23 avril 2008
c'est à toi que je parle !
Je regarde par la fenêtre, le brun épais de la terre du potager, qui vient juste d'être retourné par Clopin - ah ! Qui dira la douceur, dans l'air enfin printanier, du doux bruit des tondeuses, débrouissailleuses, motoculteurs, tronçonneuses et autres souffleurs automatiques, karchers, compresseurs se superposant gaiement aux sifflements des petits oiseaux, sur fond de moteurs divers ? Je surveille la prochaine éclosion des pivoines -pour l'instant, on ne voit qu'un mince filet rouge entre deux paupières vernissées, vertes et bombées comme des yeux de batracien, qui s'écartent juste assez pour faire croire à un regard sanglant. Je renifle par petits coups l'air du matin, encore humide et brouillardeux, mais qui se met à ressembler à une jeune fille dans sa salle de bain : on sent qu'il faut juste un peu de patience, encore quelques bruits d'eau, et hop ! une gaieté nerveuse va sortir, se mettre à courir, palpiter.
j'ai envie de prendre le printemps par le col, de le secouer un peu, de l'avertir. Pas question qu'il fasse le mariolle comme l'an dernier, où il dégoulina tant et si bien en mai et en juin (les deux plus jolis mois en Normandie pourtant) qu'on ne mangea autour de la table du jardin, en tout et pour tout, que deux fois. Le programme de cet année est chargé. Je voudrais tant que V.A. revienne, et aussi accueillir les vieux potes, pourquoi pas une visite de Gérard ou un petit tour de PHilippe, ou d'Armelle ? Yu reviendra-t-elle, petite hirondelle chinoise aux ailes noires et bleues, comme elle nous a assuré en avoir tant envie ? Sait-on jamais, des Charbinois (*) pourraient passer par là, pourquoi pas ? Et puis, n'est-ce pas, nos habitués, ceux avec qui nous refaisons le monde, leurs grands enfants devenus des jeunes gens , qui amènent jusque chez nous leur fraîcheur, et la bande piaillante, effrontée et remuante des petits, comme des chatons, des chiots galopinant là autour...
Certes, certes. Mais pour tout ça, il nous faut du sec, n'est-ce pas, et du beau. Des soirées bleues avec des traînées roses. Une table dressée au droit du jardin; Des bougies sur la table, un gilet sur le dossier d'une chaise, pour la petite fraîcheur du soir, les feuilles de la vigne au-dessus, la senteur de la glycine (pas encore le plus petit bouton à l'horizon, nom de dlà) qui descend sur les assiettes, en même temps que le jour... Entends-tu, Printemps ? C'est à toi que je parle, alors, ne fais semblant de ne pas m'entendre, en laissant encore traîner le gris de ton ciel par ici, comme un adolescent boutonneux installe à table son humeur morose et ses yeux bouffis.
Non, non, pas de ça Lisette. Tu me fais le plaisir de te programmer en mode câlinou, cette année, n'est-ce pas ? Allez, file, au boulot, et que je n'ai pas à te le redire...
Clopine, un peu inquiète, là. J'attends sa réaction, n'est-ce pas.
(*) : ceci est une invitation, savez-vous ?
Commentaires
Colette, encore en vie,
vous aurait piqué votre texte sans qu'aucun de ses lecteurs assidus ne voit la différence. Si votre Blandine est aboutie, pensez à mon tuyau ; on ne sait jamais. Enfin, moi, ce que je vous en dis... hein...
Gina, vous m'aimez trop !
Et vous me feriez chanceler sous la référence, là. Mais heureusement, ma tête n'est qu'à 1 mètre 68 du sol !
... et puis, vous savez, comme dirait le jeune Chronolog "Picasso est mort, bordel, et nous sommes vivants".
S'il vous plaît, cependant, de la mesure avant toute chose...
merci je vous embrasse
Clopine
C'est joli
et ça me touche profondément. Je crois que c'est comme ça qu'il faut lui parler au printemps. S'il ne comprend pas c'est qu'il est vraiment dur de la feuille ou de la comprenette !
Volontiers qu'ils viendraient les Charbinois. Déjà, d'ici une quinzaine, ils devraient passer en dessus du pays de Bray en avion les Charbinois, pour aller visiter (trop brièvement) la verte Irlande - un pélerinage retour après plus de 30 ans d'absence. Un saut en parachute, pendant le vol de retour ? J'hésite car j'avoue avoir sérieusement peur du vide. Le plus raisonnable ce serait qu'on se décide à prendre la voiture et à péleriner vers chez vous d'une façon plus raisonnable que de se jeter dans l'espace sans autre assurance qu'un sac en toile.
Je le sens bien, d'un coup, le printemps de c'tannée, et puis c'est mon premier printemps libéré des obligations salariesques... Alors ça s'arrose, enfin, façon de parler !
amitiés iséroises
Le printemps est arrivé, la belle saison.
"On ne voit qu'un mince filet rouge entre deux paupières vernissées..."
Quel beau morceau de poésie cet appel au printemps. Merci Clopine.
Feuille tourbillonnante au vent
M'enfin, voyons, pour aller en Irlande, le plus court est de passer par Beaubec ! Ne rigolez pas , mais sachez qu' on est en plein sur la route de l'aéroport de Beauvais-Tillé, qui a des vols quotidiens pour Galway, Dublin, à pas cher du tout. LE plan est donc de monter en voiture jusque cheu nous. Comme ça, vous avez le parking gratuit (... et quelques heures de bagnole, certes, mais on va pas chipoter :>))
. On vous emmène le matin à l'aéroport, on vient vous rechercher (ou pas, ça dépend si y'a du vent... :>)) au retour, vous pouvez faire halte pour une nuit, une heure, plus, moins : liberté liberté chérie.
Sans rire, on a déjà des potes qui font ça, et CA NOUS FAIT PLAISIR alors ?
Pensez-y, même si c'est trop tard pour cette fois (ou non ? enfin c'est vous qui voyez ) parce que de toute façon, l'Irlande, on y revient toujours.
Prenez de toutes façons une bonne BOUFFEE D'EIRE : vous le valez bien (dit-elle en rejetant ses cheveux sur l'épaule, façon pétasse....)
:>))
Clopine
C'est joli
et ça me touche profondément. Je crois que c'est comme ça qu'il faut lui parler au printemps. S'il ne comprend pas c'est qu'il est vraiment dur de la feuille ou de la comprenette !
Volontiers qu'ils viendraient les Charbinois. Déjà, d'ici une quinzaine, ils devraient passer en dessus du pays de Bray en avion les Charbinois, pour aller visiter (trop brièvement) la verte Irlande - un pélerinage retour après plus de 30 ans d'absence. Un saut en parachute, pendant le vol de retour ? J'hésite car j'avoue avoir sérieusement peur du vide. Le plus raisonnable ce serait qu'on se décide à prendre la voiture et à péleriner vers chez vous d'une façon plus raisonnable que de se jeter dans l'espace sans autre assurance qu'un sac en toile.
Je le sens bien, d'un coup, le printemps de c'tannée, et puis c'est mon premier printemps libéré des obligations salariesques... Alors ça s'arrose, enfin, façon de parler !
amitiés iséroises
Grandes dames
Colette ici, Georges Sand sur la RDL (et sous la plume de Paul Edel excusez du peu!), Clopine vous êtes vraiment en train de rivaliser avec de grandes dames!
de quoi choper le tournis, effectivement
mais ne vous inquiétez pas : j'ai la tête coincée solidement entre mes épaules - et préfère discerner l'intention gentille derrière l'excès de louange.
à plus,
Bonne journée à vous

