprimer l'intensité de ses émotions et décharger les secousses électriques dont la nuit l'avait chargé, mon garçon, tout bonnement, (et cela m'émouvait au même titre qu'une coquille d'oeuf se brisant et laissant apparaître un petit bec jaune) mon garçon s'était fait un sacré cinéma.
Clopine
PS : le bac dégraisseur a débordé, ce con : Clopin avait raison.
PPS : que Dark Pioupiou se rassure. Son toit a résisté, et je m'en vais faire un petit tour de jardin ce soir, comme ça je pourrais lui donner des nouvelles d'après l'orage.
27 mai 2008
MATERNITE
Bon ben voilà. Le tapuscrit est là, devant vous, et votre décision ferme et définitive aussi. L'un fait 80 pages désordonnées, l'autre...
Mais bon sang de bonsoir, qu'est-ce qui vous prend ainsi, comme une envie de pisser sauf que moins souvent ? D'abord, va falloir faire la toilette de la Chose. Et là les défauts vont apparaître aussi impitoyablement que les points noirs sous la lumière du miroir de la salle de bains. Beurk, quoi. Le temps que ça va vous prendre ! Sans compter que si vous décalez, pour cause de mise en page particulièrement stupide, le début d'un paragraphe , vous pouvez être sûr que trois pages plus loin, le texte va sortir définitivement de guingois... Et puis, sans rire, que va-t-il rester de votre texte, si on enlève tout ce qui ne va pas ? Parce qu'il faut changer la page 2, 3, la 4 aussi, la 5, la 6 ça va sans dire, la 7 ça passe mais pas la 8, la 9 est ridicule, la 10 pitoyable, la 11 à la rigueur mais de 12 à 16 vous avez aussi vite fait de tout déchirer, la 17 vous avez une boule dans la gorge, la 18 la boule grossit on dirait un pamplemousse, la 19 vite ! Une trachéotomie, sinon rien ! Et il en reste 80 -19 = 61 !
Vous allez vous demander si c'est bien vous qui avez commis "ça". Cette pitoyable tentative pour être drôle, là, que vous trouviez si légère et qui vous apparaît désormais aussi lourdingue que du Bigard, ou bien tellement ténue que personne ne va s'en apercevoir ?
Et puis franchement, ça intéresse QUI ? Certes, autour de vous, vous avez eu ce qu'on appelle des "retours positifs", mais c'était parce qu'on vous connaissait, et qu'on avait envie de vous faire plaisir et puis que vos visiteurs sont des gens super sympas et gentils et tout (sinon ils ne viendraient pas pardine), enfin bref est-ce qu'une PERSONNE NORMALE, un VRAI inconnu qui ne vous connaît pas quoi, pourrait apprécier CA ?
Et puis il va falloir trouver un éditeur. Evidemment vous avez beau vous creuser la tête, vous ne connaissez AUCUNE maison d'édition suceptible de s'intéresser à CA. D'abord, vous n'avez jamais lu un...truc pareil nulle part. Et puis en fait vous n'y connaissez rien. Et rien qu'à l'idée de chercher... Une légère nausée monte. Oh, vous pouvez faire comme d'hab (enfin, comme vos deux premières tentatives et demi). Vous limiter à 5 ( because les petits frais là autour, 80 x 5 pages, 6x0,55x5 timbres et tout ci et tout ça), et taper directos au top du top. Gallimard le Seuil Flammarion Albin Michel et Robert Laffont. Là, voilà, na d'abord. Un camarade chaleureux et bien intentionné vous a prévenu que faire ça équivaut à se tirer une balle dans le pied ? Justement, vous vouliez remettre la main sur le pistolet du grand'père...
Hahaha.
Mais votre résolution est toujours là, devant vous, à côté de la Chose monstrueuse. Et c'est VOTRE problème à vous. C'est VOTRE masochisme, hein. Alors, va falloir l'assumer, ma cocotte, avant de passer à autre chose. Tu sais bien que la solution de facilité, à savoir tout planquer et refermer le tiroir dessus, exactement comme un chat recouvre ses petites saletés dans son bac en grattant avec ses petites pattes, n'est pas opérante. Tu vas te lever la nuit, aller au tiroir, l'ouvrir, regarder ta pauvre Chose, là, devant toi, qui te crie "Maman, maman, pourquoi m'as-tu abandonnée ?"
