Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

07 mars 2006

Juin : la folie des roses

bettes_juin_copier

Il ne faut pas croire : il y a des moments d’intense découragement, dans un jardin. Spécialement quand s’étend devant vous une interminable ligne de carottes, qu’il s’agit de désherber. C’est délicat, la carotte. Vite fait de déraciner le petit toupet en croyant attraper le plantain, venu s’entremêler ! IL y faut donc du temps, de la persévérance, une patience aussi infinie que celle des bêtes... Dix minutes plus tôt, on avait encore en tête des images courageuses. On se repassait les vieux films documentaires, les lignes de paysannes chinoises ou vietnamiennes debout dans l’eau de la rizière, leurs belles jambes bien droites, penchant le dos à l’unisson. Pour finir, un visage rond, en gros plan, fatigué mais souriant, la sueur sur le teint mat dans l’ombre circulaire du grand chapeau. Hélas ! Dix minutes plus tard, je ne suis plus debout dans mes carottes, mais bien plutôt à genoux, voire assise, tout près des cottes de bettes, irriguées de sang rouge à contre-jour. Et ce n’est pas ce que je vois du reste de mon jardin, tout autour du potager, quand je relève le nez de mes touffes, qui me ragaillardit. Trop de pluie cette année en juin - mon dieu, mes pauvres roses ! Elles penchent, abîmées, le bord de leurs lèvres, pardon, de leurs pétales, déjà mangé de rouille. Les roses jaunes du grimpant retombent, branche cassée, vers la terre, mais je n’ai pas le coeur de les couper. Les petits buissons rouges, d’habitude si ébouriffés, s’épanouissant gaiement, semblent se resserrer, se protéger en se tassant sous la pluie. Les trémières, non encore ouvertes, tremblent sur leur tige. Toutes ont souffert, toutes. Sauf une, une solitaire, un peu hautaine, qui déploie solidement sa percale mauve dans un coin du jardin : c’est la « Charles-de-Gaulle » au parfum délicieux. L’a-t-on nommée ainsi pour sa résistance aux intempéries, les seules vraies ennemies des roses ? Je souris, en pensant à Victor Hugo. J’ose à peine l’avouer, mais je trouve que le poète avait tort ! Non, les roses ne vivent pas seulement « l’espace d’un matin ». J’en ai vu, coupées dans un vase chinois, « tenir » plus de trois semaines, et fraîches comme au premier jour. Il est vrai qu’elles ne provenaient pas du commerce, mais du rosier près de la charmille qui sépare le jardin du pré du bas. Cela change du tout au tout, un peu comme si vous compariez un top model anorexique avec une resplendissante Sophie Marceau. Abîmées ou non, froissées ou magnifiques, je ne peux pourtant pas me passer du parfum des roses. Dès les premiers jours de juin, sur la table de nuit de la chambre de ma mère, il y avait une rose dans un vase, qui dardait ses épines vers la lampe de chevet, quand, vers onze heures du soir, pieds nus, je venais réclamer le verre d’eau sucrée et la main sur mon front... C’est sans doute pour cela que, comme tant d’autres, j’ai la folie des roses !

cerise

Posté par ClopineT à 21:30 - Chroniques potagères et brayonnes - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire