07 mars 2006
Mai : tout reste à faire

Toutes les plantes poussent, se pressent, ont bien du mal à rester dans le rang. Arrivent en premier les organisateurs du jardin, des plantes calmes mais résolues, qui bruissent doucement, les pommes de terre qui lèvent, les raves de la fin d’hiver avec leurs feuilles rêches. Puis les jeunes pousses, les salades, les laitues foisonnantes, tout excitées, prêtes à monter si on ne les assagit pas ! Les rangs de radis roses, après, semblent sautiller gaiement devant la pauvre petite ligne des Cocos de Prague (bien clairsemés cette année...). Se dressent ensuite, impeccables de dignité, les tuteurs des plants de tomate, encore encapuchonnés de plastique blanc, devant les feuilles vert tendre de l’ail , l’oignon, l’échalotte, tout juste sorties de terre mais qui veulent participer, elles aussi, et comment ! Et puis, tout au fond, sur les côtés, les francs-tireurs, les indisciplinés, qui s’approprient sans façon les allées: pas une plante sur 100, mais enfin, elles existent, les mauvaises herbes sans qui un vrai jardin n’existerait pas ! Toutes unies, mes plantes, toutes soudées autour d’un seul mot d’ordre : la Vie, la Vie, à n’importe quel prix ! Je me prends à songer, en regardant mes légumes ,à la Diversité, absolue et nécessaire. Depuis la nuit des temps, la terre entière se presse dans les jardins. Tous les continents, tous les pays y ont versé ensemble leurs fruits : tous les croisements ont été tentés, toutes les graines plantées, et de la Chine qui me fait profiter du spaghetti végétal à l’Asie qui me donne ses épices, de l’Amérique Parmentière à l’ Europe fourragère, l’incessant et continu mélange des ressources terrestres fleurit dans mon humble jardin ! Quel meilleur démenti donner aux imbéciles et mortifères opinions sur la « pureté », la « supériorité de telle race » et autres balivernes meurtrières ? Et certes, après avoir en ce début de mai arpenté des rues pavées d’où montaient des clameurs vivaces et réconfortantes, je rentre chez moi, et, remerciant Voltaire, je continue à cultiver mon jardin...