Rien qui te déplaît plus, dans les magazines "féminins", que ces articles récurrents qui associent le nombre de livres des écrivaines au nombre de leurs enfants. "Jeanine Passepoil, 3 romans, 2 enfants". Mais il faut bien dire que les textes aussi relèvent de la maternité, de l'accouchement... Et que, comme toutes les mères, je crois bien que j'ai un faible pour les plus mal foutus des enfants. Les plus fragiles sont les plus aimés...
Allez, vite, faire ce qu'il y a à faire, pour s'en débarrasser. Donner sa chance à , pousser la Chose, et puis ne plus y penser. Nous mettons au monde les jambes écartées au-dessus d'un cercueil. Je ne me souviens plus de qui est cette joyeuse pensée (Cioran ?) mais elle contient, bien sûr, une part de vérité. Alors il doit en être de même pour les textes.
Se retrouver devant la boîte aux lettres, envoyer la pauvre Chose en face du vaste monde, et puis rentrer chez soi, la conscience tranquille. Avec juste un détour à l'église, histoire d'allumer un cierge en face de la statue de Sainte Rita. Parce que là, franchement, je ne vois plus qu'elle pour nous sauver, mon pauvre bébé si moche mais que j'aime tant, et sa mère...
Clopine
23 mai 2008
Les Choix de Clopin
A propos des actrices...Je lis vos messages, Jeunes Gens, et du coup, la curiosité me prend... Et Clopin ? Justement, il est en train de tremper sa seconde tartine/beurre bio/confiture maison dans son bol de cacao - exclusivement Van Houten - préparé préalablement en mélangeant la poudre à du sucre roux, mélange sur lequel le lait cru fermier est lentement versé, pendant que la cuillère touille. Et retouille.
Ca m'a tout l'air d'être un moment parfaitement "conjugal". Allons-y.
"- Au fait, dis... Tes actrices préférées, c'est qui ?"
Une question répond à la mienne : "- Tu veux dire question bandaison ou question supers interprètes dans des films géniaux ? " (je vous l'ai déjà dit, que ce type allait généralement à l'essentiel.)
"- eh bien, euh... Question bandaison, par exemple ?"
La réponse est immédiate :
-" Toutes".
Je lève mentalement les bras au ciel (normal, vu le sujet...) : toutes, ça fait beaucoup. D'un autre côté, je me demande si je ne préfère pas ça. Je me détache forcément de cette multitude. Même : je dois avoir un côté rassurant, ça se trouve. Au moins : délimité, quoi.
"- Et question interprètes ?"
La réponse est beaucoup plus longue à venir. Faut dire que la tartine requiert elle aussi de l'attention, à cause de la confiture.
-" ... Karin Viard. Et aussi Nathalie Baye. ...(trempage de tartine) ... Et puis les filles d'Almodovar : Victoria Abril, Pénélope Cruz. Note que les deux dernières font sacrément péter les boutons de pantalon..."
Et voilà. Encore Almodovar. Pourquoi, autour de moi, le cinéaste espagnol remporte-t-il tant de suffrages, alors qu'il me laisse remarquablement froide ? Je n'ai pas aimé "femmes au bord de la crise de nerfs". Encore moins "attache-moi". Je ne suis pas allée voir le film sur sa mère... En fait, une bonne petite discussion cinématographique me plairait plus que comparer telle ou telle actrice. C'est dans le regard d'Almodovar sur elles que Clopin se retrouve... Et que je suis agacée. Par contre, je vois parfaitement ce qui touche Clopin, chez Karin Viard. Cette fille est éminemment .. drôle, non ?
et touchante à la fois. Allez, va pour Karin Viard.
( néanmoins, qu'est-ce qu'elle a de plus que moi ???)
