Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

22 novembre 2007

le coeur gros

Bonjour à tous..

En fait, le nouveau site de télérama, avec ses "wizz" gainsbouriens, s'il me fait mal aux seins, c'est sans doute par nostalgie (j'y ai fait mes premiers pas ouèbiens,  et c'était comme Göttingen pour Barbara : il y avait des gens que j'aime...) mais aussi parce qu'il fait mal tout court, et que c'est sans doute inévitable...

Evidemment, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans etc.

Mais c'est exactement comme l'installation des FNAC dans les années 80.

Avant, ah, avant ! on poussait des portes (parfois même il y avait le grelot d'une sonnette qui annonçait votre arrivée), on entrait dans des magasins souvent petits, parfois obscurs, toujours encombrés. On était chez le libraire, ou chez le disquaire, ou chez le marchand de hi-fi qui avait une iode à la main, ou encore chez un photographe ou une galerie de peintures, une petite, avec une jeune fille derrière une table... Il y avait TOUJOURS une personne humaine qui vous souriait franchement. Quand on était plus de trois là-dedans, on s'envoyait des petits signes de politesses. Les conversations s'engageaient facilement. C'était calme, toujours, chaleureux souvent, à taille humaine quoi...

Et puis il y a eu les Fnac. Oh, certes, le nombre des marchandises y est colossal. Les moquettes épaisses, et il faut bien ça, vu le côté hall de gare en heures de pointe que n'importe quelle fnac arbore. IL y a des tas et des tas de gens, mais attention, hein. On se frôle, juste. On ne se regarde jamais. Se toucher ? Encore moins. On a l'air de savoir où on va, ce qu'on cherche. Les visages sont comme blasés... Le pire, c'est quand il vous prend le besoin de consulter un vendeur. ( déjà presque aussi difficiles à trouver qu'un journaliste à télérama.fr, invisibles, loins, loins, ne daignant pas répondre...)

Je ne sais pas vous, mais bibi, (ça doit être ma parano), je tombe toujours sur des vendeurs fnac, avec leurs hideux gilets bicolores tendance public school anglaise (un délice de goût) déjà fort occupés... Avec des clients qui chuchotent de longues conversations qu'on devine bien techniques. Le vendeur vous a bien vue, oh là là oui. IL vous regarde de coin. On suivrait presque les circonvolutions de son cerveau : "dire que je vais devoir arrêter de renseigner ce charmant jeune homme qui en sait autant que moi sur les mérites comparés des cartes mères des mac et des pc, pour devoir aller dire à cette ... euh... femme ? qu'elle s'est trompée de rayon :  c'est tout à fait le genre à poireauter une demi heure pour demander le dernier Harry Potter sans avoir vu les trente cinq piles d'un mètre cinquante disposées partout...) Parfois, quand j'ai une vraie question technique à poser, le vendeur me rétorque, narquois, une contre question à laquelle je ne bite évidemment que  dalle... le tout dans cette ambiance de ruche inamicale, ce croisement d'egos tous plus renfermés sur leur jouissance de consommateur, comme téléguidés, même ceux qui lisent des bédés debout sont isolés ET arrogants à la fois... C'est ça les Fnacs. Le temple de l'ego, dévoué à la seule jouissance de l'achat branché.

Eh bien c'est exactement la même évolution sur le site télérama.fr. On ne pousse plus la porte d'un endroit ouèbesque à sa taille, où on retrouvait des habitués, où on s'engueulait ou s'aimait un peu à la va comme je te pousse. Maintenant, c'est ambiance hall de gare, avec "espaces persos préservés", hein, exaltation de l'ego mais dans des endroits faits pour ça, et pas de dérapage s'il vous plaît. Vous ne me croyez pas ? Tenez, allez ouvrir un blog (pardon, un "wizz blog", histoire de bien comprendre qu'ici, ça va vite, c'est dans l'immédiat, l'éphémère..).

Déjà, un  blog, le site entier vous fait comprendre que c'est pas terrible (sans doute à cause de l'effort que demande la lecture) ; vaut mieux l'image, la photo, le dessin, la musique.... Ensuite, vos visiteurs, que vous coopterez vous-même, sont d'emblée appelés des "amis". Sisisi je vous jure, on se croirait chez Oui- oui...Pas d'atteinte à l'ego, hein, ça, ce n'est même pas envisageable.

J'ai ouvert un wizzblog. Je ne sais pas encore comment Grain de Sel est tombée dessus, parce que vraiment rien n'indique où c'est, comment s'y rendre. Et mes bras m'en sont tombés encore un peu plus bas, parce que, tenez-vous bien, j'ai reçu un message de télérama.fr. Enfin, un message. Ne croyez pas que dans cette sorte d'usine, on ait le temps d'écrire à quelqu'un, hein. On envoie un publipostage, c'est tout. Qui dit quand même que si on tient bien notre wizz, qu'on envoie de belles photos, de belles musiques, qu'on donne de notre si riche et intéressante personnalité, y'a pas de raison : on se fera tout  plein d'"amis" et télérama "mettra en valeur" les meilleurs (entendez les plus fréquentés, les plus consensuels, les plus insignifiants, quoi, dans le sens qui ne remettront jamais rien en cause !)  puisqu'évidemment, ici comme à la fnac, c'est le chiffre d'affaires entendez le Nombre, la Quantité, qui va primer...

