Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

07 mars 2006

Juillet : les enfants dans l’arbre

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Voilà que je maugrée et que je me redresse, les pieds entre deux rangs de petits pois, les mains aux hanches : « - Mais où sont les enfants ? » Pas de réponse, sinon le lointain écho, dans ma mémoire littéraire, de la voix de Sido qui reprend ma question.... Où sont les enfants, oui, car enfin, ils pourraient m’aider ! Tiens, rapporter ce plein panier près de la table de bois, et commencer à écosser. J’aidais ma mère, autrefois, à écosser... Ou bien éplucher les haricots, ou encore repiquer les poireaux... Les enfants sont dans l’arbre, évidemment ! et leurs petites mains font trop d’aller et retour pour porter les cerises à leur bouche pour pouvoir me répondre. Tout juste si j’aperçois leurs bouilles aux oreilles cerclées de rouge, quand le vent agite les feuilles. Et je me tais, parce que demain nous partons « en vacances » et qu’ils seront donc attachés. C’est ainsi: nous attachons nos enfants, ou plutôt nous obtenons d’eux qu’ils s’attachent eux-mêmes, au nom de la sécurité devenue une vertu, comme un commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère.... » « Tu attacheras ta ceinture ». Nous aimons tant nos machines rutilantes et zélées, et meurtrières, que nous leur livrons nos enfants liés. Evidemment, un peu honteux de notre égoïsme, nous leur donnons en échange des destinations toujours plus lointaines, des paysages nouveaux, des palais de Chine ou des sables du désert, puisque, malgré tout, nous aimons nos enfants... Moi je pouvais jouer dans la rue, avec mes voisines, Laurence et Véronique, loin des garçons brutaux qui nous jetaient des pierres. Nos Mères, par dessus les barrières, discutaient : « - Et vous savez que Monsieur Canu va partir vivre en ville avec cette fille, dans l’appartement qu’il avait aménagé au-dessus du magasin pour son cousin, celui qui est parti à Pont-Audemer . Oui, et elle n’a que seize ans, cette fille ! - C’est pour Madame Canu que c’est dur. - Oui, mais elle tient bien le coup, vous savez, j’y suis encore allée hier lui porter des cerises , et bien rien, pas un soupir ! - C’est qu’elle garde quand même la moitié du magasin... » Nous y passions du temps, dans cette rue paisible, où toutes les maisons se ressemblaient : jardin de roses devant, potager derrière. Nous les connaissions toutes, nos Mères, et nous croyions que tout était immuable. On montait se réfugier des garçons brutaux qui ne comprenaient rien à rien dans les arbres, à califourchon sur les charpentières, et l’on n’ oubliait pas d’orner nos oreilles de boucles rouges, charnues et délicieuses... - « Mangez donc, mes enfants, mangez : vous ne savez pas qui vous mangera... »

Posté par ClopineT à 20:58 - Chroniques potagères et brayonnes - Commentaires [0] - Permalien [#]

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