Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

11 avril 2008

Le livre de Frégni, la critique littéraire, Assouline et JLK


Je sais que Fernando Pessoa qualifiait la critique littéraire (quand elle est négative) de "forme suprême et artistique de la médisance". N'empêche que lorsque vous rencontrez un érudit, homme de goût, ouvert sur son temps et redoutable analyste, comme Pierre Assouline, vous avez tendance à suivre ses colères et ses enthousiasmes. Souvent avec profit...

Est-ce à cause de cela que je suis devenue exigeante, regardante, chipotant non seulement l'ouvrage critiqué, mais la critique elle-même ? Aujourd'hui, je suis allée sur la Rdl, d'une part, et chez JLK (à droite, cliquez dans "carnets littéraires") d'autre part. Les deux blogs parlent du même livre , d'un certain René Frégni "Tu tomberas avec la nuit".

La critique de JLK rend dix longueurs à celle d'Assouline !

Quiconque d'un peu de bonne foi lit son texte et celui publié sur la République des Livres ne peut que l'admettre, et me donner raison. La critique de JLK est claire, totalement accessible du premier coup, elle rend l'auteur et son contenu attachants, elle donne envie de lire ce livre. IL prend clairement parti, comme le bon lecteur qu'il est , et dès la première phrase. Et il déroule ses arguments avec comme unique préoccupation de servir le livre dont il parle.
Bref, du bon boulot.

Tandis que chez Assouline, (où, comme d'habitude, il y a foule, et je ne dis pas ça méchamment, j'en suis..), tout le papier est alambiqué. D'abord, le livre de Frégni est abordé conjointement avec SImenon : une manière, pour Pierre Assouline, d'"excuser" son intérêt pour ce livre, en le rattachant à l'une de ses notables passions ? Ensuite, des phrases compliquées, une sorte de danse un pas en avant deux pas en arrière, où l'on croit discerner, certes, une réelle empathie pour Frégni, mais tout de suite freinée. Point trop n'en dire, ménager le doute, ne pas s'avancer trop. Une méchante dirait qu'il y a là du souci de soi, de ne pas s'exposer. Mais j'ai trop d'estime d'Assouline pour penser cela...

Je préfère en conclure que pour qu'une chronique littéraire soit réussie, pour que la critique d'un livre soit bonne, il est nécessaire que s'opère une certaine alchimie entre la teneur du texte critiqué, et la chronique elle-même. Qu'il y faut déployer les qualités du caméléon... Le texte de JLK est simple, lumineux, plein de bon sens et d'émotion assumée. IL semblerait bien que le livre dont il parle contienne lui aussi ses solides qualités. La critique de Pierre Assouline est pleine de retenues, alambiquée, tentant d'expliquer par en-dessous pourquoi Assouline se préoccupe de ce livre... Elle rate son coup.

Assouline, qui est quelqu'un de visiblement charmant, d'une érudition qui m'époustoufle, d'un goût si sûr que c'est un plaisir de le suivre, et dont les opinions et les actions démontrent qu'il est honnête homme, a parfois de ces sortes de ratages qui doivent tout, à mon sens, à sa trop grande politesse, à son statut peut-être, qui l'entraînent à vouloir ménager à toute force la chèvre et le chou.

Je suis peut-être dure, là ? Va savoir... Pas plus que Pessoa, en tout cas ! :>))

Clopine

Posté par ClopineT à 10:17 - Petites histoires de blogs - Commentaires [0] - Permalien [#]

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