17 avril 2008
J'ai raté mon coup...
Bon, eh bien j'ai raté mon coup, admettons-le. La lettre d'Amar à Monsieur le Docteur Cassaigne, maire de Saint Justin, ne passionne pas les foules. Dix lectures seulement sur "in libro veritas", et ici, un seul et chaleureux (comme toujours) commentaire de Lavande, certes (merci Lavande), mais qui ne dit mot sur ce que je croyais évident et qui ne l'est donc pas : la qualité littéraire du texte.
Lavande parle simplement de l'émotion qui s'en dégage. Emotion due bien entendu beaucoup plus aux contingences (c'est un paria de la société qui parle, mort de surcroît) qu'au projet du texte, qui est, je l'admets aussi, juste un plaidoyer pro domo (dans tous les sens du terme ici).
Donc je me trompais. En lisant et travaillant le texte d'Amar, j'y voyais une qualité d'écriture qui n'y est pas, ou que je suis seule à voir. En fait, j'avais la même sensation qu'en regardant une oeuvre du douanier Rousseau, ou plus exactement ces peintures naïves d'Amérique du Sud - et je m'imaginais déjà l'enthousiasme populaire, avec questions à l'avenant (où, ce texte ? Qui, cet Amar ?)
Et personne ne songe même à demander si le pauvre vieux journalier l'a obtenue, sa maison tant désirée de Picata. (dans la réalité, la lettre n'est pas partie, et Amar n'a jamais loué la maison)
Sans doute le côté par trop Cosette (bien que parfaitement exact : pas d'électricité et lavage du linge au ruisseau...), la paranoïa qui se dégage du personnage, supplantent la simple beauté de cet homme imprégné du besoin d'amour ? Et les inventions langagières, la construction très originale, les dialogues si pertinents et si drôles, (à mes yeux, hein) ne sont que laborieux aux yeux des autres ?
Bon, tant pis. Le texte est mis en ligne, il aura sa vie propre, comme Amar a eu la sienne. Et s'ils doivent s'effacer complètement tous les deux, au moins les aurai-je respectés, et dormiront-ils ainsi en paix - loin des tourments de la pauvreté, de l'âge, de la solitude et de l'indifférence des hommes.
Clopine, au fait, sur la RDL, très très intéressant message sur "La Princesse de Clèves", rebondissant sur un article de Philippe Val dans Charlie Hebdo : défense et illustration de la culture française, en quelque sorte. J'adhère !!
(aux Charbinois et Charbinoises : les choses promises sont des choses dûes... même si elles sont parfois lentes à venir. Je prends patience pour vous !)
Commentaires
quelques questions...
J'ai lu ce texte et je voudrais avoir quelques précisions :
- vous dites dans un précédent message avoir "travaillé[r] sur le texte". Avez-vous corrigé uniquement l'orthographe et la ponctuation ou avez-vous "traduit" certaines formulations? Qui a choisi le titre de ce texte? Je trouve dommage que ce titre déflore l'histoire.
- dans ce précédent message vous parlez d'un "texte collecté" : il s'agirait donc d'un texte dicté, ou d'un texte "accouché"?
En fait, il est difficile de croire qu'un ouvrier agricole -je sais bien comment vivaient les ouvriers agricoles aux alentours de 1900...- ait trouvé le temps d'acquérir un langage, un vocabulaire et de jouer avec les mots, mais tout est possible. En ces temps là on a des surprises chez les ouvriers, je crois qu'on en a moins chez des personnes souvent considérées comme des bêtes de somme, mais tout est toujours possible.
C'est pourquoi j'aimerais vraiment, si c'est possible, connaître vraiment l'histoire de cet Amar, si vous la connaissez vous-même : comment est-il arrivé en France, où, comment a-t-il vécu?
Quant au texte je reste un peu dubitative. Il a effectivement des côtés autodidactes avec des aspects sympathiques mais aussi des aspects un peu pénibles inhérents à cette autodidaxie! J'ai été peu émue mais je comprends que vous l'ayez été peut-être parce qu'il vous est proche d'une certaine façon.
Merci en tout cas de votre réponse (mes questions sont dépourvues de toute suspicion, je le précise car l'écrit... vous savez bien!)
l.
Meuh non...
Qu'il fasse 30 pages ou 17 - en réalité 17 comme l'a constaté Lavande - un texte de cette longueur demande un minimum de temps. Chez nous, par exemple, comme le temps est à la pluie, nous le passons (le temps) dehors, en attendant la pluie qui nous empêche(ra) de faire les travaux urgents.
