Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

07 avril 2008

Hiver au printemps..

La neige est un cadeau. OH, je sais, cette année, au Canada, elle fut un fléau. Et puis, l'économie, la circulation automobile, le climat détraqué, et si je devais travailler dehors n'est-ce pas.

Mais elle est quand même un cadeau, d'autant plus époustouflant qu'inattendu, un 7 avril en Normandie. J'espère que l'homme va me donner de ses photos, pour un petit album blanc comme hiver au printemps. D'un blanc qui fait mentir Coluche dans le célébrissime sketche de la lessive, d'ailleurs : ça existe, "plus blanc que blanc". Le museau blanc du chien, saupoudré ce matin, faisait un peu jaune dans le champ qui devenait bleu, au petit matin (moi, la neige, ça me fait lever, c'est plus fort que moi.)

Je suis sortie, j'ai pris un bâton et je me suis souhaité un Bon Anniversaire Secret, en traçant mes lettres dans la neige, au plus profond des 20 centimètres tombés cette nuit... Parce que cela fait 8 ans aujourd'hui que j'ai commencé d'écrire. D'écrire vraiment, veux-je dire, sachant ce que je faisais et me le disant. Toutes les excuses, les échappatoires, les tergiversations étaient derrière moi. L'inhibition devant l'énormité de la chose. L'humilité, devant la certitude de "passer après", de ne "pas savoir", de l'àquoibonisme "pourquoi écrire, après Proust ?". La trouille de ne pas y arriver. La vie de ma mère (je n'ai pas pu écrire un mot, tant qu'elle vivait). L'apparente futilité de l'entreprise.

Il me restait, ce matin-là où j'ai commencé d'écrire, qu'une seule certitude ; j'avais quelque chose à dire. Si ce n'est aux autres, au moins à moi-même. Ce texte-là, je le portais depuis trente ans - il est donc "sorti tout seul". Je me souviens que je tremblais, quand je l'ai fini. C'était donc ça, écrire !

j'aurais dû arrêter là, bien sûr. Puisque ça y était, c'était fait : une vingtaine de pages imprimées sur papier, un titre, "Monsieur J.", un manuscrit - ou tapuscrit, mais bon, j'y étais arrivée.

Le problème de la valeur pouvait bien me tourmenter (il me tourmente beaucoup moins, huit ans plus tard) : j'étais transportée.

Et en huit ans, le processus a continué,s'est modifié, "banalisé" dirais-je. J'en veux toujours plus, je continue d'écrire, comme si cette première fois, qui aurait dû être la dernière, n'avait été qu'un tremplin. Alors qu'au moment où j'écrivais les premiers mots "je mentais à ma mère", j'avais le sentiment d'un accomplissement qui aurait dû se suffire à lui-même...

Je crois que je sais aujourd'hui que je n'arrêterai que tombée morte. Et aussi qu'on écrit dans sa tête, tout le temps. Et qu'à partir d'un certain degré d'acharnement, le devenir du texte n'est plus qu'un problème important, mais secondaire : la priorité est l'écriture...

Un peu comme de tracer des lettres sur de la neige, sachant qu'elle fondra avant la fin du jour, mais : justement.

Clo

Posté par ClopineT à 12:50 - Ah mon dieu que la vie est quotidienne - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

Justement...

L'éphémère donne une intensité à l'instant qui passe, justement parce que l'on sait que tout va disparaître, que rien n'est fait pour durer tel un autodafé perpétuel et blasphématoire. Heureux anniversaire Clopine.

Posté par gina, 07 avril 2008 à 13:35

Joyeux neigeux anniversaire, donc! Je te rejoins complètement sur la question de la "valeur" de ce que l'on écrit, qui se pose de moins en moins au fil des années, alors que parallélement on devient de plus en plus exigeant avec soi-même. c'est un beau paradoxe.

Posté par Marco, 07 avril 2008 à 16:25

Noël au balcon....

Vos homologues de l'Isère apprécient moins la température qu'il a fait cette nuit, qui risque d'être fatale aux tomates "coeur de boeuf" si j'ai bien compris le post de mon jardinier préféré.
La neige, on l'a eue le jour de Pâques, nous, c'est pas mal non plus! Noël au balcon, Pâques aux tisons: le dicton s'est vérifié!
Méfiez-vous aussi de la soi-disant douceur toscane qui peut s'avérer plus proche du blizzard que du zéphyr en cette période de l'année. N'oubliez pas une petite laine (là, je joue ma Katharine Hepburn dans "la maison...") ...mais sans aller jusqu'à remplacer les petites baskets blanches par des snow boots!

Posté par Lavande, 07 avril 2008 à 20:02

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