Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

13 mars 2009

Lira bien qui lira le dernier ?

La Montagne Magique de Paul Edel Thoman Mann m'attendait sur ma table de nuit  : je me suis encordée la nuit dernière, j'ai attaqué ce livre, recommandé, donc, par Paul Edel. Imprudemment, j'avais annoncé, sur la Rdl, que je ferais abstraction de mon prescripteur, que j'allais lire ce livre sans avoir nullement en tête la (brillante) analyse qu'il en avait faite - je devais lire le plus innocemment, le plus platement, le plus clopinesquement possible, quoi.

Ca n'a pas marché. C'était presque  comme si (en tout bien tout honneur, hein), Paul avait été assis au bout de mon lit, ou près de moi sur la couette, sous la lampe,  et qu'il promenait son doigt sous les lignes lues. "Là, n'est-ce pas, regardez donc, Clopine, comment c'est fait... Et ici ! Et encore, ce n'est qu'une traduction, mais la langue originale permet de comprendre que..."

J'étais très fatiguée la nuit derniière, et j'ai fort peu lu, en vérité : juste le premier chapitre, de quoi tout juste commencer à vérifier les dires de Paul, d'une part, mais surtout de me poser quelques lourdes questions de l'autre !

Le premier chapitre de la Montagne Magique est une sorte d'introduction initiatique, sur fond de déplacement en train. Vous avez vu cela des dizaines de fois au cinéma : le train (et surtout le débouché des tunnels) comme métaphore d'une (re)naissance du héros, du déplacement primitif de la naissance (ou, comme pourraient dire les acadiens, du "grand dérangement"). Sauf que chez Mann, tout cela est en plus comme "alourdi de menaces" (aïe ! Dire cela si banalement, alors que justement ce n'est PAS banal), l'état du héros ne s'allège pas avec la montée, c'est le moins que l'on puisse dire : il est pris, dès la seconde page, d'un "vertige et d'une légère nausée"...

je me demandais vaguement, pendant qu'une sorte de main virtuelle de Paul Edel me soulignait les phrases, où avais-je déjà lu un texte associant aussi admirablement l'état mental du héros, le lourd devenir qui l'attend, et la description physique de ce qui l'entoure. Je ne sais pas si Paul aurait été d'accord avec moi (je pense que oui) mais il n'y a guère que chez Stendhal qu'on pouvait trouver une sorte d'équivalent. Plus précisément, je pensais à l'arrivée de Julien Sorel à Besaçon, au séminaire. De la même manière que Julien s'évanouit dans tout le noir du bureau du terrible abbé Pirard, là Hans se couvre les yeux de sa main, à l'idée d'avoir dépassé la zone des feuillus et des oiseaux chanteurs... Je ressentais comme une affinité de style. Pourtant, quel lien entre le stendhal italien et le Mann si complètement allemand ?

Pendant que je finissais ce premier chapitre, il y avait en plus comme une sorte de cocommittance entre le héros et moi : moi aussi, le sommeil me terrassait, et j'avais envie de dire "ce n'est pas la première fois, en somme c'est un lit de mort, un lit de mort tout à fait ordinaire..."

Et puis pouf, j'ai sombré. Je n'ai pas fait le même rêve que Hans (qu'un Annibal pourrait utiliser sans rougir dans son prochain "goût des rêves",  j'ai jsute révé de lui, de Hans, donc, et aussi de  Paul edel, et j'ai révé que j'étais déjà le lendemain : j'ouvrais la république des livres, je cliquais,  je demandais qu'on m'explique cet anachronisme incompréhensible  de la page 21 qui a gêné ma lecture : sur la route du sana, le cousin de Hans lui raconte des anecdotes et des bons mots illustrant la vie quotidienne. S'en suit la description d'une curiste "inculte" qui médit d'une autre malade en racontant que celle-ci porte un "stérilet"... Ca fait rire les protagonistes du roman, et je n'ai pas les clés pour comprendre pourquoi. Il doit évidemment y avoir un jeu de mots, ou un rapport sexuel, est-ce de l'instrument contraceptif actuel  qu'il est question ?

Voilà que je rêve de questions à poser, quoi !

Ce matin, ma résolution rêvée d'aller solliciter les érudits -ou les germanophones, tout simplement - de la RDL pour avoir une explication sur ce "stérilet" (et aussi sur le "Rorschach", lieu-dit où s'arrête le train de hans : y-a-t-il un rapport avec le célèbre test psychologique du même nom ?) s'est évanouie pendant que la lumière montait. Je  n'irai rien demander du tout.

