17 mai 2008
L'oeil rond de Clopin
Ce n'est pas que Clopin ne s'intéresse pas à mes déboires internautiques, hein. IL vient sur "Clopineries" tous les jours, et me fait l'amitié d'apprécier mes élucubrations (notez que c'est bien le moins !). M'enfin, l'affaire "Pierre Asssouline", je le sens bien, lui est passée légèrement, voire pas mal au-dessus de la tête.
Mais ça ne me vexe pas, au contraire. Je trouve cela réconfortant. Je vois la maigre silhouette de Clopin naviguant de l'atelier à la grange, en cotte verte, avec la bêche sur l'épaule. Je sais qu'il a l'âme prise, en ce moment, par les impeccables lignes de semis qui l'une après l'autre, alternent les futurs petit pois, carottes, navets et autres pommes de terre. IL faut aussi compter avec les moutons à tête noire (d'habitude, les moutons, on les compte tout court !) qui disparaissent presque dans les grands boutons d'or. Et puis aller voir plus souvent Utopy et sa mère, sinon le feudon va devenir aussi sauvage qu'un guépard (enfin, presque).
Eh bien, cela remet les choses à leur place, voyez-vous. Le flou virtuel, c'est bien. Mais les valeurs sûres d'une vie perenne aussi...
Bon, bien sûr, si vous vous baladez un soir à Yport avec lui, il y a fort à parier que Clopin trouvera le moyen de rapporter quelques romantiques souvenirs. Un bout de PVC gris, qui traîne, par exemple : "tu te rends compte ? Un beau coude comme ça, tout neuf ? j'en aurai sûrement besoin... Un jour". Une planche de 5,5 "ah non! Pas question de laisser pourrir un beau bout de bois comme ça sur la plage ! Elle m'attendait, cette planche, c'est tout!" Un tuyau en plastique rouge... une barre de fer... Ca ne colle pas forcément avec la vision d'une promenade sur une des plus jolies petites plages normandes, avec soleil couchant sur scintillement marin. Mais c'est rassurant. Comme de mettre les pieds sur une terre solide.
N'allez pas croire pour autant que la vie de Clopin soit uniquement tournée vers le matériel, la récupération et le positif. Cet homme-là est parfaitement capable, tout comme un autre voire même plus, d'élans altruistes, de sensibilité artistique (surtout le monde de l'image : il est photographe de formation) , d'admirations littéraires (même si surtout cinématographiques) et peut être un fin lecteur, quand il le veut.
Mais il ira généralement droit à l'essentiel.
Souvent, je l'oblige à lire mes textes. Je le taquine : "tu comprends, il me faut l'avis d'un non-spécialiste, hein. Du pékin de base..."
Il soupire, va lire, se borne à quelques questions puis émet un avis. Cela va du "oui, c'est bien" (ça, c'est quand il a lu pour me faire plaisir, hein). Au "ah, oui, là c'est vraiment pas mal" (plus rare, j'en conclus instantanément que c'est génial) . Pour finir par "ah oui, là ton texte il est super, il faudrait en faire quelque chose, tu veux que j'en parle à untel ? " (là, c'est quand j'ai écrit un truc sur un sujet qui concerne Clopin : le monde agricole, ou la nature, enfin bref).
Une telle échelle a le mérite de la simplicité. Je suis notée de 1 à 3, quoi...
Mais il est vrai que, depuis que j'ai commencé l'aventure de la Recherche Racontée, je sens bien que Clopin, malgré sa bonne volonté, me regarde avec un oeil qui s'arrondit de plus en plus. Il soupire bas... Et me demande, presque timidement "tu sais où tu veux en venir, hein ? Parce que c'est un peu confus, là, non ? "
Aaaaarghhhhhh... Si même Clopin m'assassine dans le dos, vous imaginez ? Que me restera-t-il, vu qu'en plus, je suis absolument nulle en macramé ?
Clopine, un oeil rond la regaaaarde...
Commentaires
Bonjour,
J'aime beaucoup quand vous parlez ainsi.
