Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

19 décembre 2007

Soljenitsyne, Primo Levi, Hanna Arendt

J'ai lu et relu 'la journée d'Ivan Denissovitch", les thèses d'Hanna Arendt (notamment les notes prises à l'issue du procès Eichmann). Et voici que j'ai ouvert et fermé, hier au soir, "Si c'est un homme", de Primo Lévi;je croyais le connaître.  Mais voilà :je ne l'avais pas lu.

Oh, bien sûr, j'y ai retrouvé les mêmes détails que chez Soljé : les spéculations sur l'épaisseur de la soupe, par exemple. La survie dans la concentration de toutes les forces vitales sur l'immédiat. Le transport des tinettes. Le poids de la ration de pain...

Mais pourtant, il y a là autre chose, de bien plus terrible encore. Va-t-il me falloir, comme je l'ai fait à une époque avec "la Journée"... apprendre quasiment par coeur "Si c'est un homme", afin de permettre à ma raison de prendre le dessus ?

Il me semble ainsi déceler comme une contradiction entre les conclusions de 1976 de Primo Levi et les positions d'Arendt, sur le sujet du nazisme. L'un  avance  la spécificité de l'histoire allemande, comme explicaiton de l'adhésion d'un peuple à la folie de son dicateur.L'autre explique patiemment la banalité du mal, la revendique comme universellement humaine (un peu comme, en filigrane, Littell le proclame à travers les propos de Max Aue ).

Avant de commencer à réfléchir, il me faudra cependant faire taire les soubresauts de mon émotion, que les mots si simples, si "terre-à-terre" de Lévi ont déclenché. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Je regarde mon fils, et de tout coeur, je lui souhaite de ne jamais connaître cela. Et s'il faut commencer par une vigilance accrue, obstinée, quotidienne et méticuleuse, par la tenue d'un répertoire sur les dérives possibles des bons vieux racismes "à la papa" que notre pays connaît, j'en passerai par là, c'est sûr.

Clopine, secouée.

Posté par ClopineT à 09:36 - Listes, explications, regrets et plates excuses - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

Héraklite

Comme dans toute hésitation entre deux pôles possibles, ceux que vous incarnez par Primo Levi et Hanna Arendt, que je n'ai pas lu mais dont je prend à la lettre votre présentation, les deux thèses fonctionnent; l'histoire allemande et la banalité du mal. Laquelle est le déclencheur, laquelle est l'amplificateur, on pourra toujours ergoter, les deux s'emmêlent, non en une sorte de juste milieu des deux thèses, quelle horreur, mais en un combat permanent des deux approches.

Je pencherais pour la banalité du mal, oserais-je dire sa nécessité. Sans cette horreur, serions nous aujourd'hui construits comme nous sommes?

Ouh là, je vois venir le déluge sur moi. Ne vous méprenez pas, chère Clopine, il n'y a aucune tentative de début de commencement d'allusion de sous-entendu à une quelconque entreprise de justification de l'injustifiable, de l'insupportable. Mais l'application extrême de ce fondement de ma philosophie, la contrariété. Rien n'existe si son contraire n'existe pas. En cela, le mal est d'une banalité terrifiante, et sans avoir lu Jonathan Little, j'avais lu il y a cinquante ans le livre de Robert Merle construit sur la même logique, qui m'a appris dès lors à vivre ainsi avec cette menace d'autant plus redoutable qu'elle est tapie en chacun de nous, dans le coeur d'Hanna Arendt, dans l'esprit de Primo Levi, comme dans ma tête et dans votre cerveau.

Votre minot de 12, 13, 14 ans, environ, il faudra lui apprendre à se méfier d'abord de lui-même.

Une bonne couche de militarisme, de discipline, de misère et de propagande, et le tour est joué, là intervient seulement l'histoire allemande. Ainsi, l'Amérique que nous détestons à qui mieux mieux sait, dans la pire dérive où elle semble parfois s'enfoncer, inventer les vaccins qui vont la souver d'elle-même, ainsi notre culture nationale imbibée de Montaigne et de Voltaire parvient à laisser fleurir quelques belles plantes dans le concert des horreurs policières du jour.

Et parfois, concordance malheureuse, rien ne fleurit, rien ne s'élève, et la catastrophe devient planétaire. L'histoire le veut, non la culture ni le peuple, le vent de l'histoire, la boîte de Pandore ouverte par quelques imprudents, tels les rédacteurs du traité de Versailles après la WW1.

Nous ne pouvons faire l'histoire, ou pltôt, nous ne pouvons agir sur elle que d'une seule façon, minuscule et décisive: nous méfier de nous-mêmes.

Posté par andrem, 19 décembre 2007 à 11:24

C'est un grand livre un livre qu'on n'oublie pas un livre qui change la vie

Posté par annaorlova, 20 décembre 2007 à 21:46

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