13 novembre 2009
Oh, Marie, si tu savais... (ou : quand on appelle Hugues, c'est Raoult qui vient)
Très bel aphorisme d’Eric Chevillard, ce matin, sur l’”affaire” NDiaye (voir son blog l’autofictif).
Sinon, les réactions en vrac sont mélangées, bien sûr, entre ceux qui ‘estiment Marie ND mauvaise écrivaine et ceux qui l’adorent, ceux qui la trouvent trop sentimentale et ceux qui se récrient “mais non, pas du tout, elle écrit distancié”, ceux qui trouvent que lorsqu’on appelle Hugues c’est Raoult qui vient, ceux qui l’assimilent à la Princesse de Clèves et ceux qui rappellent que son frère, déjà…
Mais en tout cas, en plein débat sur l’identité nationale (pfffrrrr ahahah pfffffmmmmhhh), il est réjouissant de voir une des habitantes de la République des Lettres mettre, volontairement ou non (car sa première déclaration date d’août, quand même..) le feu aux poudres : cela faisait longtemps qu’un intellectuel, un écrivain ou un penseur n’avait pas joué ce rôle-là, qui pourtant, dans notre doulce France, leur est dévolu (enfin, au moins depuis Sartre à Billancourt) . Encore plus réjouissant d’entendre le patronyme de cette belle et rebelle (ce qui vaut mieux que d’être moche et remoche) : ce n’est pas qu’il ne sonne pas “gaulois”, mais il le fait avec un certain son de cloche… Toujours plus réjouissant de l’entendre dire tout haut ce que tous vivent bien bas : à savoir que c’est vrai, nous vivons dans une France de merde, que nous nous sommes nous-même infligés, poussés par le démon des grenouilles (celles qui réclament un roi).
Trois raisons de se réjouir franchement, donc, et comme une toute petite gêne persistante au fond de mon gosier. Parce que, oui, je suis d’accord avec Marie ND sur son sobre jugement de son, de notre pays. Mais… elle est là-bas, à Berlin, et moi, et nous, nous sommes ici, dans la merde n’est-ce pas. Certes, elle écrit, elle parle, et la parole est une arme redoutable… Mais c’est par une petite phrase qu’elle porte aujourd’hui l’armure chevalière de la contestation, non par son oeuvre littéraire… Certes, ses combats sont sans doute aussi les nôtres, mais nous, nous n’avons aucune échappatoire. Et la voix d’une écrivaine exilée est bien entendu indispensable, mais la lutte au jour le jour, les pieds dans le 9-3, sur le sol de l’agence postale qui va fermer, dans les permanences de Gérard Filoche ou sous la banderole de la manif anti-EPR du coin est à la fois moins valorisée, plus difficile et bien souvent désespérée.
10 novembre 2009
la vie les copains la vie...
Pas une minute à moi ces temps-ci, et je ne saurais pourtant m'en plaindre !
Oh, bien sûr, du coup, je n'ai même pas l'occasion d'ouvrir la dizaine de livres entassés près de mon lit. Et pourtant, parmi eux, il y a un certain Erick Orsenna ("de l'académie française" précise pompeusement la couverture) qui, avec insistance, me propose "et si on dansait ?". Certains de ces livres m'ont été prêtés, voire donnés... Et c'est encore un effet de ce blog si, désormais, des amis me proposent, pour me réconforter, m'instruire ou me distraire des livres qu'ils ont eux-même aimés, parce qu'ils sont venus ici et savent mon addiction à la littérature. D'habitude, un livre inconnu me fait le même effet qu'un coquillage fermé chez un chasseur de perles : une irrépressible envie de l'ouvrir, même au prix d'efforts parfois considérables, me titille, me titille...
Mais là, titillée ou pas, je tombe sur mon lit, et dort à poings fermés. Un peu trop de soirées fort arrosées et pleines de ces calories toutes plus délicieuses les unes que les autres, et puis les copains qui passent : je suis ravie, certes, mais vannée ! Et le matin, la grosse voix de notre ami J., qui nous appelle du bas de l'escalier, m'arrache à des rêves aussi lourds que les bons vins un peu trop dégustés la veille. Je me lève, titube jusqu'à la rampe : J. lève la tête vers moi, et rit. Il a une grande bouche, un large coffre, un appétit qui le rangent indubitablement du côté des loups. Et pourtant, sa tête est aussi bouclée, foisonnante, et désormais blanche que celle d'un tendre mouton : on réfrène à grand'peine l'envie de plonger sa main et de fourrager dedans, comme on le fait pour les cheveux des petits n'enfants; mais il n'est pas bien sûr que cet ogre agnelé se laisse faire si facilement, et je ne m'y risque certes pas !
... Prof dans l'enseignement agricole, dans le Limousin, terre paysanne s'il en fut, c'est lui qui m'a fait découvrir l'ignominie de l'élevage industriel des porcs. Et quand vous vous baladez (enfin, quand le temps le permet) près de lui, il vous montre, de ses larges mains aux larges doigts, les graminées du bord des chemins, nommant chacune d'elle, par trois fois, de son nom usuel, puis en latin et enfin en grec. Il en cueille parfois une, pour mieux détailler la structure fragile de l'herbe folle. Et ses gestes sont alors pleins de délicatesse...Sacré J., va, qui, à part cela, manie la langue rabelaisienne, rote à table en signe de bien-être, n'a nulle honte de ses pets et remet en place, de son gros index, ses fines lunettes cerclées, bien haut sur le nez fort, sur des yeux d'un tendre bleu, pour mieux détailler votre gêne (un peu simulée) à l'écoute de blagues paillardes, ou quand il entonne la chanson des fameux orfèvres adeptes de la Saint Eloi.
D'habitude, c'est un peu plus tard, vers la Noël, que la maison me semble s'agrandir pour accueillir les visiteurs, s'arrondissant comme les flancs d'une arche sous la chaleur de l'amitié. On dirait que cette année, (est-ce un effet du réchauffement climatique, ahaha) ce Noël-là a de l'avance ! J'en demande bien pardon aux visiteurs de ce blog (tout aussi chaleureux et parfois carrément trop complimenteurs, n'est-ce pas cher Paul Edel), mais du coup, me voici happée par ce qui est quand même la Perle des perles, à savoir la vie les copains la vie, quoi...
Clopine