Les questions, avant mon départ, n'étaient pas un jeu mais une façon délicate de vous dire comment je perçois votre travail parce que ce n'est pas un commentaire mais une création construite à partir de vous "à la recherche" de ...vous... C'est une énigme dans l'énigme-Proust, nous révélant quelle lectrice vous êtes et quelle création jaillit de vous en labourant ce livre.
Tourment
Votre démarche, votre quête et vos recherches ont quelque chose d'émouvant.
De vous suivre à chaque fois me questionne ! Et me renvoie inéluctablement à mes propres questions !
je viens de supprimer le message de hébin
(celui-ci va ricaner;, et aller évidemment à l'explication la plus vile, mais enfin, lui dire que ce Clopin dont je me sens si "supérieure" est tout simplement l'homme de ma vie, le père de mon enfant, et que le premier qui y touche, eh bien je le tue. Voilà)
"Battre le plein"
« Clopin trouvera le moyen de rapporter quelques romantiques souvenirs. »
Ha, Clopine, n’êtes-vous pas sensible au geste atavique, "battre le plein", le long d’une plage ? Le plein, cette ligne de varech qu’a déposée la mer au plus haut de sa course. On y trouve des merveilles, j’ai ramené des trésors.
Durant mon enfance, j’ai constitué toute une collections de ballons des autres, encore bondissants, des petites pelles, des râteaux, des seaux. Arrachés aux casiers, des flotteurs en plastique, en fer, des trophées.
Des objets obscurs, cassés, toute une tragédie derrière, imaginer la tempête, la perdition, corps et âmes…
Un gros bidon de peinture blanche presque plein, incrusté de concrétions. Même une fois une bouteille à la mer lancée par un anglais d’en face, du Kent ou de Jersey, je ne sais plus.
Et puis le bois. Surtout le bois. Très important le bois. Pour la cuisinière, pour économiser le charbon les jours froids, hors-saison. Comme nous y sommes presque jamais à cette époque, les bois s’entassent dans la remise, certains lisses comme des galets, gorgés d’eau salée continuent de pourrir à l’abri, contaminant les autres, les planches comme neuve, superbes, parfois un lourd madrier pour lequel on a interrompu une balade, rameuté des bénévoles, on l’a hissé, transporté sur le chariot du bateau gonflable dont les roues s’enfoncent dans le sable sec.
Parce qu’une belle planche comme ça, la laisser à n’importe qui, c’est pas moral !
L’impression d’être un pirate, limite naufrageur, de vivre sur le pays, un Gilliatt.
"C'est un grand charme ajouté à la vie dans une station balnéaire comme était Balbec, si le visage d'une jolie fille, une marchande de coquillages, de gâteaux ou de fleurs, peint en vives couleurs dans nore pensée, est quotidiennement pour nous dès le matin le but de chacune de ces journées oisives et lumineuses qu'on passe sur la plage."Proust,
à l'ombre des jeunes filles en fleurs
merci, JC, j'ignorais cette origine !
Ah, JC "battre le plein", quelle jolie expression - et comme je vous vois bien, sur la plage : un glaneur, déjà ?
Oui, Clopin est comme vous. Glaneur, parfois glandeur, mais aussi collectionneur, curieux et ouvert sur le monde. De plus, il a des yeux de lynx, alors que les miens, hélas,s'assombrissent. Je lui fais donc entièrement confiance pour les découvertes les plus précieuses : celles qui sont à nos pieds, que tant dédaignent, et qui sont pourtant toujours utiles. (je crois que c'était l'idée de l'abbé Pierre, quand il a fondé Emmaus. La métaphore du rebut qu'on récupère, comme il fallait tenter de récupérer les hommes soi-disant perdus)
Clo, merci de votre message qui sent bon l'enfance. Je pense que Clopin va le lire, et l'apprécier !
Paul Edel, on croirait presque que vous lisez à haute voix, comme vous reliriez une lettre à peine sèche ! Viendrez-vous, au "baiser de la Matrice" ?