:>))
Clopine
17 mai 2008
L'oeil rond de Clopin
Ce n'est pas que Clopin ne s'intéresse pas à mes déboires internautiques, hein. IL vient sur "Clopineries" tous les jours, et me fait l'amitié d'apprécier mes élucubrations (notez que c'est bien le moins !). M'enfin, l'affaire "Pierre Asssouline", je le sens bien, lui est passée légèrement, voire pas mal au-dessus de la tête.
Mais ça ne me vexe pas, au contraire. Je trouve cela réconfortant. Je vois la maigre silhouette de Clopin naviguant de l'atelier à la grange, en cotte verte, avec la bêche sur l'épaule. Je sais qu'il a l'âme prise, en ce moment, par les impeccables lignes de semis qui l'une après l'autre, alternent les futurs petit pois, carottes, navets et autres pommes de terre. IL faut aussi compter avec les moutons à tête noire (d'habitude, les moutons, on les compte tout court !) qui disparaissent presque dans les grands boutons d'or. Et puis aller voir plus souvent Utopy et sa mère, sinon le feudon va devenir aussi sauvage qu'un guépard (enfin, presque).
Eh bien, cela remet les choses à leur place, voyez-vous. Le flou virtuel, c'est bien. Mais les valeurs sûres d'une vie perenne aussi...
Bon, bien sûr, si vous vous baladez un soir à Yport avec lui, il y a fort à parier que Clopin trouvera le moyen de rapporter quelques romantiques souvenirs. Un bout de PVC gris, qui traîne, par exemple : "tu te rends compte ? Un beau coude comme ça, tout neuf ? j'en aurai sûrement besoin... Un jour". Une planche de 5,5 "ah non! Pas question de laisser pourrir un beau bout de bois comme ça sur la plage ! Elle m'attendait, cette planche, c'est tout!" Un tuyau en plastique rouge... une barre de fer... Ca ne colle pas forcément avec la vision d'une promenade sur une des plus jolies petites plages normandes, avec soleil couchant sur scintillement marin. Mais c'est rassurant. Comme de mettre les pieds sur une terre solide.
N'allez pas croire pour autant que la vie de Clopin soit uniquement tournée vers le matériel, la récupération et le positif. Cet homme-là est parfaitement capable, tout comme un autre voire même plus, d'élans altruistes, de sensibilité artistique (surtout le monde de l'image : il est photographe de formation) , d'admirations littéraires (même si surtout cinématographiques) et peut être un fin lecteur, quand il le veut.
Mais il ira généralement droit à l'essentiel.
Souvent, je l'oblige à lire mes textes. Je le taquine : "tu comprends, il me faut l'avis d'un non-spécialiste, hein. Du pékin de base..."
Il soupire, va lire, se borne à quelques questions puis émet un avis. Cela va du "oui, c'est bien" (ça, c'est quand il a lu pour me faire plaisir, hein). Au "ah, oui, là c'est vraiment pas mal" (plus rare, j'en conclus instantanément que c'est génial) . Pour finir par "ah oui, là ton texte il est super, il faudrait en faire quelque chose, tu veux que j'en parle à untel ? " (là, c'est quand j'ai écrit un truc sur un sujet qui concerne Clopin : le monde agricole, ou la nature, enfin bref).
Une telle échelle a le mérite de la simplicité. Je suis notée de 1 à 3, quoi...
Mais il est vrai que, depuis que j'ai commencé l'aventure de la Recherche Racontée, je sens bien que Clopin, malgré sa bonne volonté, me regarde avec un oeil qui s'arrondit de plus en plus. Il soupire bas... Et me demande, presque timidement "tu sais où tu veux en venir, hein ? Parce que c'est un peu confus, là, non ? "
Aaaaarghhhhhh... Si même Clopin m'assassine dans le dos, vous imaginez ? Que me restera-t-il, vu qu'en plus, je suis absolument nulle en macramé ?
Clopine, un oeil rond la regaaaarde...
12 mai 2008
Marcel attendra (pas sûre que je ne l'efface pas demain matin, celui-là, à cause de la honte)
LES ARBRES DE MA VIE : un, le cerisier.