Il faut dire qu'hier, ayant répondu à des "questions personnelles", les petits cochons du blog d'Assouline ont joué avec moi, comme on joue un peu à Colin Maillard. Oh, j'étais consentante, mais je ne suis pas prête à remettre ça.

Non, je vais rester tranquillement sur clopineries, et  je vais commencer une sorte de  journal : celui  de ma lecture de la Montagne Magique. Mes stats risquent fort, j'en suis consciente, de fondre comme neige (de Montagne Magique) au soleil. Mais je m'en fiche bien ! Une trace de cette lecture me restera ainsi, et si j'ai dû  attendre tout ce temps pour rencontrer ce livre, et bien, lira bien qui lira le dernier, n'est-ce pas ?

Et puis la rdl commence à vivre au rythme du Mexique invité d'honneur du salon du livre. Or, cette littérature-là ne m'intéresse guère, malgré les très beaux textes de Le Clézio à son sujet, et au sujet de ce pays (un des rares à s'être reconstruit après un anéantissement, nous explique Le Clézio...) ; en fait, je crois que, quand je divague, j'en veux au Mexique d'être situé là où il est : Comme si un géant prenait le continent américain, le serrait, serrait à la gorge, jusqu'à fabriquer ainsi (comme sur certains ballons de baudruche) une sorte de cou étroit, aminci à l'extrême. Comme s'il fallait pousser légèrement les pouces de ce géant étrangleur pour apercevoir ce pays (et je n'ai pas la force pour ça !) ... OU comme s'il était situé à la taille très mince d'une jeune fille agréablement pourvue en haut et en bas - comme Polaire, l'amie de Colette à la taille exagérément fine...

Posté par ClopineT à 12:03 - Journal de Lecture : la Montagne Magique - Commentaires [20] - Permalien [#]

Commentaires

Si je pouvais ...

connaitre à nouveau l'émotion que j'ai ressentie lors de ma première lecture de la Montagne Magique, il y a quelques décennies ...
(et je n'avais pas l'assistance involontaire de pauledel, sur la couette ...)

Posté par JC, 13 mars 2009 à 13:10

n'est-ce pas vous, JC, qui ne connaissez PAS les papous ?

Alors, ne pleurez plus : de jolis émotions et de francs sourires vous attendent là !

Clo

Posté par Clopine, 13 mars 2009 à 14:39

prononcer:sterilette..

dans le texte allemand, chère Clopine, Thomas Mann prend bien soin de mettre en guillemets le mot "sterilett", qui est un mot "à la française",mais,mais du français "parlé" visiblement avec un accent étranger (d'où le redoublement du t final et les guillemets ironiques de T .Mann..)par la haute bourgeoisie et notamment Frau Iltis. l'équivalent en allemand de "sterilet" se dit "spirale". enfin regardez bien comment, dés le début,dés les toutes preùières pages le thème de la perte des repères familiers par "ceux d'en bas" habituels,par ceux qui quittent le "pays d'en bas", c'est une évolution mentale des plus magiques que va nous analyser Mann Un leit motiv complètement fascinant car, sans cesse, Thomas mann va y revenir. son castorp lohengrin (il n'aime pas être touché...aussi nous dit mann.....alors qu'il arrive dans un pays où il n'y a pus que tripotages du corps, scie et intervention chirurgicale, cotes sciées, corps suintant, jusqu'à la géniale métamorphose en cadavre..le couronnement.. l'apothéose -dans le genre inversion des valeurs à la Nietzsche..) Castorp donc est en train de naitre à trouble capital, et joachim est son passeur.. troublé dans son corps,mais aussi désorienté son sens intime de la "durée intérieure.." et par le mot "dissection psychique" qui découvre déjà, je trouve, que thomas mann se met résolument du côté du medecin chef Behrens en question...tres tres documenté sur la médecine et la psychanalyse..(vous verrez plus tard..comme Flaubert, TM. a "tanné" des médecins avec ses questions..)
quant à "Rorschach" ,bof, m'étais pas posé la question..ça fait nom de village et ça a dû amuser le jeune thomas mann..montaigne à cheval vous en dirait davantage
.

Posté par pauledel, 13 mars 2009 à 15:11

Clopine , tu prèfères les

trois petits choquons aux trois petits cochons ou pas ?
Sinon tu sais comment faire ici pour que de gros poissons viennent mordre à ton fil d'Ariane : maline , ils mordent à ta ligne à chaque crise de première fois !
Tu sais les appâter pour mieux les ferrer , Léo ou pas (( tu les et m'épate(s) à chaque fois )) ; pour amorcer une discussion tu es la reine en ton arène Denim : la mer d'Araine point amère , bravo !