Et vous voudriez, ô vous mes ex-téléranautes que j'ai tant aimés, à qui j'ai tant plu ou déplu, que je saute de joie en disant "chic, au moins ça bouge, c'est génial, y'a plein de trucs à voir, on ne sait plus où donner de la tête, et puis les wizz, c'est génial, on va pouvoir s'exprimer hein ...)

Il pleut sur télérama.fr, et j'ai le coeur chagrin.

Clopîne, j'emmerde la modernité (tiens, je m'en vais aller wizzer ce texte. Ca ne servira à rien, mais sait-on jamais. Peutêtre qu'un journaliste (ooh, un gros mot...) le lira ? C'est bientôt Noël, j'ai le droit d'y croire.

Franchement, vous les aimez, vous, les Fnac ?

Posté par ClopineT à 17:16 - Petites histoires d'une lectrice de Télérama - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

j'ai essayé de laisser un commentaire directement là bas, je n'ai pas réussi. Juste : je trouve ce texte excellent ! et partage entièrement cet avis.

Posté par sido, 22 novembre 2007 à 18:00

WiZZZ avec 3 Z !

Clopine (Beaubec)

M'enfin pourquoi tu ne veux pas mettre un Z de plus à Wizzz ! Bon, si je peux me permettre, avec un peu de patience et d'aide, je trouve de quoi habiller mon blog . Oui, je sais, habiller, le mot risque de ne pas te plaire mais lit le comme…le remplir. Non, remplir aussi, c’est pas beau. D’ailleurs, moi aussi je n’aime pas beaucoup ce mot, ça fait rayons , tu as raison. Ceci dit, comme beaucoup qui ont la chance d’avoir comme un certain pouvoir d’achat, le pouvoir de consommer, d’avoir aussi peut être un abonnement chez un FAI (fournisseur accès Internet) et du matériel pour…bref…il m’arrive souvent de m’égarer pour des achats , parfois impulsifs( Oh la très méchante époque !), chez des industriels de la culture. De toute façon, il n’y a plus de disquaire dans mon quartier. Il n’y en a peut être jamais eu. J’ai envie de sourire, je ne sais pas pourquoi, je pense à un film avec Michel Serrault dans lequel, sauf erreur, il se battait contre un hypermarché qui devait s’implanter…bref… Bon, je passe sur le discours « c’était bien mieux avant » et sur le mot ego(hall de gare ou ailleurs ???) mot que tu emploies très souvent dans ta note (oui, note sur un blog, c’est le mot parait il qu’il faut employer . M’enfin, il me semble que tu le sais déjà vu que tu tartines ou tartinais aussi ailleurs ). Il désigne généralement la représentation et la conscience que l'on a de soi-même. Le mot ego. Mais bon, comme moi, tout cela, tu le sais déjà, non ? Toi qui a peut être un certain talent d’écriture, pourquoi tu n’utiliserais pas ce nouvel espace ? Il peut être utilisé , sauf erreur, comme un blog mais pas seulement. Quant tu seras calmée, essaye juste d’y regarder d’un peu plus près. Il y a des tas de talentS, vraiment. Bon, tu peux continuer peut être à y vociférer contre le monde entier et regretter l’électricité, l’eau chaude, le quincaillier et je ne sais quoi d’autres qui sont de notre monde si injuste . Oui, ce monde est injuste, tu as raison . Il évolue bien, mal et c’est bien de prendre des positions et de gueuler (pardon) derrière son 15 ou 17 ‘ en ADSL . Ca doit faire du bien, j’en suis sur. Allez, je me trompe peut être, mais vraiment, fais un effort et tu verras, il y a ici dans cet espace tout jeune (jeune dans le sens récent, ne t’énerve pas !) des choses belles, très belles et des initiatives plus qu’intéressantes.
Tu savais qu’il avait à peine 30 ans Thomas ?
Wizzz avec 3 Z !
cultu

Posté par cultu, 23 novembre 2007 à 00:00

la fnac

la fnac c'est pratique pour repèrer l'achat que je vais faire chez mon libraire du coin mais ça fait un moment que les fnac ne sont plus des librairies

Posté par LEO NEMO, 23 novembre 2007 à 01:35

la fnac

la fnac c'est pratique pour repèrer l'achat que je vais faire chez mon libraire du coin mais ça fait un moment que les fnac ne sont plus des librairies