"- Bon sang", dit l'homme, " Quel désastre ! Peu de fleurs et des feuilles gelées : il n'y aura pas de cerises, cette année".
Elle n'entendit qu'un mot : cerise. Et immédiatement, elle eut dans la bouche la précision du petit fruit. Il faut faire un effort pour attaquer sa peau, d'un coup de dent. Et la chair jaillit tout de suite. La cerise est un fruit d'effraction, comme une banque braquée.
"Sauf", poursuit- il, "ce cerisier, là. Celui du gamin. Jamais comme les autres celui-là. Regarde : comment a-t-il fait ? Ce sera le seul à donner, cette année."
Elle regarde, voit le cerisier en fleurs. Il a été planté l'année de la naissance de l'enfant, du garçon. De son garçon. Ses fleurs blanches sont presque roses, poussées d'un coup sur les branches contournées. Il paraît, elle l'a vu à la télé, que les japonais vouent un culte à la fleur de cerisier. Ils ont absolument raison.
Chez elle aussi, on plantait des arbres quand les enfant naissaient. Ses frères et soeurs ont tous eu, ainsi, un arbre-jumeau, dans le verger familial. Des cerisiers, chacun. Sauf elle : un poirier capricieux, qui donnait quand ça lui chantait. Elle a raconté tant de fois l'anecdote, en riant. Est-ce pour compenser, que l'homme a planté un cerisier, à la naissance du petit ?
Ce cerisier-là sera le seul à donner, cette année.
Elle se souvient.
Les années de bataille, les années dures, les années grises comme l'acier, froides, qui lui ont tranché le coeur. Il fallait se lever, mettre l'armure, aller au combat. Une fois, deux fois, dix fois. A la fin, elle ne savait même plus pourquoi elle se battait. Sûrement pas pour elle : pas bien sûre d'en valoir le coup. Pour l'enfant, oui. Est-ce qu'on comprend ces choses-là ? Pour l'enfant, disait-elle. (Mais en tout cas, ne pas se regarder dans la glace.)
Venir là, avec l'enfant porté, sur les bras. Il n'avait pas de place. Elle non plus. Un lit, ce n'est pas une place. C'est juste un endroit chaud. Ca ne donne pas de droits. Elle était bien trop fière pour quémander. Mais se battre, oui, elle croyait savoir le faire, jusque dans la défaite, toujours envisagée. Maladroite. Obstinée. Guerrière.
Sauf que l'homme, avec cette désarmante sincérité des hommes, la giflait en plein coeur. Elle savait depuis toujours qu'il était plus fragile qu'elle. Sauf qu'il avait cette force, qu'elle n'avait pas : il savait planter les arbres.
CE CERISIER LA. Elle se souvenait de la Grande Bataille. L'homme rentrait, c'était l'automne qui givrait les feuilles, il disait : "le cerisier, tu sais ? Le cerisier du petit... Eh bien, il va mal...
- IL n'est pas le seul", sifflait-elle.
-"Ecoute, écoute, je pense qu'il ne va pas passer l'hiver. Ca ne m'étonnerait pas qu'il crève au printemps. "
Elle allait à la fenêtre, regardait l'arbre, se retournait vers l'homme, l'accusait : "Et que vas-tu faire, pour qu'il ne crève pas ? Rien, n'est-ce pas. L'arbre que tu as planté quand ce fils-là t'est né. " . Les yeux bleu clair de l'homme viraient à l'acier. IL ne répondait pas, sortait. "S'il meurt", jurait-elle," si cet arbre meurt, entends-tu ? S'il meurt, je te quitte".
L'arbre avait survécu.
IL fallait ranger les souvenirs. IL fallait s'imprégner de printemps. Sortir, poser la main sur le tronc, lever la tête vers les fleurs blanches, presque roses. Il fallait absolument croire à cette promesse : que cette année encore, elle pourrait manger les cerises de l'arbre de son fils
28 avril 2008
Mon Livre
Pourquoi, mais pourquoi ai-je acheté ce livre ? Je ne m'en souviens même pas, et pourtant il est arrivé dans son papier bulle, et j'ai bien déchiré le carton léger, défait l'emballage et manipulé mon achat, avant de le reposer sur la table. C'est bien mon compte bancaire, avec tous ces chiffres rassurant ma sécurité financière, cette petite carte solide, et mon identité gravée dessus, en relief s'il vous plaît, oui, aucun problème, tout a été débité régulièrement : aucun doute, ce livre-là est bien le mien désormais.
