Clopineries

J'en suis encore à m'demander après tant et tant d'années à quoi ça sert de vivre et tout à quoi ça sert en bref d'êt'né F. Béranger

07 mars 2006

Janvier : sous la couette

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Le jardin se repose, moi aussi. Sauf qu’il est au froid et que je remue doucement les orteils sous la couette. Sacrée différence ! J’ai longtemps résisté à l’appel de la couette. Née de parents âgés, les draps des lits de mon enfance étaient encore à l’ancienne, c’est-à-dire conçus pour résister à tout, même à quatre ans d’occupation allemande. Bordés serrés, rêches à l’extrème, ils étaient pourtant un des réconforts de la gamine que j’étais. Du haut de mes huit ans, c’était protégée par leur blancheur que j’interpellais Dieu. Si tu existes, montre-toi ! Fais un signe ! Au départ, j’exigeais quelque chose de grandiose : l’éclair et le tonnerre dans ma chambre, pas moins. Après dix minutes de supplication, je Lui accordais de plus en plus le bénéfice du doute. Même un tout petit miracle, du genre le bout de la queue du chat à l’angle de la fenêtre, m’aurait suffi. Mais rien : je m’endormais en colère, grattant du bout du pied le trou minuscule au bord du drap, me berçant délicieusement des larmes de l’incrédulité malheureuse : Va, disais-je, je sais bien que Tu n’existes pas ! Ma première couette me fut offerte à l’âge adulte, et j’ai cru que je ne pourrais me faire à cette chaude légèreté, à ce moelleux qui épouse sans enserrer. J’y voyais presque une corruption, un affadissement de moeurs saines, le paysan virgilien délaissant la charrue pour la toge dorée du Sénateur encensant César, bref, une décadence ! Mais humaine, trop humaine, j’ai très vite pris goût à cette douceur. Etre chaudement nue dans une chambre fraîche (*) est un plaisir rare. Comme de dessiner du bout des doigts, sur une vitre embuée du souffle qui vient de sortir de votre bouche, le prénom de l’être aimé, avant de replonger avec lui sous la couette.... Il faut bien quelques compensations au mois de janvier, que diable ! (*) : je ne peux me résigner à écrire « être chaudement nue dans une chambre froide », cette phrase me faisant fâcheusement penser aux carcasses alimentaires qui dansent une gigue macabre dans les abattoirs !

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Posté par ClopineT à 21:41 - Chroniques potagères et brayonnes - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

C'est très émouvant, cette attente de Dieu que vous racontez. Mais on veut Dieu sous une forme humaine, et on a tout faux. Connaissez vous le Frère Laurent de la Réssurrection, ce carme déchaux qui vivait à la fin du dix-septième siècle ? Ses écrits sur la présence de Dieu sont une pure merveille. http://www.carmel.asso.fr/Frere-Laurent-de-la-Resurrection.html
N'hésitez pas à flâner sur ce site du Carmel de France, qui est fort bien fait.

Posté par furgole, 11 décembre 2007 à 19:11

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