01 juillet 2007
La générosité de Tardi
La bd de l'été (puisque, désormais c'est une tradition bien établie que les dessinateurs ou les écrivains soient invités à venir "meubler" les journaux pendant l'été, Amélie Nothomb à Charlie Hebdo par exemple. Pourquoi d'ailleurs cette association "été-invités ? Certes, il se passe peut-être moins de choses l'été, mais cela a un petit côté bouche-trou assez déplaisant, je trouve); sur Télérama, c'est Tardi.
J'ai toujours plaisir à retrouver Tardi. D'abord parce qu'il est un des rares à, obstinément, revenir et revenir encore sur la guerre de 14-18, et qu'il a bougrement raison : les conflits du 20è sortent tous de là, et, première guerre "moderne", cette boucherie épouvantable mérite qu'on la dénonce, et dénonce encore.
Ensuite parce que l'art de Tardi est émouvant. Cette "ligne claire" sans arrêt détournée, enrichie, ce côté Bibi Fricotin assumé, cette part d'enfance...
Et puis Tardi est associé, dans ma tête, à la générosité, ce qui n'est pas le cas de tout le monde, vous l'avouerez. Songez que dans les années 80, à Rouen, un collectif d'idéalistes avait décidé tout benoîtement d'ouvrir un "café femmes", et pas n'importe où, n'est-ce pas, en plein coeur de ce qui restait obstinément un quartier populaire, où l'on pouvait encore un peu sentir, flottant dans l'air, les fumées du port du temps de Mac Orlan : la Croix de Pierre. Putes et population bigarrée pouvaient ouvrir à tout moment la porte et s'asseoir à table, les premières pouvant bien entendu rester, l'élément mâle étant seul exclu de ce café... Les filles bénévoles qui s'occupaient du café avaient, à l'unanimité, choisi le nom d'Adèle Blanc Sec pour ce lieu "un peu spécial". Une lettre fut envoyée à Tardi, qui répondit quasiment par retour du courrier, non seulement en donnant son accord et sa bénédiction, mais encore en envoyant un superbe dessin original.
C'est un mec bien, Tardi, et je suis contente que trente ans après, il le soit resté.
Clo