La couverture en est banale, on y voit une jeune femme bercer une sorte de boule lumineuse au niveau de son coeur, dans un graphisme un peu niais. Le sommaire n'a rien de palpitant déclinant d'une part des "observations de cas", d'autre part des références mythologiques ou littéraires : presque une copie d'élève, quoi. L'auteur, en quatrième de couverture, sourit gentiment sous des cheveux blonds laissés libres, elle a une petite figure chiffonnée qui n'est pas désagréable. L'écriture du livre, cela saute aux yeux dès la première ligne, est appliquée et laborieuse, sans les traits lumineux d'une Roudinesco, par exemple. C'est un livre qui ne bouleversera ni la pratique des psychologues, ni les thèses psychanalytiques en place. Rien de choquant dans ce raisonnable exercice.
Et pourtant, voilà trois jours que je bute sur lui, à chaque pas que je fais dans ma maison. IL saute de lui-même, dirait-on, de la table de la cuisine au bureau où trône le royal ordinateur, du chevet de mon lit à la salle de bain, oui, oui, je l'ai retrouvé sur la tablette verte, au milieu des brosses à cheveux et des flacons d'eaux de toilette ! IL me saute aux yeux quand je n'ai que faire de lui, et disparaît quand j'ai l'intention d'enfin l'ouvrir : il n'était pas dans mon sac, hier, alors pourtant que je prenais le train pour "monter à Paris" et avais tout le temps nécessaire.... Et tout de suite, quand je parle de lui et qu'il me serait utile de le feuilleter, eh bien, il est de nouveau introuvable.
Quelle partie de cache-cache ! Et pourquoi donc, s'il vous plaît, n'arrivé-je pas à l'ouvrir autrement que furtivement ? Il apparaît là, sous mes yeux. Je l'ouvre, lit une phrase, et le referme précipitamment. Et lui tourne le dos, et pars faire autre chose... Mais bientôt le manège recommence. Je l'attrape, l'ouvre, lit un paragraphe, tourne quatre pages, une phrase, deux... Et je l'abandonne aussitôt.
Pourtant, je sais déjà tout, n'est-ce pas ? J'ai, comme on dit chez les psys "travaillé sur moi-même". N'ai-je pas mis au jour les instants noirs et rouges, douloureux et incertains, de ma vie utérine ? Les traumatismes n'ont-ils pas affleuré, gros icebergs de l'inconscient, suffisamment pour que, penchée sur eux comme un garagiste sur un moteur en panne, j'en démonte les mécanismes ? N'ai-je pas déjà trouvé les mots pour dire tout cela ? Et ne suis-je pas déjà vieille, si vieille, trop vieille que l'objurgation platonicienne du "Connais-toi toi-même" n'en perde quelque peu de son urgence, de sa nécessité ?
Eh pourtant rien n'y fait, dirait-on. Ni la médiocrité du livre, ni ma prétendue sagacité, ni la minceur de l'enjeu ne m'empêchent de tressaillir, rien qu'à la vue de ce court , banal et inoffensif petit livre intitulé "Les filles sans père", de Luise Grenier, psychologue, psychanalyste, et sous-titré :
"l'attente du père dans l'imaginaire féminin"
IL faut quand même que j'arrive à ouvrir ce livre. Sans conteste, MON livre...
23 avril 2008
c'est à toi que je parle !