Posté par Cactus ., 13 mars 2009 à 17:47

spécial printemps des poètes

Sous l'arbre il y a quelques violettes et un spécial dédicace à Joe mais qui devrait plaire à Clopine. je suis sûre qu'elle connait et sinon une occasion. Gratuit et c'est de l'or

Posté par Zoë, 13 mars 2009 à 18:52

détachez-moi !

Rorschach est une ville en Suisse, et Rorschach était suisse, mais né ailleurs. Surnommé "tache d'encre" par ses camarades d'école, il meurt en 1922 après avoir fait la carrière que l'on sait dans les taches. Paradoxal, n'est-ce pas, d'habitude une carrière réussie est dite sans taches. La Montagne Magique paraît en 1924. Doit quand même y avoir un sens dans le choix de ce nom de R (pas KdR).

Posté par inkblot, 13 mars 2009 à 19:03

des taches partout

inkblot
sûr le thomas est pas du genre a coller ça dans son chef d'œuvre par hasard..

Posté par pauledel, 13 mars 2009 à 19:07

Merci Zoë

pour l'Oulipo !

Posté par Cactus, 13 mars 2009 à 23:06

Clopine vous avez gagné !!!

Clopine j'ai une bonne nouvelle pour vous.
Figurez-vous que je me suis dit tiens tu vas aller voir l'atelier d'écriture de Télérama. Leur site est très mal foutu, j'ai passé la moitié de la nuit à trouver l'atelier d'écriture.
Enfin, au petit matin, je le trouve.
En fait le sujet c'est 'ce qui fait peur aux enfants', là je regarde à droite et à gauche pour vérifier si personne ne m'observe et je me dis tiens mon vieux pourquoi pas toi, saisis ta chance, tu vas écrire un truc du genre un garçon qui n'a pas froid aux yeux, qui n'a peur de rien et qui est mort de trouille pour son premier baiser, du vécu quoi, je cherche où je dois aller pour écrire mon histoire et là patatras, la grosse déception : le jeu est terminé depuis hier, c'est bien ma chance.
Ma déception ne dura pas longtemps quand je suis allé voir les résultats des gagnants : vous y êtes Clopine !
Et vous savez quoi, ils vont lire votre histoire au Salon du Livre. Alors ça c'est hyper classe.
J'espère que vous n'étiez pas au courant parce que j'aime bien apporté des bonnes nouvelles.

Posté par dexter, 14 mars 2009 à 08:45

elle n'était pas au courant, Dexter

là voila électrique là : au fils des mots ; sinon au fil de l'eau : ouverture de la truite ce jour ! non non Zoë je n'ai pas dit que Clopine était une belle truite saumon née !!!
On dit aussi qu'elle a gagné à ma nigme ici déposée , qu'on sert plus haut ! ( alors , c'était qui ? j'y reviens lundi : là je m'absinthe , me mets au vert )

Posté par Cactus, 14 mars 2009 à 10:41

Sacré Dexter !

quel coquin là ! ( pire que moi parfois )
("J'espère que vous n'étiez pas au courant parce que j'aime bien apporté des bonnes nouvelles.")

est-ce bien le bon salon Dexter , relisez bien !
"si c'est "ce qui fait peur aux enfants" on lit ceci dans leu foutu fouillis :"Les trois lauréats bénéficieront également d’invitations pour l’édition 2008 du Salon qui aura lieu... du 26 novembre au 1er décembre.")

Posté par Cactus, 14 mars 2009 à 10:55

Très joli blog. Le vécu dans la concision de l'écrit! Superbe! Tu as une lectrice de plus...

Posté par laprovencale, 14 mars 2009 à 11:18

Les sucettes à l'anis?

Cactus si vous vous absinthez, ne ratez pas la photo du jour de Henri Zerdoun:

http://henrizerdoun.blogspot.com/
Clopine depuis que je me suis mise aux 807, mon format préféré c'est une ligne! 3000 caractères ça va être dur!

Posté par Lavande, 14 mars 2009 à 11:26

Il y a un sketch terrible à propos d'un atelier d'écriture dans "Storytelling" de Todd Solondz, le réalisateur du remarquable "Happiness". Attention, âmes sensibles s'abstenir. C'est un regard sans aucune aménité. Il est très difficile de soutenir ce regard sans tomber dans une sorte de désespoir.