Posté par LEO NEMO, 23 novembre 2007 à 01:38

moi aussi j'aime les choses vieillottes

Monsieur le Maire, je vous écris une lettre que vous lirez sûrement car vous savez que le temps d’écouter les autres, ça se prend. Pardonnez moi si je paraphrase si familièrement Boris V. pour venir aujourd’hui vous parler d’un sujet qui me tient à cœur. Je sais que nous allons être pourvus d’une bibliothèque neuve et rutilante en lieu et place de la bibliothèque vieillotte, bref deux pas en moins et nous allons passer du vieux disque microsillon au DVD branché dernière technologie : comme si on passait de la chanson estampillée ballades romantiques au scratch électronique. Déménager notre bibliothèque préférée ? Oui. Non. Oui, après quelques hésitations. Pourtant…
J’habite cette petite ville provinciale assoupie depuis 15 ans. Nous avions un lieu de vie (parmi d’autres) convivial, à la portée du plus grand nombre que l’on visitait avec l’élégance et le bonheur dus aux vieilles jolies choses, je veux parler de notre ancienne bibliothèque.
Qui dira assez fort le plaisir de fréquenter cette bibliothèque et de s’y sentir chez soi, qui dira assez fort l’enthousiasme de choisir un livre, de l’ouvrir et de basculer dans l’autre vie ? Ici, dans notre bibliothèque vieillotte se croisaient des enfants, des adultes et tant d’autres qui vivaient de beaux moments ensemble, sous les yeux bienveillants et les voix attendries de deux bibliothécaires immuables qui n’ont pas de défauts, cela se voit, tant elles sont compétentes et attachantes.
Les habitués de cette bibliothèque vieillotte vous l’ont peut être déjà dit : du beau service de proximité. Même l’hiver quand il fait froid et nuit si tôt, qu’il faut bien sortir et rechercher la petite vitrine éclairée débordante de livres, comme une lueur d’espoir dans la nuit de cette longue avenue sombre, c’était comme un havre plein de trésors livresques où il faisait chaud, où le lecteur ne pouvait pas se perdre car il n’était pas difficile de s’y retrouver. Et si l’on se mettait en tête de dénicher le bouquin rare, ce n’était pas difficile, tout était à petite échelle, à portée de main : où trouve t-on par ailleurs tant de choses sans carte de crédit dans ce monde là hein?
Pourquoi tant d’amour pour cette bibliothèque vieillotte ?
Parce qu’elle avait un souffle soufflant dans son vieil intérieur. Est ce l’addition séduisante de l’accueil chaleureux et la distinction atypique du mobilier d’autrefois ? Est ce l’accumulation désordonnée des ces milliers de livres couverts, oui protégés sans exception qu’ils soient livres à succès ou petits tirages sur des étagères vétustes ? Ou bien cet indéfinissable mélange de styles et d’atmosphères dans la pénombre, la marque des maisons à caractère ? Est ce la promiscuité des lieux qui fait que l’on est obligé d’aller vers l’autre et de partager ? Oui c’est ça, un petit espace fait de bouts d’ intérieurs reconstituant, tant bien que mal, les pièces d’une maison : comme un chez soi avec de précieuses fréquentations (j’entends par là, les livres et les êtres) en plus. Cette bibliothèque là, pleine de traces des choses et des êtres, petite et intime je l’aimais. Alors quel avenir pour elle ?
Une vieille mélodie préhistorique (type K7) chante ‘quand tu vois mourir les sirènes, ne cache pas ta peine’.
Passé le premier sentiment de perdition engendré par la disparition de notre bibliothèque vieillotte (la fin d'une époque c'est toujours la fin du monde pour moi, suis je la seule ainsi ?) j'espère que le nouvel espace bibliophile sera une superbe grande maison de verre, de pierre et de bois, belle réalisation d’un projet élaboré HQH (pour haute qualité humaine) avec apparition de plantes intelligentes (là, je plaisante). Que les repères ne s’estomperont pas, qu’une lumière pas prétentieuse éclairera les livres d’hier et d’aujourd’hui et que les couleurs seront animées par la grâce. Que tout sera comme avant, que seuls les murs changeront. En un mot qu’on déménagera la bibliothèque sans oublier ses empreintes dans un espace où les livres et les lecteurs seront contents de se retrouver.
Merci de l’attention que vous apporterez à ma lettre qui n’avait de prétention que d’attirer les regards sur notre bibliothèque vieillotte en voie de disparition. La cause est entendue, la vie avance, elle ne recule pas. C'est ça qui est un peu triste. Alors j’espère que vous et votre équipe serez bien vigilants d’effectuer le déménagement mais de ne pas changer l’ambiance. Et je vous demande cela, comme si je vous demandais s’il fera jour demain. Parce qu'il fera jour demain, je le sais, mais quelle lumière? quel jour? Quelle ambiance?

Posté par kristana, 22 janvier 2008 à 13:09

Bonjour

Je viens d'ouvrir un wizzz télérama (il y a un mois), et je suis entièrement d'accord avec ce que vous dites...bien que je n'ai pas connu le bon vieux temps. Les wizzz, c'est une belle vitrine, mais pour ce qui est des relations humaines, je préfère, et de loin, les blogs...
Là dessus, je vais chercher votre wizzz...
(je viens de chez Jo où j'ai lu vos commentaires qui m'ont bien plus, la forme comme le fond).

Posté par G. de B., 04 mars 2008 à 13:07

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