Je regarde par la fenêtre, le brun épais de la terre du potager, qui vient juste d'être retourné par Clopin - ah ! Qui dira la douceur, dans l'air enfin printanier, du doux bruit des tondeuses, débrouissailleuses, motoculteurs, tronçonneuses et autres souffleurs automatiques, karchers, compresseurs se superposant gaiement aux sifflements des petits oiseaux, sur fond de moteurs divers ? Je surveille la prochaine éclosion des pivoines -pour l'instant, on ne voit qu'un mince filet rouge entre deux paupières vernissées, vertes et bombées comme des yeux de batracien, qui s'écartent juste assez pour faire croire à un regard sanglant. Je renifle par petits coups l'air du matin, encore humide et brouillardeux, mais qui se met à ressembler à une jeune fille dans sa salle de bain : on sent qu'il faut juste un peu de patience, encore quelques bruits d'eau, et hop ! une gaieté nerveuse va sortir, se mettre à courir, palpiter.
j'ai envie de prendre le printemps par le col, de le secouer un peu, de l'avertir. Pas question qu'il fasse le mariolle comme l'an dernier, où il dégoulina tant et si bien en mai et en juin (les deux plus jolis mois en Normandie pourtant) qu'on ne mangea autour de la table du jardin, en tout et pour tout, que deux fois. Le programme de cet année est chargé. Je voudrais tant que V.A. revienne, et aussi accueillir les vieux potes, pourquoi pas une visite de Gérard ou un petit tour de PHilippe, ou d'Armelle ? Yu reviendra-t-elle, petite hirondelle chinoise aux ailes noires et bleues, comme elle nous a assuré en avoir tant envie ? Sait-on jamais, des Charbinois (*) pourraient passer par là, pourquoi pas ? Et puis, n'est-ce pas, nos habitués, ceux avec qui nous refaisons le monde, leurs grands enfants devenus des jeunes gens , qui amènent jusque chez nous leur fraîcheur, et la bande piaillante, effrontée et remuante des petits, comme des chatons, des chiots galopinant là autour...
Certes, certes. Mais pour tout ça, il nous faut du sec, n'est-ce pas, et du beau. Des soirées bleues avec des traînées roses. Une table dressée au droit du jardin; Des bougies sur la table, un gilet sur le dossier d'une chaise, pour la petite fraîcheur du soir, les feuilles de la vigne au-dessus, la senteur de la glycine (pas encore le plus petit bouton à l'horizon, nom de dlà) qui descend sur les assiettes, en même temps que le jour... Entends-tu, Printemps ? C'est à toi que je parle, alors, ne fais semblant de ne pas m'entendre, en laissant encore traîner le gris de ton ciel par ici, comme un adolescent boutonneux installe à table son humeur morose et ses yeux bouffis.
Non, non, pas de ça Lisette. Tu me fais le plaisir de te programmer en mode câlinou, cette année, n'est-ce pas ? Allez, file, au boulot, et que je n'ai pas à te le redire...
Clopine, un peu inquiète, là. J'attends sa réaction, n'est-ce pas.
(*) : ceci est une invitation, savez-vous ?
19 avril 2008
Petit aphorisme du samedi
Ah ! Ces nutritionnistes qui vous interdisent le chocolat, les carambars, les confiseries, jusqu'aux calissons d'Aix et aux dragées aux amandes, et qui ont encore le culot de vous coûter bonbon !
Clo
17 avril 2008
J'ai raté mon coup...
Bon, eh bien j'ai raté mon coup, admettons-le. La lettre d'Amar à Monsieur le Docteur Cassaigne, maire de Saint Justin, ne passionne pas les foules. Dix lectures seulement sur "in libro veritas", et ici, un seul et chaleureux (comme toujours) commentaire de Lavande, certes (merci Lavande), mais qui ne dit mot sur ce que je croyais évident et qui ne l'est donc pas : la qualité littéraire du texte.
Lavande parle simplement de l'émotion qui s'en dégage. Emotion due bien entendu beaucoup plus aux contingences (c'est un paria de la société qui parle, mort de surcroît) qu'au projet du texte, qui est, je l'admets aussi, juste un plaidoyer pro domo (dans tous les sens du terme ici).
