Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

05 janvier 2008

Guy Pépin et Gustave Louvet

Sur France Cul, ce matin, émission sur les noms de rue, par le précieux Jean-Noël (un vrai cadeau) Jeanneney - et me voici soupirant d'un regret ancien: je n'ai jamais été domiciliée, en effet, que dans des rues banales, aux noms peu évocateurs, attribués en souvenirs d'obscurs personnages, adjoints au Maires méritants ou vieux professeurs oubliés.

Tenez, même Google ignore absolument qui peut bien être, bon sang, Guy Pépin, natif de Bernay dans l'Eure et qui a loupé la gloire et la machine à vapeur à une voyelle près... Quant à Gustave, ah ! Mon courrier ne parlait ni d'Eiffel et encore moins de Courbet, mais d'un Louvet dont j'ignore les mérites : là encore, à une lettre près, j'aurais pu me raccrocher à quelque chose de consistant, genre Présidence de la République (quand cette fonction n'était pas encore toute soumise au clinquant people), mais... que pouic ! Deux rues pourtant, l'une à Sotteville-lès-Rouen, l'autre à Rouen même, glorifient, encore de nos jours, l'Illustre Inconnu.


Mais je dois l'avouer : j'aurais bien aimé connaitre, au cours de ma vie, des adresses plus brillantes. Pas d'erreur, hein : non pas pour désigner ainsi l'endroit (cher) dont le seul nom équivaut à un compte en banque bien garni. Neuilly m'indiffère, euphoniquement c'est nouille et basta. Mais tant qu'à faire qu'à payer une taxe d'habitation, pourquoi ne pas la motiver par la gloire d'un Pasteur, le mérite d'un Ambroise Croizat ou le souvenir républicain d'un Jean Jaurès ? Vous me direz qu'à ce train-là, on peut aussi avoir à s'acquitter d'un impôt en souvenir de Jean Lecanuet, et je ne parle même pas des innombrables rues du Général de Gaulle ! Mais je suis bonne fille, et aurait pu, sans broncher et quoiqu'athée, trouver du plaisir à une rue "de l'évêché", ou "du presbytère".

Tant il est vrai que les noms de rue peuvent déclencher la rêverie, et la divagation. Je suis assez douée pour ça, je crois : tenez, à Rouen, la proximité de la Place des Emmurées et de la rue des Martyrs de la Résistance (avant que je comprenne qu'il s'agissait là de la seconde guerre mondiale) m'a longtemps conduite à imaginer je ne sais quel couvent pris d'assaut, avec nonnettes à genoux devant des soldats brutaux, se débattant pour échapper aux viols ignominieux et recevant, pour prix de leur héroïque combat, une peine d'enfermement au fond d'un noir tombeau - j'avais un peu abusé du "Moine" de Lewis, je crois...


N'empêche que je n'ai jamais eu la chance d'habiter rue Apollinaire, snif, ni une de ces rues étroites, sombres, jaillies tout droit du moyen-âge - Rouen en a plusieurs, qui m'ont toujours donné envie, comme cette "Rue du Pont à Dame Renaude", boyau infâme mais quel titre hugolien !

Bah, je me rattrape avec mon trajet quotidien, qui fourmille de noms charmants... Mais ce sera pour une autre fois, promis.

Clopine


Posté par ClopineT à 11:05 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

Moi, je vis rue Bouvard... Je ne sais pas s'il y a une place Pécuchet à côté, mais en tout cas, je me sens chez moi dans cette rue :)

Posté par Marco, 05 janvier 2008 à 21:53

rues et ruelles

J'eus dans ma vie une rue de la République, une rue de Trévise (oui, à Paris), une avenue Ferdowsi (oui, les tapis), un passage de la Liberté, encore heureux ce n'était pas une impasse, et au fin fond de nulle part du monde une avenue France, qui n'avait rien à voir avec l'amitié entre les peuples mais un hommage à Anatole dont s'était entiché le potentat local.

Ces voies alimentent encore mes rêves. Aujourd'hui j'habite chez deux illustres inconnues, celles qui construisirent mon château et nommèrent la rue.

Posté par andrem, 06 janvier 2008 à 23:16

En face de l'école ou furent mes enfants, une impasse de l'avenir ; triste présage.

Mais à Saint-Denis -pas dans le 9-3, dans l'océan Indien- une rue bizarre, qui donne envie.

Rue de la ravine des patates à Durand.

Et en plus, il y fait presque toujours beau ; il n'y gèle jamais.

Posté par Pilou, 07 janvier 2008 à 23:05

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