Posté par scholem, 14 mars 2009 à 11:41

expliquez-vous svp

Cactus : vous voulez dire que je me suis planté d'atelier d'écriture ? pourtant c'est le seul que j'ai trouvé dans leur foutoir !
Cactus contrairement à ce que vous laissez entendre si c'est le cas ce n'était pas volontaire, contrairement à d'autres de la rdl Clopine est la dernière personne à qui je ferais des mauvaises blagues, j'en suis réellement désolé.

Posté par dexter, 14 mars 2009 à 11:50

ouh là là, Dexter !

Alors, oui, bien sûr, j'étais au courant - mais la meilleure surprise de cet atelier là, a été d'entendre mon texte LU par une voix masculine, qui en plus a pris tant de soin à sa lecture qu'elle a sublimé mon exercice de style !

Bon quant au site de télérama, je suis bien d'accord avec vous. ILs ont une espèce de catégorie "wizz" (on ne voit que ça quand on arrive sur le site, c'est dans les onglets en haut de la page). Vous devez d'abord vous inscrire au "wizz" pour participer aux ateliers. C'est super chiant je vous l'accorde, parce que les wizz sont des espèces de blogs internes à TRA; Il en est de très très beaux, avec photos musiques et tout, comme celui de notre ami cactus. Mais si vous voulez juste participer à un atelier, vous devez passer par les étapes de création du wizz (choix des catégories, de l'apparence, etc;) quand vous n'en avez rien à cirer c'est chiant c'est tout.

Bref, vous vous êtes inscrit dans les wizz, vous avez créé le wizz de dexter Il vous faut revenir à la page d'accueil, descendre un peu en bas, regardez sur la colonne du milieu : il y a un habillage particulier pour les ateliers télérama (photo, vidéo ou écriture) : ils déclinent la lettre "a", qu'on voit dans un petit carré au milieu. Il vous suffit alors de cliquer sur "participez", vous arrivez sur le "wizz" des ateliers (soupirs), vous foncez en bas de page, si vous avez vous-même créé un wizz vous pouvez déposer votre texte.

En me relisant, je m'aperçois du caractère monstrueux de la chose. Vite, foncer sur la Rdl, où là les choses sont un peu plus simples !

bien à vous

Clo

Posté par Clopine, 14 mars 2009 à 14:47

"extérieurs jours", Dexter !

le nouvel atelier s'appelle "extérieurs jour", illustre deux photos de Franck Capra et tourne autour de l'amérique. Je crois que, si je voulais à toute force le gagner, je devrais décliner une atmosphère "américaine", or, dans mon texte, j'ai surtout été française, voire un peu ch'ti. Bon, ce ne sont que des exercices, hein !

Clo

Posté par Clopine, 14 mars 2009 à 14:51

je suis pas près d'y remette les pieds

sur leur site à la noix. je crois que sur ce coup Télérama s'est vengé de toutes les méchancetés que j'ai balancées sur leur compte, Dieu sait j'en ai dites.
En tout cas c'est pas cette histoire qui va nous réconcilier.
Clopine comme vous le dites la rdl c'est plus simple, enfin pas toujours, parfois c'est compliqué aussi.
Sauf que je n'ai jamais considéré la rdl comme une atelier d'écriture mais plutôt comme une club de critiques littéraires amateurs, dans un atelier d'écriture il faut savoir inventer une histoire et après savoir la raconter, c'est vachement plus difficile que faire de la critique.
bon vous ne m'en voulez pas pour ma méprise, c'est déjà l'essentiel.
bàv

Posté par dexter, 14 mars 2009 à 17:04

Wells !

Je ne me souviens plus si c'est dans "La machine à remonter le temps"... Mais ...
Les gens de la RdL me font penser à cette population du Haut, belle, bien entretenue, solaire et papotante, qui sert, en fait de liberté en surface, de nourriture aux gens du Bas, les mécaniciens, les besogneux, les travailleurs qui sortent la nuit pour les tuer comme un vulgaire Zappata (tu vois, cochonnet, je pense à toi ...)...

Posté par JC, 15 mars 2009 à 11:57

continent

ce qui frappe avec le personnage de Settembrini, c'est qu'il parle d'un continent englouti et du mouvement social et des mouvemets initiatiques (devenus souvent conservateurs voire réactionnaires), où pensée rationnelle, anti-cléricalisme et idéalime se fondent dans un horizon qui n'est certainement pas réductible à la croyance au progrès;

denis

Posté par denis, 04 juillet 2009 à 09:41

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