Donc je me trompais. En lisant et travaillant le texte d'Amar, j'y voyais une qualité d'écriture qui n'y est pas, ou que je suis seule à voir. En fait, j'avais la même sensation qu'en regardant une oeuvre du douanier Rousseau, ou plus exactement ces peintures naïves d'Amérique du Sud - et je m'imaginais déjà l'enthousiasme populaire, avec questions à l'avenant (où, ce texte ? Qui, cet Amar ?)
Et personne ne songe même à demander si le pauvre vieux journalier l'a obtenue, sa maison tant désirée de Picata. (dans la réalité, la lettre n'est pas partie, et Amar n'a jamais loué la maison)
Sans doute le côté par trop Cosette (bien que parfaitement exact : pas d'électricité et lavage du linge au ruisseau...), la paranoïa qui se dégage du personnage, supplantent la simple beauté de cet homme imprégné du besoin d'amour ? Et les inventions langagières, la construction très originale, les dialogues si pertinents et si drôles, (à mes yeux, hein) ne sont que laborieux aux yeux des autres ?
Bon, tant pis. Le texte est mis en ligne, il aura sa vie propre, comme Amar a eu la sienne. Et s'ils doivent s'effacer complètement tous les deux, au moins les aurai-je respectés, et dormiront-ils ainsi en paix - loin des tourments de la pauvreté, de l'âge, de la solitude et de l'indifférence des hommes.
Clopine, au fait, sur la RDL, très très intéressant message sur "La Princesse de Clèves", rebondissant sur un article de Philippe Val dans Charlie Hebdo : défense et illustration de la culture française, en quelque sorte. J'adhère !!
(aux Charbinois et Charbinoises : les choses promises sont des choses dûes... même si elles sont parfois lentes à venir. Je prends patience pour vous !)
14 avril 2008
Génération Dupée
Ce qu’il faut comprendre, c’est que les agriculteurs actuellement en activité sont tous sortis des lycées agricoles des années 60 : là, on leur expliquait que pour être des citoyens du même rang que les autres, sortir de l’indignité qui a si longtemps collé aux paysans, comme la boue collait à leurs bottes et se répandait dans leurs cours de ferme, il fallait s’adapter. Ils sont tous imprégnés de cette injonction. Et donc victimes d’un immense marché de dupes. 250 hectares
S’adapter, ça voulait dire moderniser leur outillage, changer le rythme de leur travail, rationaliser les exploitations et souscrire au cahier des charges de leurs fournisseurs. La désertification des campagnes, déjà bien engagée depuis le 18è siècle, s’est donc accélérée. Il n’est pas rare de voir aujourd’hui
Certes, entre 1911, où la part de l’alimentation dans un budget d’une famille ouvrière française était de 66 %, et aujourd’hui, où le taux doit avoisiner les 30 % environ, un « progrès » est notable. Mais, outre que nous savons désormais que la notion de bonheur est notablement différente de la notion d’avancée économique, ce progrès n’est réservé qu’à une petite portion de l’humanité. La politique agricole des pays développés n’a pas empêché la moitié du monde de crever de faim. Et les émeutes des ventres vides, aujourd’hui, devraient nous être doublement douloureuses : dans notre fraternité humaine, d’abord, et dans l’échec ainsi révélé de la planification et l’industrialisation de notre agriculture, ensuite.