Clo
suer sang et encre
Bonsoir à tous,
Demain se lève dimanche, et Séféris vous accueillera à votre réveil par ces mots, extraits du poème du meme nom:
Προτιμώ μια στάλα αίμα από ένα ποτήρι μελάνι
Je préfère une goutte de sang à un verre d'encre
Mais le poète ne se fait-il pas un sang d'encre?
Clopine,
il m'a fallu du temps pour comprendre, un peu, ce qui a eu lieu dans les mots, sur le blog de Pierre Assouline, vous concernant. J'ai lu les messages d'amitié, nombreux de vos amis, ici même. Je fais un effort pour patienter avec ML mais je ne lui accorde pas le droit de vous humilier si injustement. Je ne crois pas qu'il n'y ait que ce livre qui vous sépare.
Je crois, mais ce n'est qu'une intuition peut-être trompeuse, qu'il vous "bastonne" parce que dans le fond, il vous aime bien. C'est l'amour terrible de ceux qui choisissent un être doux pour régler tous les comptes de leur mal-vie...
Vous êtes fraîche, spontanée, très féminine. Vous avez exprimé le désir de reconnaissance de votre écriture, car je crois qu'elle est importante pour vous. Vous semblez vivre un grand bonheur accordé aux êtres, à la nature, à vos douces petites bêtes. Tout cela doit l'exaspérer comme une caresse sur une chair brûlée.
Continuez à être heureuse, à écrire. Faites comme les canards qui laissent l'eau couler sur leurs jolies plumes. Dans ce monde de fous la douceur l'emporte durablement.
J'ai beaucoup aimé lire votre nouvelle, celle qui a été retenue. Il se passe vraiment quelque chose d'étonnant dans ce texte où vous avez su admirablement saisir et transmettre une histoire de mère. Ah! sa surprise devant sa fille en jupette de tennis !
Sachez que vous avez mon amitié et surtout mon respect.
Christiane, vous savez...
D'abord, je suis contente que ma petite nouvelle vous plaise - ma grande soeur est un sacré numéro, et quand je parle d'elle, c'est toute l'enfance qui remonte. Je trouve qu'il y a peu de récits sur les frères et soeurs (ce petit salopiot de Marcel Proust a carrément renvoyé son frère dans les limbes, pour la Recherche, par exemple...)
Vous savez, je crois qu'il n'y a rien qui vaille les bêtes près de nous. Depuis que je suis toute petite, j'ai un chat sur les genoux... Et je crois bien avoir transmis le virus à mon fiston. Je vous imagine bien aussi comme ça : entourée de regards (les animaux nous regardent tant, et ils ont la délicatesse de garder leurs conclusions pour eux !), de poils soyeux ou non, et de vies autres qu'humaines !
et bonne journée à vous (pardon de ne pas vous avoir répondu plus tôt, mais le temps, n'est-ce pas, le fichu temps !
Clopine
Sapience, vos poètes grecs, là...
Eh bien ils sont fabuleux. Je leur trouve une simplicité et une lumière "apollinairienne", ce qui semble tomber sous le sens d'Apollon, mais qui renvoie aussi à mon poète préféré. Je trouve leurs mots "solaires" -dommage qu'il faille fouiller dans les coms de la RDL pour vous y débusquer.
bonne journée à vous
Clo
Le syndrome de don Quichotte ?
Votre grande sœur et vous, n'auriez-vous pas fait vos délices de l'île mystérieuse de Jules Verne par hasard ? Cyrus Smith, solide, rassurant, organisé, sachant tirer parti de tout …
Pour les récits de frères et sœurs connaissez-vous Emma Richler ? j'aime éperdument Feed my dear dogs; mais à ma connaissance seul son premier roman (d'une veine tout aussi autobiographique) a été traduit en français: Sœur Folie.
Bonne soirée à tous.
Miette
Miette, c'est surtout avec Clopin !
Oui, Clopin et moi nous partageons ce goût pour l'île mystérieuse (comme un certain Charbinois, d''ailleurs), sans illusion pourtant pour les ravages que l'esprit technicoscientifique issu tout droit de ce 19è siècle-là a fait subir à notre planète.
Je ne connais absolument pas Richler. Je note !
bien à vous
Clo