Donc, pas beaucoup de temps sur les mac, et pas le temps de regarder de DVD qui n'arrive pas - c'est bien de cela dont il s'agit ? - ça tombe bien qu'il ne tombe pas vite, celui-là...
(Dieu, que de temps, et mon dico qui n'a aucun synonyme à me proposer pour améliorer mon texte !)
Il m'a fallu un certain temps pour aller me balader sur "in libro veritas"...
Tu n'as donc pas forcément raté ton coup, on en est d'ailleurs maintenant à 15 lectures et non plus 10. Je constate pour ma part que si je poste un texte sur "ma" liste d'écriture, il suscite, pas forcément, des commentaires, mais si je poste un lien, alors là c'est le flop.
Et Amar dans tout ça - ne pas l'oublier !
Il écrit très bien, avec je trouve pas mal de second degré, de l'humour, de l'imagination, de la poésie. Voulait-il vraiment l'expédier à son destinataire, cette lettre ? Ingénuité vraie ou fausse ? Le personnage excite ma curiosité : et d'abord comment est-il tombé chez toi, comment le connais-tu, qui était-il ? C'est quoi, les photos dont tu as parlé quelque part, je crois ?
Amar serait autodidacte : une bonne leçon pour ceux qui respectent l'école comme seule et unique porte d'accès au sacro-saint savoir. En tant que retraitée de l'Institution, je sais qu'elle est excellente pour certains, destructrice pour d'autres et qu'elle peut présenter toutes les données intermédiaires.
Son texte me pose des tas de questions : s'il avait rédigé un récit beaucoup plus détaillé de son existence, j'aurais adoré !
Tu parles de son côté Cosette, la seule paire de chaussettes qu'il possédait, il l'a trouvée, jetée par des vacanciers. Il mange des châtaignes qu'il va récolter. Et si je devine bien, il écrase tous ses aliments avec un pilon... parce qu'il n'a plus de dents ? Merci la sécu !
Mais il décrit sa misère avec comme un détachement plein de philosohie.
Bref, une forte personnalité, un personnage attachant. Comme tu le dis, on en croise sans les voir, des "Amar". C'est une perte pour chacun de nous, chaque fois que nous nous ratons...
Si tu trouves le nombre de lecteurs pas assez exponentiel, fais une petite piqûre de rappel de temps en temps, ce serait dommage que le texte de cet homme oublié soit oublié.
Nie Hao et adieu
Bon, comme ça vous avez mes coordonnées dont mon e-mail, sur votre rapporteur de Blog.
Amicalement,
Thierry
C'est juste que je n'ai pas réussi à trouver ce texte.
Pouvez-vous nous mettre le lien de la page où ça commence ?
(Quelques réactions sur la note Clèves m'ont sacrément déçu)
Pas vraiment déçue, non - qu'attendre d'autre ?
Vous avez tort d'être déçu, JD, vous avez déjà obtenu un résultat remarquable : Assouline relayant Philippe Val sur la RDl, et sur un sujet comme La Princesse de Clèves, qui ne passionne pas les foules - à part vous, qui aurait pu accomplir un tel tour de force ? (perso, j'ai lu ce livre "inocemment", hors scolarité ou analyse littéraire, à plat quoi. Il est surtout remarquable en ce qu'il nous transporte au mileu d'une cour royale, où pourtant les coeurs humains sont les mêmes que partout ailleurs, et leurs mouvement bien analysés !
Alors, JD, le plus simple pour vous est d'aller sur google. Là, vous tapez "in libro veritas" : une page de mise en ligne de textes d'amateurs s'ouvre, très (trop?) chargé. IL y a en haut à gauche de la page, une barre de recherche. Tapez "Mademoiselle Picata", vous devriez avoir accès.
Sinon, je le mettrai ici, dans une catégorie spéciale.
bien à vous
Clopine
Princesse
Je ne résiste pas au plaisir de recopier une citation de Chevillard (14 mars) qu'a donnée un commentateur de la RDL:
Avisant la princesse de Clèves dans les allées du Salon du livre, ce matin, notre souverain se serait détourné d'elle avec dédain en lui lançant : "casse-toi, pauvre conne!"
excellent, comme d'hab chez chevillard. mais si vous aimez les aphorismes, vous pouvez aller aussi butiner chez Loïs de Murphy, qui en présentent de fort goûtus, ma foi.
Clo