Nos budgets familiaux ont gagné 30 à 40 % de disponibilité (à nous les écrans !)… et la vie paysanne a disparu. Disparue, oui. Oh, bien sûr, il n’est qu’à regarder un film comme « jeux interdits » pour se remémorer de quoi elle était faite : d’un patriarcat assez insupportable, d’une crasse ahurissante, de superstitieuses ignorances, de dureté et de pain noir. Mais aussi d’un tissu social solide et chaleureux, d’un contact fécond avec la nature, d’une proximité immédiate entre le vouloir, le faire et l’obtenu : et la beauté surgissait de tout cela, en surplus dirait-on, si magnifiquement chantée par un Giono…
On en est aujourd’hui à la négation même de l’appartenance à la terre ; il est des exploitants agricoles qui ne sont plus résidents de leurs champs. Un agriculteur de la Beauce 300 kilomètres
Ils ont cependant tous marché dans la combine, tous nos agriculteurs, qui forment aujourd’hui encore 60%, soit le plus gros bataillon des maires des 36 000 communes de France. Trop contents d’accéder à l’hygiène du formica et aux délices de la télécommande. Comment leur en vouloir ? Leurs professeurs, leurs guides, étaient si intimement persuadés d’avoir raison. Exploitant agricole, au lieu de paysan : la case était pré-remplie, sur les formulaires de la PAC la PAC
Pour la vie sociale, il restait de toute manière la chasse, et la messe du dimanche. Et on pouvait toujours se croiser, chacun derrière son chariot, au supermarché du coin, avec la satisfaction de ressembler enfin au français moyen. Même si, bêtes et champs obligent, les périodes de congé étaient de toute manière limitées à quelques jours par an : après tout, les japonais n’en ont guère plus, alors. Et puis, le ski en février, le Maroc trois semaines en août et les plages du bout du monde pour les anniversaires, ce serait pour les enfants, qui feraient de l’informatique, eux : pas si bêtes.
On saurait quand même s’échapper de temps en temps, histoire d’aller à Eurodisney.
Oui, mais voilà. Les nappes phréatiques, reçues potables des générations des bouseux crasseux de l’ancien temps, étaient désormais bourrées ras la gueule de nitrates, et on allait les refiler ainsi, irrécupérables, aux enfants et aux petits-enfants. Les vaches, qui n’avaient plus de nom et battaient tous les records de productivité, en devenaient folles. L’agriculteur ne mangeait pas le porc qu’il produisait : c’était trop de la merde. L’indépendance du paysan, lent et têtu comme le pas de ses bêtes de somme, avait cédé la place à un assisté qui ne disait pas son nom, mais dont la vie était précaire : sans subventions, plus d’exploitations. Les mêmes contribuables qui tressaillaient devant les sommes « gâchées » pour les érémistes ne bronchaient pas, devant le prix de la PAC. Pourtant
Comme il n’y aurait plus d’odeurs de fumier, on pourrait ainsi vivre avec un bout de haie rescapé, trois thuyas et une pelouse roundupisée, comme dans un lotissement quoi.
N’empêche que, sourdement, la honte, et la colère d’avoir ainsi été pris pour des cons, d’avoir cédé quelque chose dont on ignorait la valeur, pour le contenu d’une assiette de lentilles, s’emparaient de tous ces Esaü. Que les meilleurs d’entre eux, les plus finauds, les dégourdis, soient partis depuis longtemps, ils l’acceptaient volontiers, le disaient d’eux-mêmes. Mais ils avaient tant espérés être « comme les autres », propres sur eux, enfin débarrassés de l’indignité des champs. Et voilà : le soufflé de l’espoir retombait ; las, une fois de plus la honte de faire ce qu’ils faisaient à leur terre, mi-consentants mi-ignorants, d’être ce qu’ils étaient, des dupes, les submergeait.
Exactement ce à quoi ils croyaient échapper en apprenant au lycée agricole comment on calcule des ratios d’entreprise. Une fois de plus, damnés d’une terre par eux-mêmes condamnée.
Et donc eux, qui restaient dans leur Marly-Beaumont "ethniquement préservé" (pour parler comme Alain Finkelkraut), votaient en masses pour le Front National. Exprimant ainsi quelque chose de leur inconsciente rancune : se revendiquant d' opinions, à défaut d’une identité paysanne aujourd’hui disparue, haineuses à l’extrême.
D’autant que les babas avaient cédé la place à de respectables agriculteurs biologiques, qui vendaient leurs produits comme des petits pains, certes, mais chers. Et à qui la nation entière souriait.
En soupirant, l’exploitant agricole attrapait son fusil pour aller à la chasse. Il y tenait mordicus, à sa chasse, et pour cause : ça, au moins, c’était un héritage qu’il n’avait pas bradé. Et le premier écolo qui se mettrait sur son chemin, risquait fort de comprendre à qui il avait affaire : un dupe, oui, mais droit dans ses bottes.
Clopine


